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Ven, Sep

Situation au Burkina Faso: des négociations pour une sortie de crise

Politique
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Mercredi soir, la junte militaire du général Gilbert Diendéré prenait le pouvoir au Burkina Faso et faisait tomber le gouvernement de transition alors en place. Le pays était suspendu de l’Union Africaine. Des manifestations faisaient alors jour à Ouagadougou. Elles étaient réprimées par les armes des militaires, cette répression entrainant, vendredi, la mort de 7 personnes et plusieurs centaines de blessés.

Dans la capitale, la présence militaire se manifeste toujours. Les commerces et stations-services sont toujours fermés et le principal hôpital d’Ouagadougou, débordé, a eu recours aux étudiants de médecin pour porter secours aux victimes. Le manque de sang pour les blessés se fait cruellement sentir et le syndicat des médecins exhorte la population à aller donner du sang. Les médecins s’attristent par ailleurs du fait que les militaires ont tiré sur les ambulances et les pompiers.

Les négociations en cours au Burkina Faso

Les chargés des négociations, Macky Sall, président du Sénégal et Yani Boni, président du Béni ont rencontré, vendredi soir, une délégation du Conseil national de la transition (CNT), des représentants de la société civile et le général putschiste. Comme indiqué dans une déclaration de vendredi, la réunion de ces partis a eu lieu dans le « cadre de concertation des partis politiques » (CCPP), dans l’objectif de faire front aux putschistes et de condamner et rejeter « l’attentat aux institutions de la transition et au processus démocratique perpétré par les éléments du RSP dans la journée du 16 septembre 2015 ».

Le société civile demande à la CEDEAO (Communauté conique des Etats d’Afrique de l’Ouest) de prendre ses responsabilités, tandis que Jean Hubert Bazié, de la délégation du CNT, souligne que « M. Sall nous a assuré qu’il fera tout pour ramener la paix au Burkina Faso ». Quant aux membre du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de Balise Compaoré, ils se révoltent contre les sanctions de l’Union Africaine qu’ils considèrent comme « non fondées ».

Par ailleurs, la direction de la communication de la junte militaire a fait savoir à la presse qu’une rencontre était prévue à 9h30 entre les médiateurs et les différents acteurs politiques.

Les réactions au Burkina Faso

Un peu partout au Burkina Faso et dès le début, une résistance a fait jour et grandit. Dans la deuxième ville du Burkina Faso, Bobo-Dioulasso, la population ne suit pas le couvre-feu et réclame le départ de la junte. Un leader du mouvement « Balai Citoyen » a déclaré : « ici à Bobo-Dioulasso, nous ne connaissons d'autres dirigeants que ceux de la transition. Nous ne reconnaissons pas Gilbert Diendéré que nous considérons comme un terroriste. Les forces de défense et de sécurité de l’ouest sont avec nous. » A Yako, ville d’origine du général Diendéré, la maison de ce dernier a été incendiée par des manifestants. A Gaoua, la population se révolte aussi contre les putschistes, de même qu’à Banfora ou à Fada.

L’ONG African Crisis Group, groupe de recherche et de prévention sur les conflits en Afrique, a fermement condamné vendredi, le putsch militaire, l’injustifiable utilisation de la force pour arriver au pouvoir et a souligné que « la mode des coups d’état est dépassée ». L’association a indiqué qu’elle « se joint à la communauté internationale et à l’ensemble des forces éprises de justice et de paix au Burkina Faso pour la mise en œuvre d’un schéma rapide et apaisé de retour à l’ordre constitutionnel ».

Du côté du chef d’état-major des armées du pays, le général de brigade, Pingrenoma Zagré a condamné les violences faites par les militaires putschistes. Il encourage « tous les militaires à garder à l’esprit qu’ils doivent exécuter leur mission avec professionnalisme ». Il précise qu’il tient « à rappeler aux personnels des Forces Armées Nationales, que notre mission est de garantir la sécurité des populations et d’assurer la protection des personnes et des biens ». En ce qui le concerne, les Forces Armées Nationales sont attachées aux valeurs républicaines, qui sont la base de la fraternité et de la cohésion nationale. Il demande aux populations de « garder leur confiance aux Forces Armées Nationales qui sont engagées depuis les premières heures de cette crise avec les acteurs nationaux et internationaux dans la recherche d’une solution qui assurera à notre nation la paix et la sécurité ».

Les perceptions du putsch à l’extérieur du Burkina Faso

En Mauritanie, différents organes de presse font part de diverses réactions. Le quotidien « Nouakchott-Info » se désespère quant à l’état « d’une Afrique victime de ses militaires. Un continent sur lequel le mauvais sort s’acharne et qui continue à accumuler les déboires, victimes de bidasses qui privilégient les canons au détriment de la matière grise ». Le journal « l’Authentique » dresse le portrait du « nouveau président de la transition au Burkina Faso : le général Gilbert Diendéré, l’homme qui sait tout. Durant 30 ans, il a dirigé de main de maître les commandos du RSP et a été l’homme de confiance du président Baise Compaoré déchu en octobre 2014 à la faveur d’une révolte populaire ». Quant au « Calame », il cite Kane Hamidou Baba, président du Mouvement pour la refondation (MPR), qui "condamne fermement le putsch de Ouagadougou" et fait part de "sa solidarité avec le Conseil national de transition (CNT) et le gouvernement ». Enfin, le journal « Tahalil », en parlant du putsch du Burkina Faso, fait allusion à « un rapport recommandant le démantèlement du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ».

La Côte d’Ivoire, par l’intermédiaire de son porte-parole, Bruno Nabagné Koné, a fait savoir que « le président et le gouvernement suivent avec une attention particulière, ce qui se passe au Burkina Faso parce que c’est un pays proche, parce que c’est un pays avec lequel nous avons une histoire particulière et parce que ce pays a des millions d’habitants ici » mais que c’était une "situation interne" et qu’à ce titre, les autorités ivoiriennes ne souhaitent pas intervenir. Le pays se cantonnera à suivre les recommandations qui découleront des négociations commencées récemment par les médiateurs et les divers acteurs politiques. Cette prudence peut-elle être en lien avec le fait que Blaise Comparoé et d’autres ex membres de son gouvernement aient trouvé refuge en Côte d’Ivoire ?

En Côte d’Ivoire toujours, Amara Essy, ancien Secrétaire général  de l’Organisation de l’unité africaine (ex-OUA devenue UA) et candidat indépendant à l’élection présidentielle ivoirienne du 25 octobre à venir a condamné l’intervention de la junte militaire comme un « coup de force inacceptable et rétrograde ». Il a précisé : « dans ces circonstances extrêmement préoccupantes, j’exprime ma solidarité aux autorités de la transition, en particulier au président Michel Kafando, aux acteurs politiques ainsi qu’au peuple burkinabé dans leur louable aspiration commune à la consolidation démocratique ». Et dans la mouvance des condamnations émises par la CEDEAO, l’Union Africaine et différentes institutions, il a déclaré « nous devons réclamer à l’unisson la liberté d’action dans la conduite des affaires de l’État que le peuple burkinabé a confiée aux animateurs de la transition démocratique ». Faut-il voir dans cette position, différente de celle d’un gouvernement ivoirien plutôt enclin à la prudence voire à la non-ingérence, une opportunité d’affirmation d’une vision via des prises de position publiques dans un contexte d’élections présidentielles ?

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