Les députés tunisiens ont voté mercredi la confiance au nouveau gouvernement conduit par l'islamiste Ali Larayedh, appelé à mettre fin à une grave crise politique provoquée par l'assassinat, début février dernier, d'une des principales figures de l’opposition.
Sur un total de 197 suffrages exprimés, il a obtenu 139 voix, 45 députés ayant voté contre et 13 s'étant abstenus.
Vingt députés étaient absents.
Avant le vote, le chef du gouvernement s'est déclaré 'triste' à la suite de l'annonce du décès mercredi à l'aube du jeune homme qui s'était immolé par le feu la veille en signe de révolte contre ses conditions de vie précaires.
'J'espère que nous avons tous compris le message', a-t-il dit, faisant allusion à la pauvreté et au chômage qui affectent une bonne partie de la population.
M. Larayedh succède au numéro 2 du mouvement islamiste 'Ennahdha', Hamadi Jebali, qui a démissionné après le rejet par son propre parti de son initiative visant à mettre en place un gouvernement de technocrates apolitiques, dans une première tentative de désamorcer la crise.
Son cabinet se distingue par la désignation de personnalités indépendantes à la tête des ministères de souveraineté (Intérieur, Justice et Affaires étrangères), précédemment détenus par le parti islamiste.
Cette concession répondait à une revendication de l’opposition et même des deux alliés d’Ennahdha au sein de la Troïka au pouvoir qui exigeaient la neutralité de ces départements pour garantir la transparence des prochaines élections.
Présentant son programme à l’Assemblée nationale constituante (ANC), où son parti et ses alliés disposent d’une majorité assez confortable, M. Larayedh a fixé quatre 'grandes priorités' à son gouvernement dont le mandat devrait s’achever après environ neuf mois, soit à la fin de 2013 'au maximum'.
La première tâche qu’il se propose est d'assurer 'les conditions les plus favorables pour l'organisation des élections dans les plus brefs délais'.
Le président de l’ANC, Mustapha Ben Jaâfar, a avancé la date du 27 octobre prochain pour la tenue du scrutin tant attendu devant mettre fin à la période transitoire marquée par l’instabilité politique et sécuritaire depuis la chute du régime de l’ancien président Ben Ali en janvier 2011.
Cette proposition devra cependant être entérinée par la Constituante, voire par l’instance électorale qui n’a pas encore été mise place.
Il a lancé un appel aux députés pour 'accélérer la rédaction de la nouvelle Constitution' pour ouvrir la voie à la tenue des élections.
Le deuxième défi qu’il se propose de relever consiste à 'instaurer la sécurité' et à 'lutter contre la violence d’où qu’elle provienne et quelle que soit sa couleur'.
Ces deux priorités devraient permettre à son gouvernement de s’atteler à promouvoir une économie en difficulté, créer des emplois pour atténuer le problème aigu du chômage qui affecte près de 17 pc de la population active, en majorité les jeunes, et combattre la hausse des prix avec un taux d’inflation sans précédent de près de 6 pc.
Le meurtre, le 6 février dernier, de l’avocat Chokri Belaïd, un opposant très critique d’Ennahdha, attribué par les autorités au courant 'religieux radical', n’a pas encore été élucidé, le tueur présumé étant toujours en fuite.
M. Larayedh a profité de son intervention devant l’assemblée parlementaire pour démentir les informations du journal 'Achourouk' de Tunis faisant état de l’arrestation du principal accusé.
Selon le quotidien, ce dernier identifié sous le nom de Kamel Gadhgadhi, aurait été arrêté en Algérie et remis aux autorités tunisiennes.
'Il n’en est rien. Ces information sont dénuées de tout fondement', a assuré le ministre de l’Intérieur sortant selon qui, 'l’enquête avance' quand même.
Pana 14/03/2013