Cameroun-Libye - L'UA a reconnu le Conseil national de transition après des mois d'atermoiements. Cela y est ! L'Union africaine a reconnu hier le Conseil national de transition (Cnt). Un jour auparavant, lundi dernier, le chef de l'Etat, Paul Biya, a reçu en audience au palais de l'Unité l'ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, Robert P. Jackson.
Au centre des échanges entre les deux hommes, le renforcement des investissements américains au Cameroun et la situation internationale marquée particulièrement par la crise libyenne, entre autres. Au sujet de la Libye, le diplomate américain n'a pas fait dans la langue de bois : «Nous respectons le fait que l'Union africaine veuille un gouvernement qui représente toutes les tendances politiques en Libye. Cependant, nous estimons qu'il est très important que tout le monde travaille avec le nouveau gouvernement qui est en place et qui est reconnu par les Nations Unies». Une «pression douce» exercée sur le président camerounais, qui n'a pas encore formellement reconnu le Cnt, qui débarqué Mouammar Kadhafi du pouvoir, avec l'appui du l'Organisation du traité de l'atlantique Nord (Otan).
Le 27 juin dernier, le chef de l'Etat camerounais a même fait preuve d'une certaine audace diplomatique relativement à la crise en Libye. A peine avait-il reçu en audience Johnnie Carson, le sous-secrétaire d'Etat américain aux Affaires africaines, qu'il déroulera le tapis rouge à Joma Ibrahim Amer, le ministre libyen des Affaires de l'Union Africaine, envoyé spécial du Guide libyen, Mouammar Kadhafi. « Le président de la République du Cameroun a été très content de cette visite et nous a informé que le Cameroun soutiendra la position africaine qui est favorable à une solution pacifique de la crise libyenne afin de retrouver la sécurité et la paix en Libye», dira, au sortir de l'audience, Joma Ibrahim.
Reçu au palais de l'Unité au lendemain, le 28 juin, de cette audience avec l'envoyé spécial du guide libyen, Henri de Raincourt, le ministre français de la Coopération, indiquera à Paul Biya la position de la France et partant de la «communauté internationale» sur la situation en Libye : «Nous souhaitons, les uns et les autres, qu'une solution politique puisse être trouvée, qu'un cessez-le-feu puisse intervenir rapidement ; des soldats retournant dans leurs casernes et les différents acteurs de la vie politique libyenne, hors M. Kadhafi, définissent les contours d'un nouveau départ pour la Libye».
En visite en Chine, du 20 au 22 juillet, Paul Biya enverra pourtant des signaux discordants à la «communauté internationale» : «Sur le plan international également, le Cameroun et la Chine ont une large convergence de vues. Nos deux gouvernements attachent une grande importance aux principes et valeurs tels que le règlement pacifique des conflits, la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats et le respect de leur intégrité territoriale», déclarera-t-il, lors de la séance de travail élargie au «Grand Palais du Peuple», en présence du président Hu Jintao.
Un discours qui suscitera d'ailleurs le courroux de certaines chancelleries occidentales en poste à Yaoundé. Les évolutions notées dans les postures de l'Union africaine de la Chine et de la Russie amèneront-ils Paul Biya a révisé sa position ou alors ce dernier attendra-t-il «la fin» de Kadhafi avant de donner la position officielle du Cameroun sur ce dossier? On se rappelle du même silence présidentiel au plus fort de la crise ivoirienne, qui ne l'empêchera de faire le déplacement de Yamoussoukro pour la cérémonie d'investiture de Alassane Ouattara ; une reconnaissance de fait du «tombeur» de Laurent Gbagbo. En attendant un revirement de cet acabit, aussitôt dressé, le drapeau du Cnt a été «retiré» fin août dernier à Yaoundé.
Georges Alain Boyomo
Le Quotidien Mutations/21/09/2011
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