Conférence-débat à la CCIFC - Une fois de plus, le financement du secteur privé congolais a été à l'ordre du jour. Pour un rendez-vous signé CCIFC, avec la collaboration du Groupe AFD et la FEC. La Chambre de commerce et d'industrie franco-congolaise, sous la direction de son président, le sénateur Nkongo Budina-Nzau, a organisé le jeudi 14 avril, dans la salle Lubumbashi du Grand Hôtel Kinshasa, une conférence-débat avec pour thématique « Le Groupe AFD et le financement du secteur privé ». Elle a été animée par M. Christian Yoka, directeur pays de l'Agence française de développement en RDC. L'introduction qui devrait en être faite par M. Albert Yuma, président de la FEC, empêché, l'a été par M. Kalala, administrateur délégué de cette fédération. Elle a porté sur « les besoins du secteur privé congolais en matière de financement ».
1% DE TAUX DE BANCARISATION
« Après l'atelier de décembre 2008, celui du 14 avril 2011 est le second que l'AFD organise sur le financement du secteur privé », a indiqué M. Kalala.
D'après des renseignements de la BCC, la RDC connaît un accroissement significatif du nombre d'institutions bancaires qui sont passées de 10 en 2008 à 22 en 2010. Ceci a eu pour conséquence l'augmentation du volume de crédit à l'économie, passant ainsi de 60 millions Usd en 2006 à 688 millions de dollars américains en 2010. Les comptes en banque qui étaient de 35.000 en 2006 sont passés également à 650.000 à fin octobre 2010.
Au regard de ces chiffres, a-t-il constaté, le système financier congolais s'étoffe. Et ceci est fort encourageant. Mais, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour permettre au secteur bancaire de jouer pleinement son rôle d'intermédiation et de catalyseur de l'économie nationale.
En effet, le taux de bancarisation de la RDC se situe autour de 1% alors qu'il est de plus ou moins 15% en Afrique sub-saharienne. Le crédit à l'économie ne représente qu'environ 10% du produit national brut alors qu'il est de 40% en moyenne dans d'autres pays d'Afrique sub-saharienne.
Pour l'AD de la FEC, la relance de l'économie nationale passe donc obligatoirement par l'amélioration du système financier national dont les capacités de financement sont, pour l'instant, limitées, peu développées, onéreuses et contribuant faiblement à la promotion des activités des entreprises.
La faiblesse de l'épargne nationale, l'importance inquiétante de l'informel qui manipule près de 90% des flux financiers hors circuit bancaire sont quelques-uns des éléments à la base de cette situation, a-t-il noté.
Pour accompagner et soutenir la relance économique du pays, il faut absolument trouver une solution à deux paramètres : le mauvais climat des affaires et la sous-bancarisation. S'agissant du climat des affaires, c'est le rôle de l'Etat, une première solution vient d'être apportée avec l'adhésion du pays à l'OHADA qui va permettre de résoudre un des problèmes majeurs, à savoir l'insécurité juridique et judiciaire.
Concernant le deuxième paramètre, il faudra trouver des solutions à la sous-bancarisation du pays, à la faible capacité des institutions financières nationales à octroyer des crédits en général et plus spécialement des crédits à moyen et long termes, seuls à même de soutenir l'investissement.
Malheureusement, les PME souffrent de manque de financement adéquat pour leur développement. « C'est ici, a dit l'administrateur délégué de la FEC, l'occasion de saluer un organisme comme l'AFD qui veut apporter des financements à long terme de l'économie et à des taux compétitifs. Cela pourrait être un élément catalyseur important de notre développement », a-t-il fait valoir.
L'AFD A GRANDS TRAITS
Intervenant à son tour, M. Christian Yoka fait d'abord savoir que le secteur privé est un sujet d'importance pour l'AFD. Et il explique : « Nous considérons que le secteur privé joue un rôle essentiel, capital clé au-delà de ce que l'on peut en dire bien souvent ».
« Le secteur privé est, certes, moteur de croissance, créateur d'emplois, créateur de richesses. Mais pour l'Agence française de développement, le secteur privé, c'est bien plus que cela », a-t-il soutenu. «Nous considérons, a-t-il fait prévaloir, que le secteur privé est également vecteur de politique publique. C'est un élément extrêmement important parce qu'il est producteur de talents ; il est le lieu de renforcement de capacités, de formation pour les citoyens. Il est à même de remplir un rôle clé en ce qui concerne la fourniture des besoins sociaux de base ».
Directeur pays de l'Agence, il s'est mis par la suite à expliquer en long et en large ce qu'est l'AFD, par rapport au sujet du jour, à savoir le Groupe AFD et le financement du secteur privé.
L'Agence française de développement, a-t-il rappelé, est un organisme français, ayant à la fois un statut d'établissement public à caractère industriel et commercial et d'institution financière spécialisée. Qui, d'une part, finance des projets de développement économique et social dans de nombreux pays en développement en tant qu'opérateur pivot du dispositif français d'aide publique au développement et, d'autre part, assure la promotion de l'économie de la France d'outre-mer.
En 2009, le montant global des engagements de l'AFD a atteint 6,2 milliards d'euros, dont 5,253 milliards d'euros pour financer des projets dans les pays en développement, principalement en Afrique subsaharienne.
L'activité de l'AFD a ainsi augmenté de 40% en 2009 par rapport à 2008. Cette forte progression s'est matérialisée par des prêts sans bonification directe ou par des prêts non souverains (c'est-à-dire concédés à des acteurs autres que les Etats) non bonifiés. L'action de soutien au secteur privé conduite par PROPARCO a pour sa part contribué en 2009 pour près de 1,1 milliard d'euros au total des engagements de l'AFD.
Outre la hausse sensible de ses financements, la décennie 2001-2010 a vu la diversification des instruments financiers utilisés par l'AFD : subventions, certes, mais aussi prêts très « concessionnels » ou sans bonification, fonds d'investissement, fonds de garantie et partenariats.
En tant que banque du développement, l'AFD est soumise à la réglementation bancaire, notamment en matière de partage de risques.
« L'AFD, a-t-il expliqué, a trois sources de revenus. Il y a les fonds reçus de la part de l'Etat qui nous permettent de mettre en oeuvre nos interventions ou de vérifier les prêts que nous faisons. Deuxième source de revenus : ce sont les fonds que nous levons sur les marchés des capitaux. Troisième source de financement, c'est le résultat que nous tirons de nos opérations financières ».
A noter qu'à l'AFD, une attention particulière est accordée dans le choix de ses interventions. La taille de l'AFD aujourd'hui, c'est d'un milliard d'euros. Les engagements 2009 se sont élevés à 6 milliards d'euros dont deux milliards d'euros sur la seule Afrique sub-saharienne ».
L'Agence française de développement est présente au Congo depuis 1976, avec, néanmoins, une interruption d'activités de 1991 à 2003. Depuis, l'Agence est pleinement impliquée dans la reconstruction de la RDC.
Marcel Lutete
Le Potentiel/18/04/2011
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