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Mar09022014

Last updateLun, 01 Sep 2014 11pm

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L'insécurité fait planer le spectre d'une intervention étrangère

Sécurité - La Libye a vécu dimanche une journée de violences qui ont fait dix morts à Benghazi, dans l'Est du pays, dans une nouvelle escalade du chaos sécuritaire, tandis que plusieurs députés ont été blessés lors de l'irruption de protestataires dans le siège du Congrès national général (CNG, Parlement), approfondissant ainsi la crise politique à la veille de la Conférence internationale de soutien à la Libye, prévue le 6 mars à Rome, en Italie.

Bastion de la révolution libyenne, qui a renversé en 2011 le régime de Mouammar Kadhafi, après plus de huit mois de conflit armé meurtrier, Benghazi se débat toujours dans un cercle de violences ponctuées d'assassinats et d'attaques contre les officiers de la Police et de l'Armée et contre des acteurs de la Société civile qui ont fait dix morts pour la seule journée de dimanche.

Parmi ces victimes, figure un ingénieur français qui travaillait pour une société chargée de la réfection du Centre médical de Benghazi, froidement assassiné par balles en plein jour.

Ce meurtre a été condamné par le ministère libyen des Affaires étrangères et de la Coopération internationale qui l'a qualifié 'd'agression contre des civils innocents'.

'Les auteurs de ces crimes doivent être déférés devant la justice', indique le ministère dans un communiqué qui exhorte 'les citoyens à mettre fin à la culture de la violence et à œuvrer pour la tolérance, la compréhension et le dialogue constructif entre tous les résidents en Libye'.

Le ministère français des Affaires étrangères a vivement condamné l’assassinat du Français et a demandé aux autorités libyennes d'arrêter les auteurs de cet acte criminel.

'Toute la lumière doit être faite sur les circonstances de cet acte odieux et lâche. Les auteurs doivent être recherchés et condamnés dans les meilleurs délais', déclare le communiqué du Quai d’Orsay.

Un Egyptien a été blessé dimanche par balles à Benghazi par un homme armé alors qu'il se trouvait sur son lieu de travail dans un magasin de vente de légumes.

La semaine dernière, les corps de sept Egyptiens tués par balles ont été retrouvés près de Benghazi.

Face à cette violence ciblant des ressortissants égyptiens, Le Caire a demandé au gouvernement libyen 'd'assumer sa responsabilité et d'assurer la sécurité et de protéger les citoyens égyptiens se trouvant sur son territoire, ainsi que ceux qui s'y rendent'.

'Nous suivons avec une grande consternation et une profonde inquiétude les incidents répétés dont sont victimes les Egyptiens en Libye, a indiqué le ministère égyptien dans un communiqué qui demande aux autorités libyennes d'accélérer les investigations sur l'incident de dimanche.

Le ministère a également réclamé 'les résultats  de l'enquête sur l'incident terroriste qui a tué sept Egyptiens et la présentation des auteurs à la justice'.

Malgré la proclamation par le gouvernement de l'Etat d'urgence jeudi dernier à Benghazi, dans le sillage de la vague de violences qui frappe cette ville depuis la chute en 2011 du régime de Kadhafi, l'insécurité persiste toujours.

Des manifestations ont été organisées vendredi dans plusieurs villes du pays en solidarité avec Benghazi et pour dénoncer l'incapacité du gouvernement et du CNG) à assurer la sécurité et la stabilité du pays et à enrayer cette spirale de violence aveugle qui a causé des centaines de morts.

Excédés par ce chaos sécuritaire, les habitants de Benghazi ont observé depuis samedi des actions de désobéissance civile en fermant certaines routes et institutions étatiques.

Les nouvelles autorités de transition n'ont pas réussi, trois ans près la révolution du 17 février, à mettre en place des organes de sécurité capables d'assurer l'ordre et la stabilité dans le pays.

Des milices et groupes armés héritant de l'arsenal de guerre pillé dans les entrepôts de l'armée de Kadhafi font la pluie et le beau temps, défiant parfois ouvertement les autorités et n'hésitant pas à utiliser leurs armes pour faire pression sur le pouvoir en place.

A Benghazi et dans la région orientale, où les assassinats des militaires et policiers sont légion, ce sont des groupuscules de la mouvance islamique qui sont pointés du doigt dans la vague d'attaques et d'assassinats.

Les anciens partisans du régime sont également accusés d'implication dans ces assassinats car 'ils trouvent leur compte dans ce chaos pour empêcher la construction du nouvel Etat', selon Najem Fraj, un analyste politique libyen.

Ces violences ont coïncidé avec l'intrusion de détracteurs du CNG dans le siège du Parlement, saccageant les meubles de la salle de réunion et blessant des députés dont certains par balles, selon le président Nouri Bousahmein.

Ce dernier a accusé les partisans de la dissolution du Congrès d'être derrière cette attaque et a appelé 'tous les révolutionnaires et les hommes d'honneur de la Libye à faire cohésion pour protéger les acquis de la révolution du 17 février'.

Ces violences se déroulent sur fond d'une profonde crise politique provoquée par la prolongation du mandat du CNG qui a adopté une feuille de route dans ce sens.

Des manifestations sont régulièrement organisées pour exprimer le rejet de la prorogation du mandat du CNG qui devait initialement s'achever le 7 février.

En outre, les tiraillements politiques entre les blocs parlementaires au sein du Congrès pour des questions liées à l'échec de la motion de censure contre le gouvernement de Ali Zeidan ont attisé les tensions dans la classe politique libyenne.

La fermeture depuis plusieurs mois des sites pétroliers dan l'Est, qui a fait chuter de 80 pc les revenus de l'Etat et menace le pays d'une crise économique, a exacerbé les rapports entre les Libyens, mécontents de l'insécurité qui règne dans le pays depuis trois ans.

'Cette situation donne une mauvaise image de la Libye à l'extérieur',  selon Rabii Achouri qui craint que la deuxième conférence de soutien à la Libye à Rome 'ne serve de cadre dont profiteront certaines puissances étrangères pour demander une intervention armée en Libye'  toujours sous la coupe du chapitre 7 du Conseil de sécurité de l'ONU.

Selon cet analyste, 'la réunion, qui devrait réfléchir sur les mécanismes d'une action concertée des amis de la Libye pour l'aider à sortir de l'engrenage dans laquelle elle est empêtrée, risque de tourner en défaveur du pays'.

Pour lui, 'toute intervention militaire étrangère ne fera que compliquer davantage la situation en Libye', citant à ce propos, le cas de l'Irak.

Pana 04/03/2014