Manifestation-Libye - Ainsi, le «roi des rois traditionnels» d'Afrique ne résistera pas, lui non plus, à la révolution de jasmin! Les jours de Mouammar el Kadhafi, guide de la révolution verte en Jamahiriya arabe libyenne, sont désormais comptés à la tête de ce pays. Après plus de 40 ans de règne, son pouvoir est fortement contesté et le peuple, déterminé, crie liberté. «Dégage», comme diraient les autres, par qui la tempête est arrivée et qui sont désormais persona non grata sur ce coin d'Afrique où l'on a tant parlé, ces dernières années, d'unité...
C'est un «chef» complètement dépassé par les évènements, mais surtout incapable d'humilité, qui crie aux abois, terré dans son bunker de Tripoli. Aux cris de désespoir de son peuple, le «chef de la révolution d'el Fateh» répond par une répression sauvage, avec chars, blindés et armes lourdes. A l'arrivée, des centaines de morts et de blessés, ainsi que des milliers de personnes qui fuient ce nouvel enfer sur terre. Kadhafi l'a martelé, il ne capitulera, se battra «jusqu'à la dernière goutte» de son sang pour triompher de ceux qu'il appelle des «drogués» au service de Ben Laden!
Pourtant, la révolte gronde et la victoire se trouve plutôt dans le camp des insurgés, libérés de leurs chaînes par trop pesantes, par un effet d'entraînement de la révolution de jasmin. Il faut donc croire que le bouillant révolutionnaire de 1969 n'a pas vu venir celle-là, plus forte, plus pressante, plus dévastatrice. Faisant fi des frontières et transcendant les peurs qui ont longtemps fortifié les pouvoirs autocratiques et despotiques, le vent du Nord souffle irrésistiblement sur le monde arabe, mettant une à une les capitales à l'épreuve de la vraie révolution, celle du peuple affamé de justice, assoiffé de liberté, transi de démocratie. Tunis, Le Caire, Manama, Sanaa... continuent ainsi de palpiter sous les soleils du printemps arabe.
Pris justement dans l'étau Tunis-Le Caire, où Zine el Abidine Ben Ali (23 ans au pouvoir) et Hosni Moubarak (30 ans de présidence ininterrompue) ont tour à tour perdu leur fauteuil face au pouvoir de la rue, la Libye n'échappe donc pas au séisme révolutionnaire de ce début d'année. Et si Mouammar Kadhafi continue de faire de la résistance, préférant plonger son peuple dans le chaos à travers un carnage organisé, plutôt que de tirer élégamment sa révérence, on voit mal comment il pourrait encore se tirer d'affaire. A l'évidence, cette fois-ci, le «Guide» n'est pas du tout éclairé et s'est lourdement trompé de révolution. Quel dommage qu'il mette autant de hargne et d'application à détruire tout sur son passage!
La mobilisation des nations du monde, engagées dans le combat pour la liberté et la démocratie devrait donc payer coûte que coûte, et achever de convaincre tous les roitelets qui pensent qu'en faisant parler la poudre, ils continueront de mettre la rue au pilori, que force doit rester aux institutions, à la justice, la démocratie et la paix.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que, incontestablement, les temps changent. Il n'y plus, sur le continent, aucun dirigeant qui ne regarderait désormais du côté du Nord, avant d'agir ou de réagir. Le fait même qu'un certain Mouammar Kadhafi, mentor avoué ou non de nombres de chefs d'Etat du continent et chantre déclaré du panafricanisme des pétrodollars, voir rouge et doive s'incliner dans cette tempête sociale inattendue -quelle qu'en soit la manière- restera, il faut l'espérer, un signal fort dans le monde arabe, mais aussi et surtout sur le continent.
Serge Mathias Tomondji
Fasozine/01/03/2011
| < Prev | Next > |
|---|