Diplomatie - Après Tripoli, bientôt le chemin de Damas ? Acclamés, ovationnés, Nicolas Sarkozy et David Cameron l'ont été, jeudi 15 septembre ; et ce, tout le temps qu'aura duré leur visite au pays de ce Guide que leurs coups de boutoir auront fini par mettre à terre. La visite des deux dirigeants accompagnés pour la circonstance, de certains de leurs plus proches collaborateurs, tenait énormément du symbole ; on en convient ; mais elle demeure aussi liée au souhait des alliés du jour de voir se concrétiser la promesse faite par les nouvelles autorités libyennes de songer en priorité, dans les accords pétroliers futurs, aux amis qui les auront aidés à en finir d'avec le Guide.
Tout le monde sachant que la France et la Grande Bretagne constituèrent le fer de lance de la coalition qui fit chuter le Kadhafi et son clan, c'était dans la pure logique des choses que cette visite d'inspection se fît. Ne serait-ce que pour faire le point de la situation qui en ce moment, prévaut, et rappeler qu'on n'a pas oublié certains accords prudemment restés tacites.
De fait, tant à Tripoli qu'à Benghazi, les hôtes européens du jour auront été reçus en héros ; et ces derniers auront fort élégamment choisi de se la jouer modeste ; pris pour des libérateurs providentiels, ils auront préféré mettre en avant leur souci pour le futur d'un pays encore bien chancelant : «Nous croyons dans la Libye unie, pas dans la Libye divisée... vous devez montrer un nouveau courage, celui du pardon et de la réconciliation» exhorta le président français bien en verve, en précisant toutefois son souhait de voir capturer Kadhafi vivant.
Pour ce faire, les visiteurs du jour auront pris soin de faire la précision que l'engagement de l'OTAN en Libye n'était pas terminé. Excellente nouvelle pour le CNT puisque depuis quelques jours, ses combattants suent sang et eau dans leur tentative visant à faire tomber Syrte et Bani Walid, les derniers bastions toujours aux mains des forces fidèles au Guide. Nul doute que d'éventuelles frappes futures des avions de l'OTAN changeront la donne ; Sarkozy, Cameron ainsi que leurs amis et combattants du CNT savent que dans cette guerre de Libye, qui tantôt pencha sur un côté, tantôt de l'autre, désormais, ils ont pratiquement partie gagnée. A tel point que le CNT s'apprêt à faire l'annonce d'un gouvernement de transition ; il se dessinerait sous les traits d'une équipe composée d'une trentaine de membres et serait représentatif de «tous les libyens» ; grande nouveauté, devraient y figurer des femmes.
C'est dire que dans cette affaire libyenne, la boucle est pratiquement bouclée ; plus que quelques misérables jours et la chose sera enfin rondement menée. A tel point que le président français, déjà pense à autre chose. Au cours de son triomphe libyen, le président français aura fait une dédicace que les observateurs avertis ont vite reliée à ce qui, de fait, pourrait être le fond de sa propre pensée : Nicolas Sarkozy aura en termes non voilés, choisi de dédier sa visite en Libye à «tous ceux qui espèrent» en une «Syrie libre». Qu'est-ce à dire ? Il se susurrait déjà que depuis un certain temps, le chef de l'Elysée est courroucé en voyant les massacres auquel se livre le président syrien Bachar al-Assad. Tout comme il se dit aussi qu'il affirme ne pas comprendre les atermoiements et tergiversations que manifeste à l'infini une communauté internationale pourtant dans l'obligation de mettre fin au jeu de massacre à huis clos dont Bachar finit par se faire une bien macabre passion.
Nicolas Sarkozy annonce-t-il par avance que la question libyenne réglée, «on» se tournerait vers l'équation syrienne ? Si oui, il s'agirait là d'une tout autre paire de manches. Pour mille et une raisons ; à commencer par celle concernant la grosse inconnue de qui composerait la nouvelle coalition. Il n'est pas sûr que ces ressortissants occidentaux qui, depuis un certain temps déclinent le mot «crise» à tous les cas, donnent quitus à leurs gouvernants, pour effectuer de nouvelles et faramineuses dépenses (après celles qu'engloutit la guerre en Libye) fût-ce pour libérer des syriens qui se font massacrer par un dictateur qui n'a plus que ce passe-temps pour sa propre distraction.
De plus, se trouve la sempiternelle guéguerre d'influence que se livrent les cinq «grands» du Conseil de sécurité de l'ONU ; une bien puérile bataille de positionnement qui fait que le petit ennemi de l'ennemi devient forcément un ami que l'on met bien à l'abri de toute velléités de sanctions, bien au chaud sous le voile de protection d'un bien providentiel droit de veto que l'on sait brandir en temps opportun. Et puis, qui, des Etats de la zone du Moyen Orient appelle de ses vÅ"ux une quelconque déstabilisation de la Syrie ?
Pas grand-monde ; le statu quo même sanglant à l'intérieur des frontières syriennes, arrange des voisins déjà trop absorbés par leurs propres crises qu'ils gèrent avec plus ou moins de bonheur chez eux. Dernier argument et pas le moindre, la Syrie a de quoi se défendre ; militairement, elle a de quoi faire valoir ; stratégiquement, elle sait de quel poids elle pèse de même qu'elle n'ignore pas qu'une étincelle à l'intérieur de ses frontières peut faire un brasier de l'ensemble de cette région du monde où toute paix à ce jour n'a jamais été que très relative. Alors, le chemin de Damas, info ou intox ? Pour le moment, on se perd en conjectures, mais on finira toujours par le savoir un jour ; tôt ou tard.
L'Observateur Paalga/19/09/2011
| < Prev | Next > |
|---|