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Libye: Satisfaction et interrogations après le limogeage du Premier ministre

Le retrait de la confiance au Premier ministre Libyen Ali Zeidan par le Congrès national général (CNG) sur fond de scandale de vente illégale du pétrole a été bien accueilli par les Libyens qui s'interrogent toutefois sur le timing de cette décision, alors que le pays traverse une phase difficile de la transition, marquée par une profonde crise politique.

Les Libyens étaient unanimes ces derniers mois à reconnaître l'échec cuisant du gouvernement d'Ali Zeidan auquel il est reproché d'avoir été incapable d'influer sur la courbe ascendante de la violence qui frappe le pays depuis le renversement en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi.

Comble de cet échec en matière de sécurité, M. Zeidan a été lui-même victime, le 10 octobre dernier, d'un enlèvement pendant quelques heures par des groupes armés.

Des manifestations étaient régulièrement organisées dans le pays pour dénoncer cette indigence du gouvernement, malgré les énormes moyens mis à la disposition de ce cabinet par les autorités de ce riche pays pétrolier.

Les Libyens réclamaient en premier lieu la sécurité et la formation d'une Armée et d'une Police capables de faire respecter l'ordre et la loi, conformément aux principes de la révolution du 17 février.

Pour Brahim Sahad, membre de la Commission des Affaires étrangères au CNG, les principales raisons du vote de la motion de censure contre le gouvernement d'Ali Zeidan résident dans l'incapacité de ce cabinet à honorer ses engagements et à satisfaire les besoins des citoyens libyens.

Selon lui, 'c'est dans le secteur de la sécurité que Zeidan a enregistré le plus grand fiasco'.

Il estime que 'ce gouvernement a échoué à résoudre de nombreuses crises et dossiers brûlants sur la scène libyenne dont l'économie, le politique et le social'.

Pour Meftah al-Ghoul, 'le citoyen libyen n'a constaté aucune amélioration dans les faits, malgré l'énorme budget alloué au gouvernement'.

Selon lui, 'l'incident du pétrolier nord-coréen, qui a pu charger une grande quantité de pétrole grâce à des milices armées contrôlant les ports, a été la goutte qui a fait déborder le vase et poussé les parlementaires à voter pour le retrait de confiance'.

'Ce retrait de confiance au gouvernement de Zeidan n'est pas une surprise étant donné que la question de la motion de censure contre Ali Zeidan était sur la table du Congrès depuis plusieurs mois', a noté la députée Amina al-Magharbi, membre de la Commission des droits de l'Homme.

Pour elle, le gouvernement a montré ses limites depuis longtemps et n'a réussi dans aucun domaine.

Si Mouard al-Sweihli partage cet avis sur l'échec du gouvernement à résoudre certains problèmes, il condamne le timing de ce retrait de confiance à un moment où le pays est en proie à une crise politique et où la violence règne.

'Le Congrès devait se concentrer sur les dispositions visant à écourter la période de transition et à remettre le pouvoir à un autre organe afin de doter le pays le plus rapidement possible d'institutions pérennes', estime-t-il.

Pour Sleiman Bayoudi, analyste politique, 'ce retrait de confiance est le couronnement d'un bras-de-fer entre le gouvernement et le Congrès dominé par les islamistes'.

'Les Frères musulmans de la Libye, qui sont très actifs, veulent prendre le pouvoir et ont œuvré des mois durant pour faire tomber la tête de Zeidan et cette affaire du pétrolier nord-coréen a servi d'alibi pour exécuter leur plan', pense-t-il.

Activiste de la Société civile, Ahmed Bouzid estime que le Congrès s'est servi de Zeidan comme bouc-émissaire pour détourner l'attention de la rue qui est très remontée contre cette institution législative qu'elle accuse d'être solidaire dans la responsabilité des échecs sur tous les plans enregistrés par le pays.

Selon les analystes, en effet, ce retrait de confiance à Zeidan est l'aboutissement d'un long bras-de-fer entre le gouvernement et le CGN qui se rejetaient mutuellement la responsabilité de l'échec dans la conduite des affaires du pays.

Pour Abdessalem Gourbaj, 'le Congrès tente de camoufler son intention de maintenir la décision de prolongation de son mandat en limogeant par surprise le Premier ministre Ali Zeidan bien que cette motion de censure était sur la table des agendas du Congrès'.

Il en veut pour preuve le vote du Congrès sur la Feuille de route de la Commission dite 'février', chargée de la révision de la Déclaration constitutionnelle, à l'exception des dispositions relatives à l'élection du futur président laissée au soin du prochain Parlement.

Selon lui, 'il s'agit d'une manœuvre du CNG visant à perpétuer aussi la confiance en léguant aux Libyens une autre instance disposant des mêmes prérogatives que le Congrès'.

De tendance libérale, Zeidan bénéficiait du soutien de l'Alliance des forces nationales (AFN), première force politique, ce qui lui a permis de survivre à plusieurs tentatives de censure de son gouvernement.

Mais la crise provoquée par l'opération de vente illégale de pétrole brut impliquant un pétrolier nord-coréen a précipité la chute de M. Zeidan, estiment les observateurs.

Il est également reproché à M. Zeidan, d'avoir échoué à faire lever le blocus imposé par des groupes armés depuis juillet 2013 aux principaux terminaux pétroliers à l'est du pays, faisant chuter la production à moins de 250.000 barils contre 1,5 million de barils par jour avant le déclenchement du mouvement.

Une crise pétrolière qui  a causé des pertes estimées à plus de 10 milliards de dollars.

Selon les observateurs, Ali Zeidan n'a pas réussi à désarmer, ni à intégrer les milices et autres groupes armés qui contribuent, selon les Libyens, à perpétuer la violence et l'insécurité dans le pays.

Le Congrès, de son côté, est confronté à une vaste contestation suite à sa décision de proroger son mandat jusqu'à décembre 2014.

Cette grogne populaire l'a contraint à passer au Plan B avec l'adoption d'une Feuille de route qui porte sur l'organisation d'élections présidentielles et parlementaires anticipées instaurant une transition de 18 mois.

Pana 13/03/2014