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Sam10252014

Last updateSam, 25 Oct 2014 6pm

Crise pétrolière en Libye

La tension en Libye compromet le règlement de la crise pétrolière - L'apparition de longues files de voitures devant les stations d'essence à Tripoli, la tension perceptible dans la capitale libyenne marquée par la multiplication des barrages de sécurité, ainsi que les prémices des préparatifs de combats dans le croissant pétrolier à l'est du pays, illustrent la poursuite de la crise dans l'industrie du pétrole en Libye.

Les Tripolitains se sont réveillés, ce dimanche, sur le rythme des files de voitures qui s'étendent sur plusieurs kilomètres dans une longue procession devant les stations d'essence.

Les stations du centre-ville, ainsi que ceux des banlieues de Tripoli ont renoué, ainsi, avec les files d'attente dans les stations d'essence, rappelant aux habitants de la ville, la dernière crise en novembre dernier qui avait pratiquement paralysé la capitale pendant plus d'une semaine.

Si par le passé les causes de cette crise étaient liées aux mouvements de grève et sit-in dans la raffinerie de Zaouia (50 km à l'ouest de Tripoli) qui alimente l'Ouest du pays en hydrocarbures, cette fois-ci, c'est la fermeture du champs pétrolier d'Al-Charara (340.000 b/j) dans le Sud qui approvisionne cette raffinerie qui a crée la panique.

Le porte-parole de la Compagnie nationale de pétrole (NOC), Mohamed Al-Harairi, a rassuré les citoyens de l'existence de stocks suffisants pour approvisionner le marché en hydrocarbures.

'L'approvisionnement à partir de la raffinerie de Zaoui vers les dépôts d'hydrocarbures ont repris', a indiqué M. Al-Harairi, dans une déclaration à l'agence Lana, ajoutant que le problème technique à l'origine de cette perturbation dans l'approvisionnement survenu dans la raffinerie, a été surmonté.

La tension est perceptible à Tripoli depuis le communiqué conjoint publié, il y a une semaine, par le Conseil local (mairie) et le Conseil militaire (forces des révolutionnaires), réclamant l'évacuation de la ville des unités et brigades armées non placées sous l'autorité de l'Etat.

Le Congrès national général (CNG, la plus haute autorité politique et législative du pays) avait, rappelle-t-on, pris une résolution demandant le départ des brigades hors des villes, notamment Tripoli et Benghazi, berceau de la révolution qui a renversé en 2011 le régime de Mouammar Kadhafi.

La tension à Tripoli a été illustrée par les barrages tenus par des groupes armés se réclamant des révolutionnaires de la capitale érigés au niveau de l'ancien Q.G de Mouammar Kadhafi Bab Al-Aziziya à proximité de la route de l'aéroport où se trouvent la brigade d'Al-Qaqaa dont les éléments sont originaires de la ville de Zenten (Sud-Ouest).

Des brigades des quartiers de Souk Al-Jumaa, Tajoura, Abouslim et de la Chambre des révolutionnaires de Tripoli mobilisaient leurs troupes pour parer à toute éventualité.

Vendredi, le siège d'une brigade d'infanterie relevant de l'armée a été attaqué par des hommes armés volant des voitures et des munitions, détruisant du matériel et des entrepôts qui renferment des équipements militaires.

En décembre, une brigade de la ville de Misrata déployée dans un quartier de Gargour en plein Tripoli avait tiré sur une manifestation qui réclamait son départ de la ville, tuant plus de cinquante personnes et en blessant environ 400 autres.

Plusieurs groupes armés avaient, à la suite de ce drame, quitté la capitale, mais d'autres sont restés, occupant des bâtiments publics et casernes de l'armée.

Les Libyens pointent du doigt ces milices dans la dégradation de la situation sécuritaire et le chaos qui règne de le pays.

Ces tensions surviennent à la suite du limogeage, mardi, du Premier ministre, Ali Zeidan par le Congrès et son remplacement par le ministre de la Défense, Abdallah Al-Theni pour assurer son intérim.

L'affaire de la vente illégale du brut libyen dans un port contrôlé par des autonomistes, depuis juillet, a contribué à envenimer ce climat délétère dans le pays, précipitant la chute de l'ancien Premier ministre Ali Zeidan.

Cette affaire a conduit la Compagnie nationale de pétrole (NOC) à activer l'état de force majeure dans le port d'Al-Harriga (Est) d'une capacité de 110.000 b/j. 

L'ultimatum de deux semaines donné aux groupes autonomistes pour lever le blocus des ports par le Congrès après avoir décidé de former une force armée chargée de libérer ces terminaux pétroliers et de les mettre sous le contrôle de l'Etat a également contribué à compliquer davantage la situation.

L'initiative du Congrès a été accueillie par un refus catégorique des groupes autonomistes de ce qu'on appelle le Conseil politique de Berga (Cyrénaïque) qui l'a rejetée, affirmant qu'il n'y aura pas de négociation tant que ce décret instituant une force de libération des ports n'aura pas été annulé.

'Nous ne négocierons pas tant que M. Nouri Aboushamein n'aura pas annulé le décret 42 (instituant une force chargée de libérer les ports pétroliers)', a indiqué le président du Conseil exécutif, sorte de Premier ministre du gouvernement local institué par les partisans du fédéralisme, Abdrabou Al-Barassi.

Les avis des Libyens sont partagés sur le recours à la force pour lever le blocus des ports pétroliers alors que certains y voient un appel à une guerre civile et à un retour aux méthodes musclés de l'ancien régime, d'autres soulignent la nécessité d'imposer la loi et la volonté de l'Etat.

Pour Sleiman Beyoudhi, un farouche défenseur du système fédéral, 'le recours à la force peut conduire le pays vers l'inconnu et aboutir à sa partition'.

Selon lui, les autonomistes ont toujours été marginalisés et depuis le renversement de l'ancien régime aucune réalisation n'a été concrétisée, malgré les énormes budgets alloués aux différents gouvernements.

Prenant son contre-pied, Sami Al-Atrach a souligné que: 'rien ne peut justifier qu'on défie l'Etat', soulignant que: ' la fermeture des ports est une infraction à la loi et instaure le système du désordre et du chaos'.

'Le pétrole est une richesse commune à tous les Libyens et l'Etat est garant de sa répartition', a-t-il ajouté, plaidant pour 'un recours à la force pour faire respecter l'ordre et la souveraineté de la loi et de l'autorité de l'Etat'.

Les bruits de bottes sont audibles dans la région orientale avec la prise du contrôle de l'aéroport et d'une base aérienne à Syrte par des troupes de l'armée libyenne, tandis que d'autres ont pris le contrôle de sites pétroliers dans la région.

Face à cette avancée des forces armées, les autonomistes placés sous la férule de Brahim Jodharzne, un ex-rebelle ayant combattu contre les troupes de Kadhafi, ont commencé à préparer une contre-offensive et consolider leurs positions, selon des sources concordantes.

Au regard de la prolifération des armes dans le pays et de la nature de la société libyenne fondée sur la tribu, une intervention militaire pour libérer les sites pétroliers pourrait, de l'avis de nombreux observateurs, servir de catalyseur d'une guerre civile aux conséquences incalculables.

Pana 17/03/2014