Justice Sénégal - La Raddho et la LSDH pour le jugement ou l'extradiction de Habré. Selon Human Rights Watch, le Comité des Nations Unies contre la torture a appelé le Sénégal à se conformer à son « obligation » de juger ou d'extrader Hissène Habré. Pour la Raddho et la Lsdh, le Sénégal n'a plus le choix. « Les Nations Unies se tiennent aux côtés des milliers de victimes de Habré qui cherchent à obtenir justice au Sénégal depuis vingt et un ans », a déclaré Reed Brody, conseiller juridique auprès de Human Rights Watch, et représentant des victimes auprès du Comité. « Etant donné que le Sénégal refuse de poursuivre M. Habré, ce pays doit l'extrader immédiatement vers la Belgique», lit-on dans le communiqué. Interpellé, Me Assane Dioma Ndiaye, président de la Ligue sénégalaise des droits de l'Homme, a indiqué que la nouvelle mise en garde du Comité des Nations Unies contre la torture constitue un « pas supplémentaire » vers la tenue du procès de Hissène Habré.
« Il s'agit d'un dernier avertissement à l'endroit de notre pays. Si le Sénégal ne s'exécute pas, cela ternirait son image au niveau des Nations Unies et surtout du Conseil des Droits de l'Homme dont il est membre », a-t-il regretté. La conviction de Me Ndiaye est que le Sénégal doit se soumettre à cette décision. « Nous implorons le Sénégal à saisir cette occasion pour le juger rapidement à défaut de l'extrader », a-t-il dit.
De son côté, le président de la Rencontre africaine des Droits de l'Homme (Radho), Alioune Tine, a indiqué qu'il n'était pas surpris de cet avertissement du Comité. « Le Sénégal a des obligations internationales qu'il doit respecter. On ne peut pas se soustraire à tout temps à la justice », a-t-il martelé. Avant d'ajouter : « la loi contre la torture est de compétence universelle. Et ce crime ne peut pas rester impuni ». La seule issue pour le Sénégal, de l'avis de M. Tine, est de « prendre son courage pour juger M. Habré, s'il ne l'extrade pas ». A défaut, a-t-il averti, « les Nations Unies continueront à mettre la pression sur le Sénégal jusqu'à ce qu'il respecte les obligations internationales ».
Récemment, le Rwanda a aussi annoncé qu'il était éventuellement disposé à poursuivre Habré devant ses tribunaux, mais les victimes du régime de Hissène Habré et Human Rights Watch ont estimé que cette option conduirait inévitablement à retarder encore plus la tenue d'un procès. Pour Me Assane Dioma Ndiaye, l'offre du Rwanda n'est pas « réalisable ». Car, a-t-il révélé, « ce pays a un passif avec les supposés génocidaires ». Habré est accusé de milliers d'assassinats politiques et de torture systématique, alors qu'il dirigeait le Tchad de 1982 à 1990, avant de se réfugier au Sénégal. Au fil des années, le gouvernement sénégalais a d'abord refusé, puis sous la pression accepté, pour finalement refuser de juger Hissène Habré.
Le Comité contre la torture est un organe des Nations Unies composé de dix experts indépendants, élus par les 149 États membres de la Convention contre la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. En 2006, faisant suite à la plainte des victimes, le Comité considère que le Sénégal avait violé son obligation légale de livrer Habré à la justice.
Souleymane Diam SY
Le Soleil/02/12/2011
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