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Justice-Mauritanie: Mandat d'arrêt contre Chafi

Les démêlés d’un opposant atypique - Peu de Burkinabè le savent. Celui que les autorités mauritaniennes ont déclaré persona non grata, et qui est très bien introduit depuis belle lurette dans les cercles du pouvoir au Burkina, est un opposant teigneux dans son pays d’origine. Révélé aux yeux du grand public burkinabè avec sa participation à la libération d’otages espagnols en 2010, Moustapha Ould Limam Chafi est un personnage aux multiples facettes : peu connu des Burkinabè dont il sert le président depuis de nombreuses années, il a l’étoffe d’un opposant redouté dans sa Mauritanie natale. Non content de critiquer la gouvernance politique du régime en place, sa vision de la lutte contre le terrorisme et celle des autorités de Nouackchott sont aux antipodes.


Lui n’hésite pas à utiliser l’argument des espèces sonnantes et trébuchantes (les fameuses rançons) pour sauver des otages, tandis que son pays s’y oppose farouchement. Les Mauritaniens sont donc peu surpris du mandat d’arrêt que vient de lancer leur pays contre l’homme pour « appui au terrorisme » et « financement du terrorisme ». Mieux, ils l’assimilent, pour certains, à une manœuvre politicienne pour écarter définitivement un adversaire politique qui dérange. D’où les manifestations organisées par ses partisans mercredi dernier, pour dénoncer la fatwa contre Chafi. Cette affaire, apparemment mauritano-mauritanienne, déborde en réalité et prend des allures internationales. Car, au-delà de son statut d’opposant, Moustapha Chafi est un homme d’influence introduit dans bien des palais africains, à commencer par celui de Kosyam, à Ouagadougou.

A ce carnet d’adresses africain bien fourni, est venu s’ajouter le nouveau partenariat qu’il a pu établir avec les chancelleries occidentales, du fait de sa capacité de négociation avec les preneurs d’otages d’Al-Qaida au Maghreb islamique. En voulant donc régler ses comptes avec un opposant, le président Mohamed Ould Abdel Aziz touche de plein fouet aux intérêts de certains de ses homologues africains. C’est d’ailleurs en cela que réside le caractère atypique de Chafi. Comment être opposant chez soi et conseiller d’autres chefs d’Etat ? Car l’amalgame est vite fait, entre ses fonctions, même officieuses, et ses activités politiques. Et, en Afrique, les dirigeants acceptent encore difficilement que le tapis rouge soit déroulé à leurs opposants par un pays tiers.

Le risque de clashs diplomatiques est donc grand, entre Nouackchott et les capitales qui s’attachent les services de Chafi. Jusqu’à quand le trublion mauritanien pourra-t-il jouer sur ces deux tableaux ? En tout cas, tant que des otages seront détenus et qu’il passera pour un négociateur incontournable, on peut parier que Chafi aura la bénédiction de dirigeants africains et occidentaux. Mais à terme, il lui faudra sans doute faire un choix clair, pour éviter des dérapages préjudiciables aux relations entre son pays et ceux qui l’hébergent. S’il choisit de rester le sherpa des chefs d’Etat, il devra certainement se faire l’obligation d’observer un minimum de devoir de réserve.

Mahorou KANAZOE

Le Pays/06/01/2012