Manifestation islamiste à Tunis - A l'appel du mouvement islamiste 'Ennahdha', au pouvoir en Tunisie, des milliers de ses partisans ont investi samedi l'avenue Bourguiba, au centre de la capitale, pour défendre 'la légitimité' de leur parti contestée par des partis de l'opposition et des associations de la société civile.
La manifestation qui prenait l'allure d'une démonstration de force, intervenait au moment où le pays traverse la crise politique la plus grave depuis la chute en janvier 2011 du régime dictatorial de l'ancien président Ben Ali.
La tension s'est accrue après l'assassinat le 6 février de l'opposant Chokri Belaïd dont les funérailles ont mobilisé plusieurs centaines de milliers de personnes.
'Le peuple est musulman et ne baissera pas les bras', scandait la foule estimée à plus de 10.000 personnes, des hommes barbus, des femmes et des jeunes filles voilées ou portant le niqab (voile intégral), pour la plupart.
Outre les Nahdhaouis accourus des différentes zones du Grand Tunis, d'autres sont venus par bus de plusieurs régions du nord, du centre et du sud du pays.
Des militants salafistes et autres activistes radicaux dont ceux des 'Ligues de protection de la révolution', des associations considérées comme des milices du parti islamiste, se sont joints au rassemblement.
'Je suis ici pour soutenir la légitimité issue des urnes et condamner la violence quelle que soit sa provenance. Je suis avec la démocratie. Même si le peuple choisit des partis autres qu'Ennahdha, je suis d'accord', a déclaré à la PANA Latifa Zayani, une institutrice, la cinquantaine.
Les manifestants brandissaient l'emblème d'Ennahdha frappée d'une étoile et d'un croissant, surmontés d'une colombe, ainsi que des bannières noir et blanc sur lesquelles était inscrite la profession de foi des musulmans 'Il n'y a de Dieu qu'Allah et Mohamed est son prophète'.
Ils fustigeaient ce qu'ils considèrent comme 'les symboles de l'ancien régime', en faisant allusion à certaines figures de l'opposition dont le leader de 'Nida Tounès' (L'Appel de la Tunisie) Béji Caïd Essebsi.
'Le peuple veut Ennahdha de nouveau', 'le soutien à la légitimité est un devoir national', 'la révolution continue', pouvait-on lire sur certaines pancartes.
Une autre proclamait : 'nous sommes ici par la volonté du peuple, nous n'en sortirons que par la force des bayonnettes', en citant l'écrivain français, Mirabeau.
Des slogans anti-français étaient repris par la foule aux cris de 'France dégage' ou 'la Tunisie est un pays libre et souverain'.
Ils réagissaient notamment aux récentes déclarations du ministre français de l'intérieur, Manuel Valls, qui a déploré 'la montée du fascisme islamiste en Tunisie' et proclamait que son pays 'ne coopérera qu'avec les démocrates'.
Les médias ont été également dénoncés par les manifestants les accusant d'être anti-islamistes et 'pro-RCD' (le Rassemblement constitutionnel démocratique, ancien parti au pouvoir sous Ben Ali).
Devant le théâtre municipal de Tunis, le leader d'Ennahdha, Rached Ghannouchi, qui avait à ses côtés plusieurs dirigeants de son parti dont son gendre, Rafik Abdessalem, ministre des affaires étrangères, a mis l'accent sur 'la force populaire incontestable d'Ennahdha', une proclamation accueillie en choeur par la foule aux cris de 'Allahou Akbar' (Dieu est grand).
'Ennahdha est le creuset des islamistes et des modernistes, parce que c'est un mouvement pacifique, ouvert et démocratique', a-t-il plaidé en allusion à ses détracteurs qui accusent son parti de radicalisme et de prôner la violence.
Pana 18/02/2013