Politique-Libye - La Libye focalise une fois de plus l'attention et l'actualité sur elle. Les cendres de la révolution ne sont pas tout à fait éteintes. La ville de Benghazi, qui en a été le foyer, est à nouveau agitée. Elle n'est pas contente des autorités du Conseil national de transition (CNT). Pêle-mêle, certains de ses habitants dénoncent l'opacité, la corruption et les opportunistes qui seraient tapis au sein du CNT. Le 12 décembre dernier, des manifestants ont même investi la place al-Chajara de cette ville pour demander le départ pur et simple de ceux qui ont libéré la Libye du joug de Kadhafi.
Au même moment et dans ce bastion de la révolution, des partisans du CNT se sont retrouvés sur la place Tahrir pour apporter leur soutien à Moustapha Abdeljalil et à son équipe. S'agit-il d'une révolution dans la révolution ou d'un simple mouvement d'humeur d'impatients ?
En tout cas, on n'est pas loin de penser que la Libye est à son tour gagnée par les soubresauts qu'ont connus les autres pays touchés par le printemps arabe. En effet, les révolutions tunisienne et égyptienne ont été marquées, par moments, par des poussées de fièvre de personnes qui estiment que les nouvelles autorités sont en train de dévier du droit chemin. L'Egypte est le pays qui a le plus connu ces convulsions.
La dernière en date est l'occupation de la place Tahrir au Caire par des manifestants, à la veille du premier tour des législatives de fin novembre, pour demander la démission du Conseil suprême des forces armées, dirigé par le maréchal Tantaoui. Au regard de ces précédents, les manifestations du début de cette semaine, que ce soit à Benghazi contre le CNT ou à Tripoli contre les ex-combattants, n'ont rien de surprenant.
Un jour ou l'autre, il fallait donc s'attendre à ce que des Libyens disent que tout ne se passe comme ils l'auraient souhaité, que leur quotidien n'a pas sensiblement changé, et que leur révolution risque d'être récupérée. Pour beaucoup de personnes, c'est aussi une manière d'user - et d'abuser parfois - de la liberté d'expression et de manifestation favorisée par le printemps arabe. La preuve que plus rien ne sera comme avant est qu'en lieu et place d'une répression féroce contre les manifestants, il leur est plutôt demandé de la patience. Et, mieux, le président du CNT a promis de faire de Benghazi la capitale économique de la Libye.
Est-ce suffisant pour calmer les manifestants ? Là est toute la question. On peut être sûr d'une chose : les autorités de transition sont sous surveillance et sous pression. Elles doivent poser des actes qui rassurent et rassemblent, sous peine de susciter des mécontentements ou des remous sociaux. Les espoirs placés en elles par un peuple qui est resté longtemps amorphe et atone sont immenses.
Dans ces conditions, il n'y a véritablement pas beaucoup de temps pour un quelconque état de grâce. Le CNT aura donc été averti.
Séni Dabo
Le Pays/15/12/2011
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