Politique - Patricia Balme, Stéphane Fouks et Anne Méaux s'activent, à travers leurs relais autour du chef de l'Etat, pour rafler la mise. Jusqu'au 21 mai dernier, date de la visite de chef de l'Etat à Yamoussoukro à l'occasion de la cérémonie d'investiture du président Alassane Dramane Ouattara (Ado), Patricia Balme, 52 ans, présidente fondatrice de l'agence Pb Com International, était officiellement considérée comme la «conseillère en stratégie» du président de la République du Cameroun, donc la mieux placée pour conduire la prochaine campagne présidentielle de Paul Biya. Egalement aux aguets à côté de cette ancienne journaliste, titulaire d'un Mba en marketing politique à l'université de Boston (selon son Cv), pour «fabriquer l'image» du chef de l'Etat pour l'élection présidentielle à venir, Stéphane Fouks, le directeur général de Havas et président de l'agence internationale de communication World Wide Euro Rscg, leader européen et 4e au niveau mondial, qui pilotait depuis quatre ans la stratégie de communication de Dominique Strauss Kahn (Dsk) en vue de la présidentielle de 2012, en France.
Mais selon des sources bien informées, la hiérarchie dans le petit monde des communicants du chef de l'Etat est en passe d'être bousculée, après la visite de Yamoussoukro.
Paul Biya aurait eu à cette occasion des contacts jugés «fructueux» avec Anne Méaux, la conseillère de l'agence parisienne de communication Image 7. C'est cette dame qui a préparé la cérémonie d'investiture d'Ouattara du point de vue marketing.
Dans son édition précédant cet évènement, le journal français l'Express indiquait que, «s'agissant de la communication, c'est la grande prêtresse d'Image 7, Anne Méaux, qu'échoit la mission de magnifier l'évènement et son héros [Ado, ndlr].
Celle qui oeuvra longtemps à la promotion du Tunisien aujourd'hui déchu, Zine el-Abidine Ben Ali, et veille sur celle du Sénégalais Abdoulaye Wade, a signé récemment un contrat avec la présidence [au détriment de Patricia Balme, qui conseillait Ouattara jusqu'à il y a peu, ndlr], dont Ado lui-même a vérifié les termes avec soin».
L'intérêt de Paul Biya pour Anne Méaux, 57 ans, serait surtout lié à ses entrées à l'Elysée. Un atout par ces temps où l'on note comme un refroidissement de l'axe Paris-Yaoundé, au moment où les démocraties occidentales ne font pas les yeux de Chimène aux régimes qui brillent par leur longévité, dont le régime au pouvoir au Cameroun.
Grandes ambitions
Anne Méaux, dont le mentor idéologique n'est autre qu'Alain Madelin, ex ministre de l'Industrie en France, est en plus la dame de Com' des hommes du Cac 40, les plus grands chefs d'entreprises sur la place française.
Elle a fait ses premières armes chez l'ancien chef de l'Etat français, Valéry Giscard d'Estaing. «Femme de réseaux et d'influence, avec des entrées dans toutes les rédactions, il lui arrive aussi de détacher certaines de ses collaboratrices dans les ministères.
Les Affaires étrangères, notamment», ainsi la présentait l'hebdomadaire panafricain Jeune Afrique dans une édition parue en février 2010 sur «les nouveaux réseaux de la Françafrique».
Mais la bataille n'est pas encore gagnée pour Anne Méaux. Les deux premiers stratèges en Com' cités, Stéphane Fouks et Patricia Balme, n'ayant pas dit leur dernier mot.
Une guerre avait déjà opposé ces deux stratèges à l'occasion de la visite de Benoît XVI au Cameroun en 2009. Bien en cour au Palais de l'Unité depuis 1999, Patricia Balme, ancienne chiraquienne reconvertie au sarkozysme, se vantait de son bilan au Cameroun, il y a quelque temps :
«J'ai veillé à ce que la communication dans ce pays à l'étranger et son aura soit bien faite et préservée. J'ai amené les professeurs Luc Montagnier et Robert Gallo au Cameroun. J'ai aidé la Première Dame à développer tout ce qu'elle fait pour la lutte contre le sida.»
Quant à Stéphane Fouks, poulain de Jacques Séguéla, à qui Paul Biya a confié la campagne de 1992 [il est donc l'auteur du célèbre slogan, «l'homme Lion, l'homme président, ndlr], le journal français L'Express indique qu' «il a l'oreille des plus grands patrons français, Michel Pébereau, Stéphane Richard, Matthieu Pigasse, Serge Tchuruk, ou encore Bernard Arnault, qui lui fit un jour apporter une paire de chaussures pour remplacer celles qu'il avait aux pieds, jugées peu élégantes... ».
