Port-Louis, Maurice - Les médias mauriciens ont tous critiqué, cette semaine, le gouvernement mauricien pour son 'silence radio' sur le meurtre du journaliste saoudien de Washington Post, Jamal Khassoghi, tué dans le consulat saoudien a Istanbul, en Turquie, ce mois.

A commencer par le quotidien Le Défi, qui annonce qu'aucun communiqué n'est attendu (du gouvernement) sur le sujet, alors qu'une délégation du Saudi Fund for Development était à Maurice (début de cette semaine) pour conclure trois prêts d'un montant de 100 millions de dollars.

'Doit-on s'attendre à un communiqué sur le meurtre du journaliste ? La cellule de communication du Bureau du Premier ministre a été incapable de répondre à cette question. Au ministère des Affaires étrangères, on avoue ne pas trop savoir', écrit ce journal.

Il rapporte aussi les propos du principal parti dans l'Opposition, le Parti Mauricien Social Démocrate (PMSD), qui 'estime qu'il faut suivre l'exemple de la communauté internationale'.

De son côté, le député du gouvernement, Bobby Hureerram, comme rapporté par ce quotidien 'insiste qu'il ne faut pas mélanger les choses. Il y a une enquête du gouvernement saoudien en cours. Personne n'a encore de certitudes sur ce qui s'est passé. Même s'il y a eu quelque chose, ce n'est forcement pas le gouvernement qui est impliqué. Il faut être prudent et ne pas sauter aux conclusions', a-t-il déclaré.

S'agissant du prêt saoudien à Maurice, Le Défi précise que l'argent servira à financer la construction d'un hôpital spécialisé dans le traitement du cancer, de 1.050 logements sociaux et d'un complexe multi-sportif.

De son côté, le quotidien L'Express note que 'le boycott du royaume saoudien s'organise, surtout après l'assassinat du journaliste Khassoghi. Mais Maurice tarde à rejoindre le wagon des protestataires'.

L'Express poursuit en se demandant 'si Maurice devrait boycotter l'Arabie saoudite ?'.

'Pour les diplomates, il n'y a pas de réponse noire et blanche à cette question. Mais après l'assassinat de Jamal Khassoghi, on estime qu'il faudrait au moins repenser les relations avec le royaume'.

Ce journal s'interroge aussi : 'Maurice peut-elle se permettre de condamner à son tour l'Arabie saoudite ? Surtout que, font ressortir les diplomates, Maurice s'énorgueillit d'être une grande démocratie, signataire de conventions relatives aux droits humains. Maurice a toujours peur de s'affirmer, face à l'Arabie saoudite, mais aussi face à l'Union européenne et d'autres pays et entités. Mais il faut savoir se faire respecter', déclare le député de l'Opposition, Arvin Boolell, ancien ministre des Affaires étrangères.

Cependant, rappelle le député, toujours dans L'Express, 'il ne faut pas oublier que Maurice fait partie de la communauté internationale et qu'elle se doit de participer ou d'envisager la participation aux actions collectives de cette communauté'.

Pour sa part, dans son éditorial de vendredi, Touria Prayag, rédactrice-en-chef du magazine en langue anglaise, Weekly, écrit que dans de telles affaires, 'le problème est qu'il y a un temps de retour. Dans le cas de l'Arabie saoudite, le moment est venu. Et le prix que nous payons est notre propre liberté d'expression et une occasion manquée de se tenir du bon côté de l'histoire. C'est la perte de notre fierté en tant que nation'.

PanaPress