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Insécurité: Le Cameroun fait les frais d'un voisinage

Le pilonnage d’un village camerounais par l’armée nigériane mercredi dernier, les incursions de la Séléka à l’Est du Cameroun, depuis près de quatre mois, l’enlèvement d'un prêtre français dans le Nord du pays en novembre dernier et d’une famille de sept Français en février, toujours dans la même région, démontrent à souhait la vulnérabilité du Cameroun face à porosité de ses frontières et à la menace du terrorisme.


En dehors des attaques de l’armée nigériane en 2007 sur la péninsule de Bakassi,  au Sud-Ouest du pays, Boko Haram et la Séléka représentent désormais des menaces graves pour la sécurité du Cameroun.

Boko Haram, une organisation terroriste qui a vu le jour au Nigeria en 2002, prône un islam radical et rigoriste, s'inspirant des méthodes des Talibans d'Afghanistan, rejetant la modernité et visant à instaurer la charia dans les Etats au Nord du Nigeria.

Activement combattue par les forces armées nigérianes, la secte s'est illustrée par une série de violences à l'encontre du gouvernement, des chrétiens et de la population musulmane des régions où elle est implantée.

Cette organisation que la presse affirme s’être infiltrée dans la partie septentrionale du Cameroun depuis près de trois ans, commence à faire parler d'elle officiellement en février dernier, lorsqu’elle enleva dans la région du Nord-Cameroun une famille de sept Français résidant dans le pays.

Deux mois après, la famille Moulin Fournier est libérée à la suite de longues négociations entre le Cameroun, la France, le Nigeria et les membres de la secte,  contre versement d’une rançon de 1,6 milliard de F Cfa, selon la presse.

Boko Haram fait encore parler de lui en novembre dernier, soit sept mois après l’enlèvement des membres de la famille Fournier, enlevant et amenant au Nigeria un prêtre de l’église catholique romaine, le père Georges Vandenbeusch, qui sera pour sa part libéré en décembre dernier après un mois et demi de captivité.

Quant à la Séléka, elle est constituée de rebelles dont les origines ethniques ne sont pas très bien connues, mais formée d’une coalition de petits mouvements et d’autres groupes armés étrangers venus du Darfour et du Tchad, au plus fort du soulèvement contre  le président centrafricain déchu, François Bozizé.

François Bozizé chassé du pouvoir en mars 2013, le pays tombe entre les mains des groupes rebelles qu'arrivent à peine à contrôler les nouvelles autorités du pays. C’est alors que les rebelles de la Séléka profitent de cette impunité pour faire intrusion dans la région de l’Est Cameroun où ils menacent les populations et s’accaparent de leurs biens.

En novembre dernier, la presse camerounaise faisait état de la présence de 1000 soldats de la Séléka qui ont envahi les villages de Gbitti et de Toktoyo, dans le département de la Kadey, dans la région de l’Est, sous prétexte de libérer un de leurs chefs, Addoulaye Miskine, en détention au Cameroun.

Les combats ont fait 5 morts chez les assaillants et 2 dans les rangs des forces camerounaises, tandis que  le  chef de la police de Kentzou a été assassiné et  trois enfants ont été enlevés dans le village Béké-Chanti, après que leur père a été exécuté par les envahisseurs.

Le 31 décembre dernier, deux militaires du 11ème bataillon d'appui, basé à Bertoua, en détachement à la frontière avec la RCA et le chef du village Ondiki,  dans l'arrondissement de Ketté, département de la Kadey à l'Est, ont été tués par une bande armée soupçonnée être des rebelles de l'ex-Séléka.

Mercredi dernier encore, c’est le village Banki, toujours dans la région de l’Extrême Nord du Cameroun, qui a été l’objet d’un pilonnage de l’armée nigériane qui voulait y déloger les membres de la secte islamiste Boko Haram qui s’y étaient réfugiés. Cet assaut a fait plus d’une dizaines de blessés camerounais, selon la Cameroon Radio Television (CRTV), chaîne de service public.

Avec cette avalanche d’attaques, de prises d’otages, de meurtres et d'assassinats, de vols à main armée et d’enlèvements qui confirment la vulnérabilité du Cameroun, il est à croire que le terrorisme devienne le défi majeur de ce pays que l’on a longtemps qualifié d'oasis de paix et de stabilité dans une région turbulente.

«Suite aux récents enlèvements dans la région Extrême –Nord, il est demandé à tous les Français encore présents dans la zone de la quitter dans les meilleurs délais. Tout déplacement dans la zone est formellement déconseillé, la sécurité des Français n’étant plus assurée » indique un communiqué  de l’ambassade de France au Cameroun.

Les chiffres publiés par Global Terrorism Database (GTD), fournis par l'Université du Maryland,  classe le Cameroun au 50ème rang des pays où sévit le terrorisme, sur 114 pays ans le monde.

Dans le même temps, GTD a recensé environ 28 incidents terroristes majeurs qu’a connus le Cameroun entre 1970 et 2011 et 13 attentats terroristes majeurs recensés entre 2011 et novembre 2013.

Par ailleurs, l'attaque la plus meurtrière à ce jour a eu lieu le 12 novembre 2007, lorsque des hommes armés, embarqués dans des hors-bords, ont attaqué un poste militaire camerounais sur la péninsule de Bakassi, tuant 21 soldats.

Toujours selon GTD, l'attaque la plus récente a eu lieu le 16 novembre 2013, lorsque des hommes armés non identifiés de la République centrafricaine (RCA) ont attaqué un poste de la frontière camerounaise à Gbiti, tuant sept personnes.

Des 13 prises d’otages et enlèvements enregistrés au Cameroun depuis 2011, au moins huit ont été attribués à Boko Haram et Ansaru, faisant d'eux les principales menaces terroristes au Cameroun.

Avant les derniers enlèvements à l'Extrême-Nord du pays, les sites les plus vulnérables étaient la péninsule de Bakassi et la haute mer. A cela s’ajoute la guerre civile en RCA qui a fait de l’Est-Cameroun, région frontalière,  un terrain vulnérable et en proie à l'insécurité.

Pana 16/01/2014