Intervention militaire en Libye - A la faveur de la crise libyenne, la folie de Mouammar el Kadhafi s'est révélée au yeux du monde dans toute sa laideur. A ses compatriotes qui manifestaient pour exiger plus de liberté et de démocratie à l'image de ce qui s'est passé en Tunisie et en Egypte aujourd'hui en pleine ère du jasmin, le Guide, qui n'a jamais autant démérité de son titre qu'aujourd'hui, a tout simplement répondu par la terreur aveugle. Il ne pouvait pas en être autrement, car au pays du "Roi des rois d'Afrique",toute velléité contestataire est un crime de lèse-majesté qui ravale systématiquement les auteurs au rangs de "rats", de "drogués" de "pouilleux" et "de terroristes" dont il faut purifier la nation quitte à ce qu'un fleure de sang coule de la Tripolitaine à la Cyrénaïque et vis-versa.
On comprend donc que, pour une fois, la Communauté internationale soit sortie des tergiversations habituelles pour secourir un peuple en danger. Forte de la résolution 1973, la Coalition internationale a engagé depuis samedi l'opération "Odissey Dawn" (Aube de l'odyssée).
Les premières frappes françaises, britanniques et américaines ont, semble-t-il mis hors d'état de nuire les défenses antiaériennes, et des objectifs militaires comme ce centre de commandement dans une résidence du dictateur ont été également détruits.
Ce qui a fait dire hier aux grands chefs de la Coalition que les objectifs ont été atteints presque à 100% ; mais à peine l'aube de l'odyssée entamée et Benghazi visiblement sauvée que des dissensions se font jour en son sein sur les choix stratégiques :
en effet, la Ligue arabe, qui était la caution morale des Occidentaux, par la voix de son secrétaire général, Amr Moussa, a accusé ces derniers d'avoir outrepassé leur prérogative initiale, qui était, à l'en croire, d'instaurer une zone d'exclusion aérienne afin d'empêcher les avions du chef bédouin de semer la mort et la désolation dans la population civile.
Selon donc la Ligue arabe, à la démesure du colonel libyen la Coalition a répondu par une autre démesure. L'Union africaine, qui n'est pas en reste dans la critique, a embouché la même trompette pour demander l'arrêt des bombardements.
Il faut croire qu'Amr Moussa et l'organisation qu'il dirige qui ne sont pourtant pas nés de la dernière pluie, auront fait preuve de naïveté s'ils ont cru que cette chape d'exclusion aérienne serait une partie de plaisir au sol pour Kadhafi et ses hommes.
Il convient bien d'affaiblir les troupes loyales au "Guide" pour établir à tout le moins "l'équilibre de la terreur" avec les insurgés ; même si on a comme l'impression que la Coalition va au-delà de son objectif déclaré, il faut par ailleurs faire preuve d'angélisme pour ne pas réaliser que la Coalition n'hésiterait pas à exploiter une fenêtre d'opportunité pour parvenir à l'objectif moins avoué :
le départ de Kadhafi le plus tôt possible. Cela dit, il faut éviter de victimiser à bon compte le Guide de la révolution et de le rendre sympathique aux yeux des gens qui ne l'aimaient pas particulièrement.
Abdou Karim Sawadogo
L'Observateur Paalga/22/03/2011
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