Situation au Mali - En moins de trois semaines d'offensive, les armées française et malienne ont réussi à repousser les djihadistes dans leur dernier retranchement. Les villes mythiques du Nord telles que Gao, « la cité des Askia » et Tombouctou, « la perle du désert », sont tombées coup sur coup. Les habitants, enfin libérés de l'emprise des islamistes et de leur implacable charia, exultent.
Dans le raid-éclair, les islamistes ont opposé une seule véritable résistance, notamment à Konna, point de départ de la reconquête du Mali. Où sont passés les islamistes et leur armada tant vantée ? S'ils ne se sont pas fondus dans la population, ils se sont certainement repliés vers Kidal, la dernière grande ville du Nord située près de la frontière algérienne. Le Mouvement islamique de l'Azawad (MIA), issu de Ansar Dine et le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) qui réclament, chacun, le contrôle de la localité, se déclarent prêts à lutter contre les groupes islamistes armés du Nord du Mali.
Une aide certainement suspecte pour Bamako, qui n'a pas oublié que le conflit malien a commencé et perdure par leur faute. C'est dire que la confiance et la sérénité seront les moins partagées, si ces mouvements doivent être associés à la reconquête totale du Nord-Mali. D'ores et déjà, des organismes internationaux accusent l'armée malienne d'avoir commis des exactions dans certaines villes contre des gens suspectés d'avoir collaboré avec « l'ennemi ». Les pays africains ont, dans leur ensemble, unanimement approuvé l'intervention française. « L'intervention déterminante de l'armée française a stoppé la progression de notre ennemi commun, à savoir le narco-terrorisme qui invoque Dieu mais qui agit comme Satan », a souligné le président malien Dioncounda Traoré, face à ses pairs. Certes, l'Afrique veut résoudre elle-même ses problèmes, mais elle se voit contrainte de recourir à l'aide extérieure par manque de moyens financiers et logistiques.
C'est bien toute la symbolique de la Conférence des donateurs pour le Mali, ouverte, hier mardi 29 janvier à Addis-Abeba, dans le but de lever des fonds pour financer la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA). Le cauchemar vécu au Mali a sonné une sorte d'union mondiale contre le terrorisme. L'Union africaine avait estimé à 460 millions de dollars les fonds à mobiliser pour le déploiement de la MISMA. Elle est prête à contribuer pour 10%, déliant pour la première fois les cordons de la bourse pour une opération de maintien de la paix. Le Japon qui a payé un lourd tribut lors de la prise d'otages à In Amenas en Algérie promet au moins 100 millions de dollars, en aide humanitaire, en aide au développement mais également pour la formation de l'armée malienne.
Avec les promesses des organismes comme l'ONU, l'Union européenne, on se retrouve avec 455 millions de dollars, somme inférieur au budget actuel de la MISMA. Ils doivent donc mettre encore la main à la poche. Et les perspectives semblent bonnes. Du Canada à la Namibie, en passant par la Finlande et le Burundi, chaque pays devrait contribuer à l'effort mondial contre « la pieuvre » du terrorisme et les adeptes de Oussama Ben Laden. L'intervention de l'armée française a de toute évidence permis de récupérer les principales villes du Nord-Mali des mains des djihadistes et des terroristes. Kidal devra tomber bientôt avec l'entrée en action des forces maliennes, tchadiennes, nigériennes et l'appui substantiel des forces françaises.
Au-delà de la reconquête des villes, il faut tirer leçon du conflit libyen et ne pas laisser les « fans de Satan » sanctuariser le Sahel d'où ils peuvent, à tout moment, mener leur basse besogne. La récente et sanglante prise d'otages en Algérie rappelle que le terrorisme n'a pas de frontière. En plus de frapper et déloger les fanatiques et les trafiquants de tout acabit des cités, il faut éviter qu'ils ne se réfugient dans des coins et recoins du désert dont ils ont la maîtrise. En tous les cas, les Etats africains sont interdits de tout recul. Ils ont en main le destin et la sécurité de leurs populations.
Par Bachirou Nana
Sidwaya/30/01/2013