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Last updateSam, 22 Nov 2014 7pm

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Afrique: Les plus récents révélateurs de l'impuissance face aux conflits

Dakar, Sénégal - Dans le bruit et la fureur meurtrière, la RCA et le Soudan  déroulent depuis des  mois leurs horizons de feu et de sang dans une quasi-indifférence  ou impuissance de nos organismes régionaux, la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Intergovernmental Authority on Development – IGAD). 

Prétextant du manque de moyens, ils ont attendu le parapluie français pour être à la remorque de la communauté internationale (ONU et UE) où des voix s’élèvent pour clamer leur lassitude de servir de bras armé à une Afrique plongée dans des guerres absurdes et interminables.

Comme ce fut le cas dans d’autres conflits (Mali, Libye), des résolutions souvent vaines parce que tardives, seront servies après les massacres que leur promptitude aurait dû permettre de limiter.

La lourde machine onusienne ne sera pourtant de la partie que dans peut-être six mois, si sa volonté de déployer 12.000 'Casques bleus' passait le cap du Conseil de sécurité.

En attendant, la RCA, au bord du chaos, a jeté plus d’un million de ses fils sur les chemins de l’errance et de l’exil forcé.

Pendant ce temps, les institutions régionales et leurs pays membres directement concernés offrent  le service minimum pour toute réponse à cette tragédie humaine.

La MISCA (force africaine en Centrafrique), loin de faire l’unanimité sur le terrain des opérations, est suspectée de manquer à la fois d’efficacité, 'mal équipée, mal formée' selon un haut représentant de l’ONU, mais aussi et surtout, d’avoir en son sein des composantes accusées d’être en collision avec l’ennemi.

C’est le cas des Tchadiens assimilés à tort ou à raison par la population aux civils musulmans et aux combattants Seleka et suscitant du coup la colère des populations centrafricaines.

Cette méfiance vis-à-vis de la neutralité des soldats de la MISCA a été déjà sanctionnée par des tirs sur ceux qui ont rôle d’arbitres dans ce conflit.

Le bilan meurtrier, lourd, fait état de 19 tués depuis décembre 2013.

Plongée dans une crise politico-religieuse inextricable et terreau fertile pour l’explosion de la haine inter communautaire, la RCA compte ses morts depuis le  renversement de François Bozizé, en mars 2013, à la tête du pays par la coalition rebelle Séléka, suivi de l’éphémère intermède de Michel Djotodia contraint à la démission en janvier dernier par les dirigeants de l’Afrique centrale, avec la bénédiction de la France.

Des milliers de déplacés victimes d’exactions (assassinats, pillages, viols), heureux de prendre la route de l’exil, font légion.

Dans la seule capitale, Bangui, 400.000 personnes vivent entassées dans des camps de fortune.

Une véritable tragédie humaine de l’avis de beaucoup d’ONG oeuvrant dans l’humanitaire.

Les sites de transit pour les déplacés, aussi bien à N'Djamena que dans le Sud du Tchad, ne connaissent pas meilleur sort.

'Ces personnes vulnérables continuent de souffrir, après avoir survécu au carnage dont nous sommes témoins en RCA. Nous avons urgemment besoin de plus de ressources  pour les aider’’, fulmine Thomas Gurtner, le coordonnateur de l’action humanitaire au Tchad.

Assurément, le financement, talon d’Achille de ces interventions, sera à nouveau convoqué pour couvrir les besoins humanitaires les plus urgents.

Le plan de réponse d’urgence de six mois, élaboré par l’ONU et ses partenaires humanitaires, se chiffe à 33 millions de dollars américains destinés à couvrir les besoins immédiats de 150.000 personnes.

«A  ce jour, seuls six millions de dollars ont été mobilisés, dont 4.3 millions  du fonds central d’intervention d’urgence des Nations unies (CERF)», déplore M. Gurtner.

’’Profondément bouleversée par la barbarie, la brutalité et l’inhumanité de la violence dans ce pays‘’, Mme Valérie Amos, la patronne des opérations  humanitaires de l’ONU, fait état de 640.000 personnes déplacées, alors que seuls 16% des appels de fonds de l’ONU, estimés  à 551 millions de dollars pour 2014, ont été  versés.

Véritable poudrière du fait de ses composantes ethnico-religieuses, la RCA n’est pas sans rappeler la Côte d’Ivoire des années 2004-2005 où les divisions Nord-Sud et la dualité Islam-Christianisme avaient servi de terreau à l’éclosion de toutes les violences.

La restauration de la paix, quoiqu’en dise  la présidente centrafricaine, Catherine Samba-Panza, n’y sera pas chose aisée au vu du nombre insuffisant de soldats  arrivant difficilement à remette de l’ordre à Bangui et, à plus forte raison, à limiter le désastre humanitaire.

Alors que plus de la moitié des 4,6 millions de Centrafricains sont affectés par la crise, la France a engagé, début décembre, 1.600 hommes dans le cadre de l’opération «Sangaris»  en soutien à la force africaine (MISCA), laquelle n’a pas encore réuni ses 5.200 hommes, en plus des 500 militaires attendus de l’Union européenne (UE).

Il a fallu prolonger leur séjour, malgré quelques réticences de ceux qui craignent un enlisement dommageable.

Le constat ici, comme dans les crises africaines antérieures (Mali, Côte d’ivoire, Soudan), c’est une certaine marginalisation des Africains dans le règlement des conflits qui périodiquement secouent le continent.

Pourtant parmi les raisons fondatrices de l’Union africaine figurent, en priorité, la réalisation de l’unité et de la solidarité, la défense de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et l’indépendance des pays membres. Une belle rhétorique loin de la réalité du terrain.

Pourquoi, dés lors, s’étonner chaque fois que leurs intérêts sont en jeu, que les Occidentaux soient maîtres de l’agenda et dictent leur volonté ? 

La rapidité avec laquelle l’ONU a reconnu l’indépendance du Soudan du Sud et adopté la résolution ayant permis l’intervention des forces de la coalition en Libye atteste de cet état de fait.

Dans chacun de ces cas, des intérêts géostratégiques et géopolitiques évidents se sont imposés.

L’enjeu pétrolier et les milliards de la reconstruction ont ravalé au second plan les considérations éthiques et morales.

Tant pis pour les conséquences sociales, voire politiques qui en découlent.

Cette politique de deux poids deux mesures se vérifie au gré des situations et des pays.

Le temps mis à prendre une résolution sans équivoque sur la Syrie où le bilan meurtrier défie tout entendement, sans peser sur la conscience de la communauté internationale, justifie la rhétorique développée par les partisans d’une «réforme audacieuse» du système des Nations unies, devenu une «institution anachronique»  et devant opérer sa mue afin de s’adapter au contexte du monde nouveau après  plus de soixante ans d’existence.

A l’évidence, la suppression du droit de veto et une nette prise en compte des nations émergentes aideraient à pacifier le monde et à réguler l’ordre international.

Par Amadou Gaye Collaborateur extérieur de la PANA

Pana 11/03/2014