Fichiers électoraux-Afrique - Même les experts ès trucage d'élections le savent maintenant : il est quasi impossible de gagner un scrutin en bourrant benoîtement les urnes, méthode surannée s'il en est, à moins de vouloir endosser la tunique d'un putschiste électoral. Des scènes comme celle de ces militaires togolais s'enfuyant avec des urnes du quartier Plage de Lomé, acquis à l'opposition, lors de la présidentielle d'avril 2005 se raréfient. A la limite on se contente, pour flouer un candidat et par- delà, le peuple de sa victoire, de tripatouiller les P.-V. de votes, ce qui, on le constate, accouche invariablement de crise postélectorale interminable.
Désormais, une élection se gagne ou se perd selon qu'on a un fichier propre ou sale, c'est-à-dire truffé ou non de votants fantômes :
au Sénégal lors de la présidentielle de 2007, les opposants ont bataillé fort pour avoir une liste électorale au-dessus de tout soupçon. Las, à la fin, ils ont dû déchanter en constatant que le PDS de Me Abdoulaye Wade avaient opéré un "vol informatique du fichier électoral". Autrement dit, sur les ordinateurs, tout était limpide, mais ce corps électoral était malade de milliers de votants inexistants, fourgués pour favoriser la victoire du parti libéral. A l'inverse, des pans entiers de certaines régions n'avaient pas de votants sur cette liste.
En Côte d'Ivoire, outre la division du pays et le désarmement des ex-rebelles qui empêchaient ce pays d'aller à la présidentielle, le casse-tête majeur qui plombait le processus était la mère des batailles : le fichier électoral, lequel fichier a "bouffé" le premier président de la CEI, Beugré Mambé, et un gouvernement et a sérieusement ralenti la mise en Å"uvre de l'Accord politique du 4 mars 2007.
Normal, car dans une Côte d'Ivoire, où les 3 principales forces politiques (PDCI-RDR-FPI) en présence s'équivalent électoralement, la moindre voix compte et la tambouille autour des listes grise et blanche se comprend, comme on le verra aux résultats du 1er tour.
Au Burkina Faso, laborieuse fut la présidentielle du 21 novembre 2010, qui a vu les Burkinabè aller voter sans savoir exactement à combien s'élève le nombre de votants. Au-delà de la polémique politico-juridique, c'est bien la problématique du fichier électoral qui s'est encore posée.
On pensait qu'un pays comme le Bénin était exempt de ces chicaneries préélectorales. Que nenni, puisque le premier tour de la présidentielle, initialement prévu pour le 27 février, a été repoussé au 6 mars 2011. La Commission électorale nationale autonome (CENA) a ainsi accédé à la doléance du président de la Commission chargée de rendre claire la liste électorale permanente informatisée (LEPI). Ce dernier a posé la question des listes électorales pour demander ce report.
On le voit, le Bénin, laboratoire de la démocratie en Afrique de l'Ouest, est, lui aussi, pris dans l'engrenage du fichier électoral. L'Union fait la Nation (UN) de l'opposant Adrien Hougbedji accuse le président-candidat Boni Yayi de vouloir se fabriquer des suffrages sur mesure via une liste électorale opaque. Si même ce pays n'échappe pas à cette maladie infantile des démocraties africaines, quelle thérapie faut-il alors appliquer ? Pour mettre fin à cet itératif procès en suspicion en Afrique.
Par Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
L'Observateur Paalga/17/02/2011
| < Prev | Next > |
|---|