Actualité-Libye - Les ministres des Affaires étrangères des 28 Etats de l'Alliance atlantique planchent depuis hier, jeudi, sur la situation en Libye. La rencontre qui se tient à Berlin intervient au moment où de plus en plus les critiques fusent quant à l'efficacité du soutien apporté aux insurgés. Il y a d'abord eu les reproches d'Abdul Fattah Younes, commandant en chef des forces rebelles reprochant à l'OTAN de ne pas faire correctement son travail. Et voilà que Londres et Paris se sont joints au concert de protestations, invitant même leur allier américain à s'impliquer davantage dans un conflit déjà bien enlisé. Ainsi, pour Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, les choses sont simples : « Nous avons le même objectif : cet objectif est de permettre au peuple libyen de jouir des libertés démocratiques. La divergence, elle, porte sur les moyens ». Et ces moyens, parlons-en. Depuis le 31 mars dernier, date à laquelle l'OTAN a pris les choses en main, le ciel libyen est constamment sillonné par des aéronefs chargés de neutraliser blindés et armes lourdes.
Un déploiement qui n'est pas parvenu à désarçonner le Guide et ses partisans, décidés à mettre en pièces une rébellion peu préparée et mal organisée. Les moyens, c'est bien là que le bât blesse ; même si sur les deux rives de la Manche on est convaincu qu'il faut accroître la pression militaire sur celui qui « reste décidé à maintenir son effort de guerre contre son propre peuple ».
Alors peut-être faudrait-il, en désespoir de cause, appliquer à la crise libyenne la potion ivoirienne qui, malgré tous les risques qu'elle comporte, aurait l'avantage d'être radicale. Au nom de la responsabilité de protéger les civils, la résolution 1975 a autorisé le recours à la force pour détruire les armes lourdes des partisans de Laurent Gbagbo, rendant possible sa capture. En Libye, c'est la résolution 1973 qui a instauré une zone d'exclusion aérienne admettant « toutes les mesures nécessaires » pour assurer la protection des populations civiles.
Mais les diplomates et les stratèges de l'OTAN le savent, la Libye n'est pas la Côte d'Ivoire et Mouammar Kadhafi n'est pas Laurent Gbagbo. Et malgré la détermination franco-britannique à chasser le guide libyen du pouvoir il faudra, quelle que soit la décision des 28, en tenir compte car les grandes puissances ont aussi des limites objectives.
Et, bien qu'appelés à la rescousse, les Etats-Unis ne prendront pas le risque de réitérer ce qui restera dans les mémoires comme le fiasco irakien. On ne le dira jamais assez, la solution à cette crise est et demeure politique. Et pour sa part, à défaut de vaincre par les armes, le colonel Khadafi ne devrait plus s'obstiner dans sa guerre contre les siens car sinon il risquerait de finir au mieux comme Gbagbo et au pire..
H. Marie Ouédraogo
L'Observateur Paalga/15/04/2011
| < Prev | Next > |
|---|