L'ex-président tchadien sous la menace d'une extradition - Si la Chambre d'accusation ne donne pas 'avis favorable' suite à la demande d'extradition formulée par la justice belge, le 05 septembre 2011, l'affaire Habré va revenir à la Cour internationale de justice. Et le Sénégal n'aura d'autre choix que de livrer Habré à la justice internationale. Du nouveau dans l'affaire Hissène Habré, l'ex-président tchadien accusé de tortures et crimes contre l'humanité durant son mandat de 1980 à 1990 !
La chancellerie vient de transmettre à la Cour d'appel de Dakar, le dossier relatif à la demande d'extradition formulée par la justice belge, le 05 septembre dernier. C'est la troisième demande d'extradition après celle de 2005, réitérée en juillet 2011 où la justice sénégalaise s'était déclarée incompétente pour statuer sur la requête de la Belgique. La chambre d'accusation de la Cour d'appel de Dakar va statuer prochainement sur la nouvelle demande. Cette donne était en passe de passer sous silence. Toutefois, l'interview que le président Wade a accordée à Rfi et France24, replace au-devant de la scène le dossier de l'ex-homme fort de Ndjaména.
Nos confrères de la presse occidentale interpellaient le président Wade sur la solution à envisager entre l'extradition vers la Belgique ou un éventuel départ vers le Rwanda. Réponse de Me Wade : 'La Cour d'appel de Dakar, [est] actuellement saisie d'une demande de la Belgique, et incessamment elle va trancher la question. Mais très probablement Hissène Habré va être renvoyé en Belgique. Je ne l'aurais pas fait avant si je n'avais pas l'aval de l'Union africaine. Mais l'Union africaine nous dit, me dit, que c'est une possibilité et donc si la Cour d'appel décide de l'extrader, je l'extraderai'. Si la chambre d'accusation donnait un 'avis favorable', le président Wade va-t-il signer le decret d'extradition de Habré ? Le chef de l'Etat répond de manière catégorique : 'Absolument ! Parce que j'ai le couvert de l'Union africaine. Auparavant, je ne l'aurais pas fait'.
Les avocats des victimes du régime de Habré indiquent que le Sénégal a tout intérêt à ordonner l'extradition du président Habré vers la Belgique, sous peine de s'exposer à des sanctions de la justice internationale : 'Si le Sénégal ne répond pas favorablement à la demande de la Belgique d'extrader Hissène Habré, en vertu de la Convention de 1984, l'affaire va revenir à la Cour internationale de justice qui va statuer en mars 2012'. Pour l'histoire, la Belgique avait traîné le Sénégal devant la Cour internationale de justice de La Haye pour demander que Habré soit extradé ou que le pays prenne des mesures conservatoires pour que le présumé dictateur ne puisse pas quitter le Sénégal.
A l'heure où la communauté internationale peine à s'entendre sur l'organisation du procès, le Sénégal tient à faire oeuvre de diligence dans le dossier : activer ses juridictions pour statuer, à nouveau, sur la demande d'extradition formulée par la justice belge. Pour l'heure, Habré est en résidence surveillée aux Almadies où il vit présentement. Le président Habré a trouvé refuge au Sénégal depuis la fin de son mandat en 1990. Aujourd'hui, son sort reste suspendu à l'avis de la Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Dakar.
Parallèlement à toutes ces procédures, l'Union africaine va entrer dans la danse, au courant de ce mois, pour donner sa position officielle dans cette affaire. Cette intervention intervient après qu'elle a déjà interpellé le Sénégal dans l'affaire Hissène Habré. Et c'était pour demander au pays du président Wade de juger l'ex-homme fort du Tchad, dans les conditions d'un procès offrant toutes les garanties de respect des droits de la défense. A défaut, l'organisation panafricaine demandait au Sénégal d'extrader Habré vers la Belgique, ainsi que sollicitée par la justice belge, suivant un mandat d'arrêt lancé depuis 2005 et réitéré en 2011.
PROBABLE EXTRADITION DE HABRE VERS LA BELGIQUE : Les victimes s'en réjouissent
La probable extradition du président Habré vers la Belgique suscite déjà l'espoir des victimes. Le Comité international pour le jugement équitable de Hissène Habré rappelle que le président Wade, qui avait catégoriquement refusé que Habré soit jugé au Sénégal, a déclaré que la Cour d'appel de Dakar, actuellement saisie d'une demande d'extradition belge, va 'incessamment trancher la question'.
Les victimes se réjourissent de cette diligence des autorités sénégalaises : 'Nous sommes rassurés de voir que les tribunaux vont bientôt traiter la demande d'extradition belge et que le gouvernement sénégalais tient à respecter la décision de la cour. Si l'indépendance judiciaire est respectée au Sénégal, il n'y a pas d'autre solution que l'extradition en Belgique, car le Sénégal est obligé soit de le juger, soit de l'extrader. L'extradition de Habré vers la Belgique constitue l'option la plus concrète et la plus rapide pour s'assurer qu'il réponde effectivement des accusations portées contre lui dans le cadre d'un procès juste et équitable. Les victimes continuent de s'éteindre tous les jours et n'ont plus le temps d'attendre. La Belgique a déjà enquêté sur les accusations et est prête à juger Habré rapidement une fois qu'il sera sur son territoire'.
Pape Ndiaye
Wal Fadjri/06/01/2012
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