Dividende démographique - Alors que les ministres des Finances, de la Planification et du Développement Economique sont réunis à Abidjan pour discuter des moyens d'accélérer l'industrialisation de l'Afrique, un point important sera de savoir si l'Afrique sub-saharienne est prête ou non à exploiter le dividende démographique.
Les experts estiment que s'il est temps de mener des actions soutenues pour profiter des potentialités de l'Afrique, des mesures essentielles sont nécessaires pour profiter de l'opportunité du dividende démographique en Afrique, afin d'exploiter ses avantages économiques.
Selon les experts, le dividende démographique est la croissance économique accéléré qui pourrait résulter d'une baisse de la mortalité et de la fécondité dans un pays et les changements qu'elle induit dans la pyramide des âges de la population.
Mais pour y parvenir et amener le niveau de croissance souhaité, les dirigeants africains doivent tout d'abord accroître fortement les investissements dans la planification familiale et faire face à cette évolution de la pyramide des âges, tout en procédant à des investissements stratégiques dans les secteurs de la santé, de l'éducation, de la politique et de la gouvernance économique.
Le Rwanda a été cité comme un des pays d'Afrique où l'on assiste à une baisse significative du taux de fécondité, après l'augmentation des investissements dans la planification familiale volontaire et la survie de l'enfant.
Hors du continent, la Thaïlande - qui a émergé comme une puissance économique de l'Asie du Sud-Est - a également été citée comme un modèle, pour avoir été le premier pays à se pencher sur le ralentissement de sa croissance démographique, en élargissant l'accès et l'utilisation de la planification familiale volontaire.
Selon les statistiques, entre 1970 et 1990, le taux de fécondité en Thaïlande est passé de 5,5 à 2,2 enfants par femme.
La réunion organisée dimanche à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, pour se pencher sur les moyens pour l'Afrique de bénéficier du dividende démographique, a été invitée à s'inspirer de l'exemple de la Thaïlande qui avait une pyramide des âges comparable à celle des pays en développement.
L'évolution rapide de l'utilisation des contraceptifs et de la fécondité en Thaïlande en a fait le plus gros succès de planification familiale en Asie.
James Gribble, vice-président des programmes internationaux de Population Reference Bureau, a félicité le Rwanda en tant que pays d'Afrique enregistrant de bons résultats en termes de gestion de sa croissance démographique et de tentative d'effectuer les bons investissements.
'Le Rwanda est un bon exemple et l'Ethiopie enregistre également une baisse de son taux de fécondité, donc il nous faut simplement nous inspirer des succès de ces pays et nous tourner résolument vers ce type de changements', a déclaré M. Gribble à la PANA, dimanche à Abidjan, où une réunion sur la 'réalisation du dividende démographique pour l'Afrique' s'est tenue, en prélude à la conférence des ministres africains des Finances qui s'est ouverte lundi dans la capitale ivoirienne.
Un engagement politique accru et l'augmentation des ressources dévolues à la planification familiale et à la survie de l'enfant ont placé le Rwanda sur la voie de la réalisation d'une transition démographique, une pyramide des âges indiquant 40 pour cent de la population âgés de moins de 15 ans et une moyenne de quatre à cinq enfants par femme.
M. Gribble a cependant souligné que le Rwanda, dans le même temps, avait des défis à relever en raison de la jeunesse de sa population et que les prévisions visaient, à l'horizon 2030, le maintien de plus de 35 pour cent de sa population à moins de 15 ans.
Mais il a insisté sur le fait que, sans investissements accrus dans la planification familiale, de nombreux pays d'Afrique sub-saharienne pourraient rater l'occasion d'accélérer leur croissance économique.
La plupart des pays d'Afrique sub-saharienne ont enregistré une croissance économique impressionnante ces dix dernières années, avec un taux de croissance annuel du produit intérieur brut de 5,2 pour cent par an, mais les taux de croissance démographique, qui sont en moyenne de 2,6 pour cent par an, ont ralenti les gains par tête d'habitant et plus de 70 pour cent des personnes survivent avec moins de 2 dollars US par jour, selon Population Reference Bureau.
M. Gribble a indiqué que l'éducation et la santé sont essentielles pour une accélération de la croissance économique en Afrique et il y a certaines mesures que les pays peuvent prendre pour accéder à cette croissance.
Il a estimé que pour y réussir, l'Afrique devait adopter des politiques pour l'égalité entre hommes et femmes, en s'assurant que les filles soient scolarisées et que les femmes puissent accéder au monde du travail, tout en leur permettant de penser par elles-mêmes et d'agir par elles-mêmes.
En s'exprimant également sur cette question, Prudence Ngwenya, une responsable au sein de la Commission de l'Union africaine, a fait remarquer que l'Afrique connaissait 'une explosion de sa population jeune', vu que la majorité de la population africaine était dans cette tranche d'âge.
Selon Mme Ngwenya, les pays qui vont réussir au 21ème siècle sont ceux qui vont faire de cette explosion démographique jeune un dividende démographique.
Pour sa part, le directeur exécutif du Fonds des Nations Unies pour la population, Babatunde Osotimehin, a souligné l'importance de résoudre la question du statut de la femme et des normes sociales, tout en soulignant la nécessité d'investir dans la planification familiale pour induire des changements significatifs pour le continent.
M. Osotimehin a ajouté que l'UNFPA restait engagée dans le soutien à la planification familiale, puisque les pays réduisent leurs taux de mortalité lorsque les femmes ont accès à la planification familiale.
Mais quoique disent les experts sur la nécessité pour l'Afrique de saisir l'occasion de tirer profit du dividende démographique en soutenant les agendas économiques et de développement comme l'a fait la Thaïlande, une chose est sûre: il n'y aura pas de progrès sans une forte volonté politique de la part des dirigeants africains.
Par Mildred Mulenga, Correspondante PANA
Pana 27/03/2013