Le Géant d'Afrique au bord de la faillite - Le Nigeria va mal. Les menaces de déstabilisation ne proviennent plus seulement du mouvement islamiste Boko Haram. Les organisations de la société civile et les partis politiques d'opposition affûtent, à leur tour, leurs armes, non pour venir en aide à un gouvernement exposé aux critiques qui fusent de toutes parts, mais pour porter des revendications. De fait, les principaux syndicats et alliés, réunis le 4 janvier 2012, ont menacé de lancer une grève illimitée à partir du 9 janvier prochain, si le gouvernement ne revenait pas sur la nouvelle mesure antérieurement rejetée par les parlementaires dans le mois de décembre 2011.
Comme eux, les syndicats récusent ladite mesure suspendant la subvention des produits pétroliers qui a eu pour effet d'entraîner une hausse vertigineuse des prix des produits pétroliers.
Pour les syndicalistes, il faut impérativement faire redescendre le prix du litre de l'essence à la valeur initiale de 65 nairas contre 140 nairas actuellement. C'est de bonne guerre, car le coût a plus que doublé.
On aurait pu comprendre une toute petite augmentation. Ou encore si l'exécutif procédait par échelonnement, de sorte qu'au bout de plusieurs années, il finisse par matérialiser ses ambitions.
Pour une population dont plus de 70% vit avec moins de 1, 5 euro par jour, c'est difficilement supportable. Le sacrifice à consentir va au-delà des possibilités des citoyens qui peinent déjà à joindre les deux bouts.
On veut leur arracher les yeux à peine ouverts par les bruits de botte du mouvement terroriste, Boko Haram. Déjà qu'ils sont éveillés, les autorités auraient dû passer par les centrales syndicales pour les consulter.
N'étant pas préparées à cette hausse, il va sans dire que si les syndicats ne sortaient pas les griffes, ils se seraient discrédités d'autant plus que les conséquences de la mesure ont commencé à impacter très amèrement les populations nigérianes ainsi que celles du Bénin voisin.
S'il ne tenait qu'à la flambée des coûts des transports et des produits de consommation ainsi que de la baisse de la cote de popularité du président Goodluck Jonathan, le pays s'en remettrait de toute évidence.
Que les événements se déroulent au plus mauvais moment, celui du réveil cinglant de la secte islamiste, il faut craindre que le mouvement ne profite du désordre et des fortes mobilisations d'expression de la colère désenchantée, avec les marées humaines, pour semer la mort et la haine un peu partout sur le territoire national.
Si "le géant au pied d'argile" était jusqu'ici l'un des rares pays africains où l'essence se vendait à prix de cacahuètes, ce n'est plus le cas. En rejoignant le cercle des autres pays africains dépourvus de ressources pétrolifères, on se demande s'il faut envier les pays nantis en la matière ?
Et dire que le Nigeria en est le premier producteur en Afrique, il n'est pas bête de croire que les autres producteurs d'or noir du continent, pour ne pas citer la Libye, ne vont pas lui emboîter le pas sous les fallacieux prétextes de se conformer au prix de référence et de faire des économies. Il y a de quoi s'interroger : le Nigeria qui pourvoyait généreusement aux besoins de ses populations en hydrocarbures n'est-il pas, lui-même, un modèle ?
A vrai dire, les politiques viennent de faire l'aveu de l'échec des politiques précédentes. Comment comprendre qu'il ait fallu attendre aussi longtemps après que les premières gouttes des minerais aient giclé des profondeurs du sol du Nigeria pour penser à réaliser des économies en vue de construire des infrastructures . Les objectifs affichés sont nobles.
On ne peut que s'en féliciter, même si l'idée a émergé, on ne peut plus, tardivement. Mais le problème, c'est qu'il ne faut pas que les pauvres paient pour les riches.
Et les multinationales internationales qui ont le monopole de l'exploitation du pétrole dans tout ça ? C'est bien évidemment à eux qu'il faut faire payer le manque à gagner.
Le président qui n'a pas intérêt à se fermer comme une huitre devrait renégocier les contrats sinon on finira par se convaincre que les minerais des pays en voie de développement ne profitent qu'aux compagnies internationales et les politiques à qui ils versent des commissions.
De même, il gagnerait à se départir des réflexes tendant à surcharger le peuple chaque fois que de besoin pour se tirer des mauvaises passes et faire montre d'exemplarité. Pourquoi ne commencerait-il pas par réduire les dépenses de l'Etat avant d'inviter le peuple à consentir à un énième sacrifice.
Ce n'est qu'ainsi qu'il arrachera des centrales syndicales des buissons de la méfiance pour engager avec elles des concertations viables à même d'aboutir à des mesures consensuelles.
Adama Bayala
Sidwaya/06/01/2012
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