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May 26th
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Sommet G8: L'Afrique et le G8

Prime à la démocratie - Depuis hier jeudi, les puissants du monde se retrouvent en conclave à Deauville, entre grands, pour décider du sort de notre planète. Normal, ce sont eux qui tiennent les cordons de la bourse ; et lorsqu'on a pour soi le nerf de la guerre, il vous revient tout naturellement le droit de décider pour les autres. Le présent sommet se déroulera en toute faste et dans une atmosphère de haute sécurité, mais tout de même en l'absence très remarquée d'un des hommes les plus importants de la sphère financière mondiale : Dominique Strauss-Kahn, ci-devant grand boss de l'immense FMI, n'y sera pas, empêtré qu'il est en ce moment dans des démêlés judiciaires qui le retiennent claquemuré dans son domicile prison de New York. D'ailleurs, l'un des points au menu de la grand-messe du G8 sera précisément de régler la question de sa succession à la tête de l'instance financière mondiale. Les autres aussi sont connus et s'inscrivent résolument dans l'air du temps : on y parlera des révolutions arabes (la tempête au jasmin souffle toujours), de la sécurité nucléaire (Fukushima oblige), des suites de la mort du chef d'Al Qaïda (le cadavre de Ben Laden trouble toujours).

Ce sommet, vu d'Afrique, a une touche très particulière et est d'une importance quasi extraordinaire. Si certains pays du continent se retrouvent à Deauville pour cause de Nepad, si l'Egypte et la Tunisie y sont en raison de la récente tempête qui les secoua et emporta leurs chefs respectifs, l'invitation toute spéciale lancée à trois pays de l'ouest-africain, tous anciennes colonies du pays hôte de la présente grand-messe, revêt une importance par le symbole fort qu'elle émet.

La Côte d'Ivoire, la Guinée et le Niger ont reçu quitus pour siéger à la table des grands pour « bon comportement démocratique ». A l'instar de bons élèves, au comportement exemplaire, ils méritent amplement la prime qui leur est décernée. Car tous sortent d'élections toutes récentes. Et les présidents qu'ils auront élus ont en commun qu'ils auront, de longues années, « bourlingué » dans l'opposition, presque toujours synonyme en Afrique de galère, au cours de laquelle on en est réduit à bouffer de la vache enragée.

Qu'il s'agisse de l'Ivoirien Alassane Ouattara, du Guinéen Alpha Condé ou du Nigérien Mahamadou Issoufou, le bilan de leurs parcours politiques respectifs révèle qu'en matière d'opposition, tous empruntèrent à un moment ou à un autre de leur vie politique le dur parcours du combattant, tous connurent à des degrés divers l'enfer que vous attire, sur le continent noir, le simple fait de chercher à proposer à votre tour un idéal de société à un pays tenu par la bride par un dictateur déjà là, et qui fera feu de tout bois pour demeurer scotché à un fauteuil présidentiel dont il pense qu'il ne convient qu'à sa propre personne.

Alassane Ouattara aura attendu de longs mois avant d'accéder de manière effective à la présidence ivoirienne, et ce, grâce à l'obstination de la communauté internationale, et au prix de centaines de morts à Abidjan et en maints endroits de l'intérieur de la Côte d'Ivoire. Alpha Condé est tout simplement le premier président guinéen démocratiquement élu en plus de cinquante années d'indépendance.

Deux de ses illustres devanciers aux commandes de la Guinée ont pour noms Sékou Touré et Lansana Conté. Mahamadou Issoufou, quant à lui, a été élu en mars dernier après une période de transition militaire née du coup d'Etat qui renversa, en février 2010, un Tandja qui, après une bonne dizaine d'années à la tête du pays, décrétait qu'il lui restait toujours des chantiers à terminer et que pour cela il décidait de ne pas s'en aller.

Ces trois pays représentent un espoir certain pour le continent africain dont on avait presque fini par penser que les élections qu'on y organise génèrent plus de problèmes qu'elles n'apportent de solutions. La Côte d'Ivoire, la Guinée et le Niger sont les preuves vivantes qu'en dépit des immenses écueils rencontrés, les Etats africains peuvent tout de même voguer sur des eaux tranquilles de la démocratie.

En leur décernant la médaille du « parcours démocratique exemplaire », le G8 ne s'y sera pas trompé ; il aura choisi d'afficher sans complexe un choix qui, du reste, sonne comme une invite lancée au reste du continent, et sera positionné résolument dans la ligne déjà tracée d'un Barack Obama lorsqu'il affirmait sans ambages que « l'Afrique a besoin d'institutions fortes ».

Reste que les mots qui gonflent l'ego n'apportent pas toujours du pain sur la table. Les trois pays « Guest Stars » de la grand-messe des puissants du G8 ne devront pas se satisfaire de voir que l'on célèbre leur vertu démocratique seulement en paroles, si belles soient-elles ; car ils comptent tous sur l'aide financière effective (ça, c'est du concret) de ces huit nations qui détiennent à elles seules près de 80% de la richesse mondiale.

Visiblement, à supposer qu'elles choisissent, ces nations nanties, d'accéder à leurs demandes, les besoins financiers cumulés de ces pays africains ne représentent pas, pour elles, plus qu'une simple broutille. Mais on demande à voir. On se souviendra que, de par le passé, on a connu pareils sommets où des résolutions furent prises en cascade, pour lutter contre la pauvreté, pour maîtriser l'avancée du désert ou pour doubler l'aide au développement de l'Afrique subsaharienne (la date butoir était pour fin 2010 !).

A ce jour, on en retient toujours les promesses. Et c'est bien là que les membres du G8, à leur tour, se doivent de se montrer logiques, conséquents et fair-play. Ils ont eux aussi l'obligation de pousser à la vertu. Espérons que cette fois sera la bonne et que les attentes de ces lauréats de la démocratie ne seront pas déçues. D'autant plus que récompenser les vertueux peut stimuler et susciter des émules dans les rangs des plus démocratiquement « cancres ».

Jean Claude Kongo

L'Observateur Paalga/27/05/2011