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Mer, Mar

Libye: 6ème anniversaire de la Révolution de Février

Politique
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Contrairement à l'année dernière, les Libyens ont entamé depuis plusieurs jours les festivités commémorant le 6ème anniversaire de la révolution du 17 février 2011 qui a entraîné la chute du régime de Mouammar Kadhafi, en dépit du chaos sécuritaire et de l'impasse politique qui persistent toujours dans le pays.

Les six années de chaos, d'absence de l'Etat et les énormes difficultés que rencontrent les Libyens semblent ne plus avoir d'effets sur les citoyens, étant donné qu'aussi bien les populations que les autorités les ont transcendés, le temps de célébrer  la révolution de Févier.

Pourtant le pays se trouve aujourd'hui dans une impasse politique totale avec le dernier échec de la tentative de régler la crise politique qui secoue le pays.

En effet, l'échec d'une rencontre directe entre le président du Parlement, Aguila Saleh, et le maréchal Khalifa Haftar qui ont refusé de rencontrer directement au Caire le président du Conseil présidentiel malgré une médiation de l'Egypte, dénote de l'ampleur du blocage politique en Libye.

En outre MM. Saleh et Haftar ont avancé des arguments pour justifier leur refus de rencontrer al-Sarraj, par le fait que ce dernier ne dispose pas de la légitimité car il n'a pas encore prêté serment devant le Parlement.

Des arguments qui ne tiennent pas la route, selon de nombreux analystes et qui relèguent au calendes grecques toute solution négociée à la crise libyenne.

C'est dans une grande effervescence, tradition des grandes fêtes, que les rues décorées à Tripoli et dans les autres villes du pays sont animées.

Les trottoirs ont été repeints à neuf et le drapeau de l'Indépendance qui symbolise la révolution est accroché partout sur la devanture des bâtiments publics et privés, dans les rues et ruelles, ainsi que les cafés et autres places.

A Tripoli, un podium a été dressé sur l'emblématique place des Martyrs au centre-ville, et des rassemblements ont déjà commencé à être organisés, notamment à l'aéroport de Maatigua, banlieue-est de la capitale.

Des concerts de troupes musicales ont été organisés en présence d'un grand public venu célébrer la révolution. Le Conseil présidentiel du gouvernement d'union compte lui aussi commémorer ce sixième anniversaire de la révolution.

Toutefois, le cœur n'y est pas chez de nombreux Libyens; d'autres ont décidé de célébrer l'anniversaire de cette révolution même si les aspirations et attentes nourries lors du déclenchement de la révolution n'ont pas encore été concrétisées.

Cette situation s'explique par le fait que la révolution constitue pour les Libyens une œuvre colossale ayant permis de faire chuter l'une des plus vieilles tyrannies et dictatures sur le continent africain.

Les motivations de cette révolution, à savoir la liberté, la démocratie, la dignité et l'égalité sont autant de principes nobles qui valent tous les sacrifices consentis par les Libyens.

Malheureusement, cet idéal a été pris en otage par des milices et groupes armés qui ont fait de l'usage des armes leur seul langage, volant le rêve des Libyens et de tout un pays.

Pour Ahmed Fitouri, un agent travaillant dans une banque de la place à Tripoli, 'la révolution du 17 février est symbole de liberté. Elle a permis de sortir les Libyens de la dictature de Kadhafi'.

Selon lui, 'les Libyens sont contents malgré les couacs de la chute du régime de Kadhafi qui avait maintenu plus de quatre décennies durant une chape de plomb sur le pays, privant les citoyens de toute liberté d'expression'.

De nombreux Libyens partagent cette opinion. Pour eux, le fait d'avoir renversé Kadhafi est déjà un grand exploit et mérite d'être célébré.

Pourtant, il existe certains qui tout en glorifiant la révolution n'en sont pas moins contrariés par l'itinéraire pris par cette révolution dont ils estiment qu'elle a dévié de ses objectifs cardinaux.

C'est ainsi que Ali Khalifa Omran, fonctionnaire dans l'administration publique, a affirmé que 'rien n'incite à fêter l'anniversaire de la révolution car les problèmes subsistent toujours et les souffrances des Libyens continuent'.

'Nous avons voulu la liberté; nous l'avons eue mais nous avons aussi la peur, les privations, les enlèvements, les tortures et les assassinats', a-t-il ajouté.

Sans pour autant avoir de regret pour la chute de l'ancien régime, M. Omran déplore plutôt la tournure prise par les choses qui se sont 'retournées contre les Libyens'.

Aujourd'hui, le pays est au bord de la banqueroute bien que la production du pétrole dont regorge le pays ait connu une certaine hausse atteignant plus de 700.000 barils par jour, toujours en deçà des capacités de la Libye.

Mais le dinar connaît une chute sur le marché noir face notamment au dollar et s'échange à plus de 6 dinars pour 1 dollar, tandis que le taux officiel équivaut à 1,48 dinars pour 1 dollar.

La crise de liquidités, de l'électricité, des médicaments et des infrastructures aggrave les souffrances des Libyens obligés de se débrouiller quotidiennement pour assurer leur survie.

Au niveau de l'insécurité, les affrontements sont toujours en cours à Benghazi où l'armée nationale dirigée par le maréchal Haftar pourchasse les groupes extrémistes islamistes dans leurs derniers bastions.

Après la libération de Syrte des mains de Daech, la capitale Tripoli a été le théâtre d'un regain de tensions avec la reprise des affrontements armés entre milices.

L'annonce de la création d'une garde nationale sous tutelle du gouvernement de salut, un cabinet parallèle qui a repris dernièrement ses activités à Tripoli, a attisé les tensions à Tripoli.

Dans un message aux Libyens à la veille de la commémoration du sixième anniversaire de la révolution, le Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU pour la Libye, Martin Kobler, a salué les Libyens, exprimant son admiration pour 'leur volonté de vivre dans la paix et la dignité'.

'Il est impératif que les sacrifices de tant de Libyens ne soient pas vains. Pour cela, j'ai appelé l'année 2017 à être l'année des décisions et des percées politiques. J'appelle les groupes rivaux en Libye à mettre l'intérêt supérieur de leur pays au-dessus de toutes les autres considérations et exhortons ceux qui ne sont pas encore engagés dans le processus à unir leurs efforts pour trouver une solution politique consensuelle et inclusive à la crise en cours', a écrit jeudi soir M. Kobler dans son message.

'Les Libyens ont maintenant devant eux un accord politique viable qui peut aider leur pays à aller au-delà du chaos et à créer un Etat stable et démocratique, doté d'institutions solides et responsables et fondé sur l'état de droit. Cette opportunité ne doit pas être gaspillée', a-t-il insisté.

Il leur a rappelé que 'le chemin vers la paix est long et ardu et exige un engagement, un compromis et un travail acharné. Je tiens à rassurer le peuple libyen que l'ONU est solidaire de vous et de vos efforts collectifs pour choisir la paix sur la violence et la stabilité contre le chaos', a-t-il poursuivi.

Reste à espérer que les Libyens entendront la voix de la raison et qu'ils fassent les concessions nécessaires pour sauver leur pays.

PanaPress 17/02/2017