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Feb 07th
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Loi sur les Hydrocarbures en Algérie

Notre mère Sonatrach - Notre mère la terre. Notre mère Sonatrach. La loi sur les Hydrocarbures, la mère de toutes les lois algériennes. Aujourd'hui, Youcef Yousfi, ministre nationaliste et pragmatique de l'Energie, qui gère l'héritage complexe de Chakib Khelil, veut l'amender. Il veut modifier celle de 2006 pour mieux attirer les investisseurs qui boudent l'Algérie, augmenter les réserves et explorer d'autres sources d'hydrocarbures comme les gaz de schiste.

Sans pour autant remettre en cause le PSA, le principe de Production sharing agreement, à savoir le 51/49% définissant le partage de production. Il y a des différences majeures entre Khelil et Yousfi qui ne relèvent pas seulement des spécificités de formation, de parcours ou de personnalité.

Entre les deux hommes, il y a un gap philosophique, entendre, patriotique, qui fait que M. Yousfi ne se résigne pas à brader les richesses minières nationales ou à les surexploiter.

Depuis toujours, qu'il s'agisse des textes de nationalisation de 1971 ou des lois de 1986, de 1991 ou de 2005 modifiée en 2006, le fil conducteur a toujours été, en effet, l'exploitation intensive ou extensive des hydrocarbures.

Ce fil rouge avait pour nom Valhyd, le célèbre plan de valorisation des hydrocarbures, concept stratégique développé au début des années 1970 autour de Bélaïd Abdesselam et de Sid-Ahmed Ghozali, binôme énergétique autour duquel gravitait déjà un certain Chakib Khelil, conseiller pétrolier à la Présidence de la République, formé aux Etats-Unis.

Cet ancien malgache, un Boussouf Boy issu du MALG, ancien employé de Philips Petroleum et de l'Union Oil of California (UNOCAL), au même titre que l'Afghan Hamid Karzaï, jouera plus tard un rôle essentiel en imposant à l'Algérie l'abandon, en 2005, du principe de souveraineté nationale sur les hydrocarbures.

Abdication de souveraineté au profit des majors américaines qui concernait la propriété du sous-sol minier et le rythme et les volumes d'exploitation. Ce qui était de nature à condamner Sonatrach à jouer les faire-valoir, en attendant son étiolement industriel inscrit dans la loi No 05-07 du 28 avril 2005 qui porte le nom et l'empreinte de Chakib Khelil.

Cet ami intime du président Abdelaziz Bouteflika était alors ministre de l'Energie et lobbyiste de choc des pétroliers texans dont on retrouvait certains hérauts dans l'entourage du président George W. Bush, en l'occurrence les fameux néo-cons qui inspireront plus tard l'invasion militaire de l'Irak.

Inspiré alors par la muse américaine nommée Khelil, le chef de l'Etat, dans un article du Washington Times, écrivait le 22 novembre 2002 que «l'Algérie ambitionne de devenir le premier producteur du continent africain et ainsi assurer aux Etats-Unis la sécurité énergétique supplémentaire dont ils ont besoin.»

La mise en musique était déjà préparée par contrat avec la new-yorkaise Pleasant and Associates pour l'assistance et l'élaboration de la nouvelle loi sur les hydrocarbures.

Le reste est connu : Khelil mouillera beaucoup la chemise et sera tellement convaincant que le président de la République avouera lui-même qu'il était contraint d'adopter une loi aussi scélérate que celle de 2005, pour éviter à l'Algérie la fatalité militaire irakienne.

Il est vrai que Spencer Abraham, l'outrecuidant secrétaire d'Etat à l'Energie de George W. Bush, avait voulu forcer la main du Président, confronté alors à de graves problèmes de santé.

Le responsable américain, on ne l'a pas oublié, avait déclaré, sur le seuil même du bureau du président Bouteflika, que la loi Khelil était bonne à voter. Ce qui sera fait tout de go : le chef de l'Etat adoptera ladite loi sans pour autant signer les décrets d'application.

Durant cette période de latence juridique et de flottement politique, le père de la nation sera soumis à des pressions conjuguées en interne et en externe.

Sur le front intérieur, rappelons donc les positions admirablement patriotiques de Noureddine Yazid Zerhouni, alors ministre de l'Intérieur, de Louisa Hanoune et de quelques hauts dignitaires militaires, inflexibles et dignes comme le général-major Ali Ghediri, directeur des personnels militaires, incapables de supporter l'idée même de céder la propriété du sous-sol aux intérêts de l'hyperpuissance américaine et de brader, à vil prix, les richesses des générations futures.

Ce mur de la dignité nationale sera conforté par les pressions fortes de deux partenaires puissants comme le Venezuela et l'Arabie saoudite. Caracas et Riyad refusaient d'accepter l'idée que l'Algérie, naguère figure de proue de l'OPEP, puisse jouer le rôle du Judas pétrolier en cassant le consensus au sein du cartel grâce à l'abandon du PSA.

L'Histoire retiendra par la suite que le chef de l'Etat retrouvera l'énergie, le sursaut d'orgueil et le degré de conscience nécessaires pour modifier, en 2006, une loi aussi infâme. En préservant ainsi les intérêts stratégiques de l'Algérie.

Là est peut-être son mérite le plus grand. Aujourd'hui, Youcef Yousfi, imbu du même souverainisme, semble avoir compris que Sonatrach est la mère de tous les Algériens.

Et que la sagesse du Prophète marque également de son sceau les hydrocarbures algériens. Sidna Mohamed, dont la parole est d'inspiration divine, disait que le paradis est sous les pieds des mères. Surtout si la mère se prénomme Lalla Sonatrach.

Noureddine Khelassi

La Tribune/11/12/2011