Actualité en Libye - La page Kadhafi n'est pas complètement tournée en Libye. Les derniers bastions font toujours de la résistance et l'ex-guide libyen reste introuvable. Mais cela n'empêche pas outre mesure le Conseil national de transition (CNT) d'envisager l'avenir du pays. Il faut bien préparer l'après-Kadhafi.
C'est ce à quoi s'attelle l'organe politique des insurgés. Le chef du CNT, Moustapha Abdeljalil, a marqué les esprits en se rendant pour la première fois à Tripoli (le 9 septembre dernier) depuis le début de la révolte contre Kadhafi en février 2011. Dans la capitale contrôlée par ses hommes depuis le 21 août dernier, le n°1 du CNT s'est adressé à ses partisans à la fameuse Place verte de Tripoli rebaptisée Place des martyrs. Il en a profité pour rassurer tous ceux qui se posaient des questions sur la nature du futur régime qui prendra en main la destinée de la Libye.
Aux sceptiques, il a fait savoir que, certes, l'islam sera la principale source de législation de la nouvelle Libye. Mais, il n'y aura pas d'idéologie extrémiste. « Nous n'accepterons aucune idéologie extrémiste de droite ou de gauche. Nous sommes un peuple musulman, à l'islam modéré et nous allons rester sur cette voie », a déclaré en substance Moustapha Abdeljalil. Les fous d'Allah qui rêvaient d'asservir le peuple une fois au pouvoir doivent se le tenir pour dit. Avec le printemps arabe, la crainte des pays qui ont été touchés, c'est que les extrémistes religieux, dont beaucoup ont longtemps été traqués par les régimes déchus, parviennent au pouvoir. En Tunisie, le parti islamiste Ennahda suscite des inquiétudes et on attend de connaître ce qu'il vaut réellement aux futures élections pour la mise en place des nouvelles autorités. Il en est de même pour l'Egypte avec les Frères musulmans.
En Libye, on a aussi peur des islamistes qui, au sein du CNT, prennent une part active dans la révolte contre Kadhafi. Il y en a qui ont des insomnies à l'idée que ces derniers arrivent aux affaires de la nouvelle Libye et remettent en cause, avec des idées fondamentalistes, des acquis séculaires comme l'égalité entre les citoyens, le droit à l'éducation pour tous, etc. Toutefois, ces personnes ne devraient pas s'en faire, a priori, car, selon les déclarations du président du CNT, cela ne serait pas possible. La raison est que toutes les dispositions seront prises par la Constitution de la nouvelle Libye contre tout extrémisme.
La nouvelle république qui se dessine ne tolérera pas, par exemple, des Talibans qui pourraient interdire aux filles d'aller à l'école et aux femmes de travailler. Il reste à souhaiter qu'il en soit ainsi pour éviter des retours en arrière ou une autre révolution. En effet, il n'est pas exclu que le peuple libyen réagisse comme il l'a fait contre Kadhafi s'il se rend compte que sa liberté chèrement conquise est confisquée. A cette éventualité, il faut aussi ajouter la pression que ne manqueront pas d'exercer les pays de la coalition qui épaulent actuellement le CNT. C'est de notoriété publique que ceux-ci ne sont pas venus juste pour faire le coup de feu et tourner les talons une fois la situation normalisée. Compte tenu de leur « effort de guerre », ces pays occidentaux ne s'abstiendront pas de s'arroger un droit de regard sur la nouvelle république. Au nom de leurs intérêts, ils veilleront à ce qu'un régime non démocratique, extrémiste, ne s'installe. Les déclarations de Moustapha Abdeljalil associées à la vigilance du peuple et aux pressions douces et amicales des alliés se présentent donc comme des garde-fous contre tout basculement de la nouvelle Libye vers l'extrémisme religieux.
Séni Dabo
Le Pays/14/09/2011
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