Avant de préciser que « Stéphane Fouks connaît aussi Nicolas Sarkozy, qu'il dit «ne pas réussir à trouver antipathique». L'on sait du reste que son agence détenait, il y a quelque temps encore, un contrat de promotion du Port de Douala. Stéphane Fouks, qui a pris langue avec Paul Biya en 2009 et qui a «vendu» à celui-ci le concept Africa 21, à l'occasion de la célébration du cinquantenaire de l'indépendance en 2010, peut en plus être d'un précieux apport pour le réchauffement des relations entre Biya et Sarkozy. Ce d'autant plus que son maître, Jacques Séguéla, a facilité la première rencontre entre Carla Bruni et Sarkozy.
En rappel, la campagne présidentielle de 2004 de Paul Biya avait été goupillée par Claude Marti et Jean-Pierre Fleury. Lesquels sont à l'origine du slogan «Paul Biya : Le Cameroun des grandes ambitions».
L'enjeu des batailles en cours est le contrôle du pactole, qui se chiffre en milliards de F Cfa, mis à la disposition des communicants présidentiels et qui profiteraient également à des proches collaborateurs du chef de l'Etat, qui jouent les entremetteurs pour la circonstance.
Les sorciers blancs du chef de l'Etat
C'est une vraie litanie de noms, d'agences, de stratégies que le texte ci-haut égrène. A vouloir les suivre et les retenir même par ordre alphabétique, on y perdrait aisément son latin et sa rationalité.
Mais à défaut de s'égarer dans cet univers où les dindons ne sont que les électeurs des pays conquis, qu'on cherche à appâter, il faut rester à une simple réalité : tous «ces sorciers blancs» qui se bousculent aux portillons des Etats nègres des tropiques, ne se feront jamais la guerre ; mieux, ils sont des amis dans leur vie civile ; ils ont des intérêts transversaux dans leur cabinet de consultation en communication stratégique. Quand Dupont gagne une campagne aujourd'hui en détrônant La Marquise, celle-ci retrouvera ses intérêts dans le jackpot de Dupont à travers une autre structure qui lie les deux chez Durand.
Ainsi va la com' politique dans cet univers. Elle s'élève certainement en raison de la nature des personnes pour lesquelles ses stratèges oeuvrent : des dirigeants politiques de haut niveau.
Mais dans le fond, ses méthodes s'identifient à celles de la publicité pure : à la Boule Rouge au coeur du 9ème arrondissement de la capitale française, c'est le règne de la roublardise, de la compromission, du clientélisme, de l'achat des consciences dans ce monde de la publicité courtière ;
la morale n'y est pas la vertu la plus partagée. Pareillement, dans les quartiers huppés du 8ème ou du 16ème arrondissements où sont logés les cabinets de la com' politique, il n'y a que l'environnement et le cadre qui diffèrent.
Guerre de vautours des communicants dans les présidences africaines ? Les stratèges de la com' politique se refusent de l'affirmer; «à chacun son tour, à chacun sa chance», précise Christian Chelli qui avait cessé de travailler pour le compte de Publicis de Blanstein depuis 2 ans pour se mettre à son compte. Il ne dévoilera pas pour autant les «secrets de la profession»
Le travail de ces communicants ne se limite pas seulement à la simple conception d'une campagne électorale gagnante. Il ne se limite pas aussi au souci de polir l'image d'un champion.
Lorsque le communicant est bien introduit dans certains milieux hermétiques, il fait du lobbying pour la personnalité dont il a la charge : il passe des messages, obtient des rendez-vous qui auraient pu s'avérer difficiles à planifier ; il sert d'entregent.
On pourrait, dans cette approche de la communication, comprendre pourquoi la nouvelle venue dans l'entourage de Paul Biya, Anne Méaux, aurait les égards pour l'instant d'Etoudi. On prête à cette dernière, une vieille amitié avec le couple Alassane et Dominique Ouattara, eux à leur tour, très amis à Nicolas Sarkozy.
Aurait-on besoin dans ce cas d'un dessin pour comprendre que, en ce moment où on ne reconnait pas entre Biya et Sarkozy des grandes amours, Anne Méaux, communicant pour le compte d'Etoudi, servirait de passerelle de Ouattara à Sarkozy ? C'est aussi, et surtout à cela que servent les «sorciers blancs».
Xavier Messè
Le Quotidien Mutations/31/05/2011
| < Prev | Next > |
|---|