Malgré la poursuite des combats - La production pétrolière en Libye a redémarré plus vite que prévu, des installations pétrolières ayant été remises en marche de manière progressive. Le nouveau régime libyen devait se donner une année, au moins, pour pouvoir faire tourner à plein régime la grosse machine pétrolière, le pays faisant encore face à de gros obstacles politiques et techniques. Mais les plus optimistes parmi les dirigeants libyens estiment possible un retour à la normale des exportations pétrolières.«Le marché mondial doit se préparer au retour rapide de la production libyenne», a assuré cette semaine Abdallah El-Badri, secrétaire général de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) lors de la conférence Oil & Money organisée à Londres.
La Libye espère retrouver son niveau de production d'avant la guerre. Le pays produisait environ 1,6 million de barils par jour (mbj) avant l'éclatement, en février, d'une guerre civile qui a totalement paralysé l'activité pétrolière.Après la chute du colonel Kadhafi en août, la production a repris progressivement et dépasse désormais les 350 000 barils par jour.
Pour l'Opep, la Libye devrait augmenter son offre à un million de barils par jour «d'ici à six mois», et retrouver son niveau de production d'avant le conflit d'ici fin 2012. «Notre retour en Libye est bien plus rapide que ce qu'on avait prévu, en termes de logistiques comme d'infrastructures», a confirmé Christophe de Margerie, P-DG du groupe français Total, une compagnie fortement implantée dans ce pays. Mais il n'y a pas qu'elle.
L'italien ENI a annoncé, jeudi dernier, le redémarrage du gazoduc Greenstream entre la Libye et l'Italie.Pessimisme cependant du côté de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Celle-ci se montre en effet plus prudente. «La relance de la production pourrait être entravée par les réparations nécessaires sur les champs et terminaux endommagés», a-t-elle noté. «La remise en fonctionnement du terminal portuaire d'Es Sider», d'où est exportée une partie importante du brut libyen, «pourrait prendre une année», ont notamment indiqué les experts de l'AIE cités par des médias européens, dont le Parisien.
Des champs ou des ports, en particulier Ras Lanouf, «ont été transformés en terrain de bataille pendant des mois, et ont évidemment été très touchés», renchérit Choukri Ghanem, patron jusqu'au printemps dernier de la Compagnie pétrolière nationale libyenne (NOC) avant de rallier les rebelles en juin. Une fois atteint 700 000 barils par jour, «ça va devenir beaucoup plus difficile [...]. Il faudra investir entre trois et quatre milliards de dollars pour retrouver le niveau de production» d'avant le conflit, a-t-il dit à la presse en marge de la conférence Oil & Money.
Outre l'endommagement des infrastructures, le secteur pétrolier fait face à des problèmes de main-d'oeuvre. «La Libye dépendait largement de dizaines de milliers d'employés étrangers - ingénieurs, géologues et techniciens venus en majorité des pays arabes voisins, d'Asie du Sud et de Chine. Les faire revenir en Libye prendra du temps», avertit Samuel Ciszuk, analyste de l'institut de recherche IHS, cité dans les colonnes du Parisien.
Dans le même temps, des employés libyens ont manifesté à plusieurs reprises depuis fin septembre pour exiger le départ des cadres du secteur pétrolier jugés trop compromis avec le régime kadhafiste. «Ces appels à la purge risquent de priver le pays des talents nécessaires pour une relance rapide de l'activité», a estimé Ciszuk. «Les autorités écartent tous les jours de nouvelles personnes : c'est un sérieux problème», d'autant que le ministère du Pétrole peine à dégager une stratégie cohérente dans un climat politique encore incertain, a jugé Choukri Ghanem.
Le Conseil national de transition (CNT) subit notamment «une pression très forte» pour renégocier les contrats conclus dans le passé avec les compagnies étrangères, a souligné l'ancien ministre. Et de nouveaux délais sont aussi à attendre de ce côté-là : aucun nouveau contrat pétrolier ne sera accordé en Libye tant qu'un gouvernement n'aura pas été formé à l'issue d'élections, a déclaré mercredi dernier à Tripoli le ministre des Finances du CNT, Ali Tarhouni.
La reprise des exportations libyennes devrait certainement atténuer la volatilité des cours du brut. Les prix du pétrole se sont repris ces derniers jours, portés aussi par l'optimisme suscité par la réunion des ministres des Finances du G20. Le marché reste toutefois réservé sur la demande américaine en raison de l'effritement de la confiance des consommateurs.Des indices ? Vendredi dernier, le baril de Light Sweet Crude pour livraison en novembre a gagné 2,57 dollars par rapport à la clôture de la veille, à 86,80 dollars sur le New York Mercantile Exchange (Nymex).
A Londres, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison à la même échéance a clôturé à 114,68 dollars sur l'Intercontinental Exchange (ICE). Les investisseurs répondent assez bien à la réunion du G20 [...]. Ils spéculent fortement sur le fait que l'Europe va parvenir à contenir sa crise de la dette, a expliqué Bart Melek, analyste de TD Securities à Toronto, cité par l'AFP.
Le marché est optimiste quant à une recapitalisation du secteur bancaire européen, ce qui dissipe les inquiétudes pour la demande sur le Vieux Continent.
Youcef Salami
La Tribune/17/10/2011
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