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Jeu07242014

Last updateJeu, 24 Juil 2014 3pm

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Libye: Les islamistes savourent leur victoire

Avec le limogeage de l'ancien Premier ministre, Ali Zeidan, la mouvance islamique en Libye incarnée par le Parti pour la Justice et la Construction (PJC), aile politique des 'Frères musulmans', marque sa première victoire sur la scène politique du pays.

Au lendemain du vote de la motion de retrait de confiance à M. Zeidan, le PJC a publié un communiqué dans lequel il a félicité le peuple libyen pour cette victoire et pour avoir réussi à surmonter une crise politique qui obstruait les horizons de la vie politique dans le pays.

Une manifestation des partisans des islamistes a été organisée aussitôt après l'annonce du retrait de la confiance à Ali Zeidan.

Les manifestants ont estimé qu'il s'agissait d'un 'jour historique', justifiant leur joie par 'l'élimination de l'incarnation de l'échec dans tous les domaines'.

En janvier, le PJC avait décidé de retirer ses cinq ministres qui occupaient les portefeuilles du Pétrole, de l'Electricité, de l'Habitat, de la Jeunesse et de l'Economie alors que le vice-Premier ministre, Awadh al-Barassi, issu lui aussi de ses rangs avait  démissionné début août, reprochant notamment au gouvernement 'ses dysfonctionnements'.

Le départ d'Ali Zeidan balise la voie devant les islamistes pour s'accaparer du pouvoir législatif, a affirmé l'analyste Mourad al-Atrach, soulignant que la mouvance islamiste, qui a gagné en puissance dans le pays, 'voyait en Zeidan un obstacle à la réalisation de ses ambitions'.

Pour Abdelkader Lahouily, le PJC œuvrera à ce que le choix du prochain Premier ministre porte sur une personnalité issue des ses rangs, à défaut de la mouvance islamiste et accéder ainsi au sommet au pouvoir exécutif'.

Selon lui, 'ce qu'ils n'ont pas pu obtenir grâce aux urnes, ils vont le réaliser à coup de complots et coup bas'.

En effet, la Libye a constitué l'exception dans les pays du 'Printemps arabe' à n'avoir pas porté les islamistes au pouvoir.

La Tunisie et l'Egypte avaient élu des partis d'obédience islamiste, respectivement Ennahdha et les 'Frères musulmans'.

Autre coup dur pour les islamistes dans le monde arabe: l'inscription récemment par l'Arabie Saoudite, gros soutien financier avec le Qatar de la mouvance islamiste, des 'Frères musulmans' dans la liste des 'organisations terroristes'.

En peloton de tête des détracteurs de M. Zeidan, le PJC avait milité activement au sein du Congrès général national (CGN, Parlement) pour faire voter une motion de censure contre le gouvernement mais sans succès.

Deuxième force politique, avec ses 17 sièges au CGN remportés lors des législatives de juillet 2012, le PJC et ses alliés n'ont pas réussi à réunir les voix nécessaires pour atteindre le quorum de 120 voix requis pour retirer la confiance du gouvernement de Zeidan qui avait bénéficié du soutien de l'Alliance des forces nationales (AFN) de tendance libérale et première force politique avec 39 des 80 sièges accordés aux formations politiques.

De l'avis même de députés, plus d'un an après les législatives de 2012, les premières dans le pays depuis plus de 42 ans de dictature sous le régime de Mouammar Kadhafi, renversé en 2011, le paysage et la carte politique ont été recomposés au sein du CGN et plusieurs des 120 députés issus des indépendants ont rejoint certains partis dont le PJC.

Ainsi, cette situation a changé le rapport de force entre les courants politiques avec une nette montée en puissance de la mouvance islamiste qui est aujourd'hui de loin  la première force politique dans le pays, soutiennent les analystes.

S'il a été motivé par l'affaire de l'opération de vente illégale de pétrole en dehors de la volonté du pouvoir central à Tripoli arrivant ainsi à bout des réticences des députés opposés, cette motion, le vote de la motion de censure contre M. Zeidan, traduit aussi la montée en puissance des islamistes désormais dominateurs au sein du CGN avec plusieurs blocs de la même tendance.

Des informations ont été relayées par des sources proches de l'ancien Premier ministre, indiquant qu'il a renoncé après son départ à contester auprès des instances d'arbitrage constitutionnel la procédure de vote de la motion de censure.

Commentant la procédure de vote de motion de défiance contre M. Zeidan, l'ancien ministre de l'Information de l'ex-Conseil national de transition (CNT) a traité le vote du Congrès de 'banditisme'.

Des députés qui n'ont pas voté la motion ont contesté la procédure du vote, selon des sources du Congrès qui estiment que l'urgence n'était pas au vote du retrait de la confiance au gouvernement, bien que la question était sur les agendas du Parlement.

Le bras-de-fer entre les islamistes et l'ancien Premier ministre avait connu son apogée en septembre peu avant son enlèvement, le 10 octobre par des groupes armés, lorsque le PJC a menacé après une visite du Premier ministre en Egypte sur fond de destitution du président Mohamed Morsi, de retirer leurs ministres.

Cette escalade intervenait dans le sillage d'une vague de colère de manifestants libyens très remontés contre les partis politiques brûlant en juillet dernier des bâtiments à Benghazi et à Tripoli appartenant aux partis du PJC et leur rival de l'AFN.

Les protestataires accusent les partis politiques d'être à l'origine des violences et de l'instabilité dans le pays à travers leurs tiraillements.

Régulièrement, des slogans hostiles aux islamistes, notamment les 'Frères musulmans', sont scandés pendant les manifestations organisées dans les villes libyennes et dans lesquels les islamistes sont accusés de prêter allégeance à des pays étrangers et de servir d'obstacle à la formation d'une Armé et d'une Police.

Mais cette montée en puissance des islamistes en Libye, qui dominent désormais le CGN et aspirent à contrôler l'Exécutif à travers le poste de Premier ministre, ne peut être considérée comme une victoire définitive en raison de la mauvaise réputation dont ils jouissent dans la rue libyenne.

L'exercice du pouvoir n'est pas en soi si grisant et peut être contre-productif surtout dans le contexte actuel de la Libye où les défis sont énormes et les problèmes titanesques dans le cadre de la prolifération des armes et son cortège d'insécurité.

L'expérience des islamistes tunisiens d'Ennahdah, qui ont dû céder le pouvoir à des indépendants après une longue crise politique, constitue un exemple éloquent à cet égard.

Pana 14/03/2014