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Comparution de Bosco Ntaganda devant les juges de la CPI

Justice internationale - Pour sa première comparution devant les juges de la Cour pénale internationale (CPI), l'ex-chef de guerre Bosco Ntaganda a été reconnu coupable des crimes «ethniques» commis entre 2002 et 2003 dans l'Est de la RDC, plus précisément dans le district de l'Ituri.

L'ancien chef de guerre Bosco Ntaganda, surnommé Terminator, a eu un «rôle central» dans les crimes «ethniques» commis dans l'Est de la République démocratique du Congo en 2002 et 2003, notamment le viol d'enfants soldats, a accusé lundi le procureur de la Cour pénale internationale à l'ouverture de son procès devant les juges de cette juridiction internationale, rapporte l'AFP.

Évoquant une ancienne enfant soldat, le procureur Fatou Bensouda a affirmé que «les soldats venaient parfois par groupes de trois» : la jeune recrue «a été violée de manière répétée durant sa formation», a ajouté la magistrate, lors d'une audience de confirmation des charges.

Bosco Ntaganda, qui s'était livré de plein gré en mars, est, de plus, soupçonné d'avoir lui-même violé et mis en esclavage sexuel des jeunes filles de moins de 15 ans, pour son escorte. Ces actes étaient un «message officiel d'approbation» pour ses soldats, qui violaient les jeunes filles «sous la menace de la mort», selon le document contenant les charges.

Surnommé «Terminator» car réputé sans pitié, M. Ntaganda doit répondre de crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis en 2002 et 2003 en Ituri par les Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), responsables de nombreuses attaques, dont il était alors le chef militaire.

Milice à prédominance Hema, les FPLC combattaient principalement des milices de l'ethnie rivale Lendu pour le contrôle de l'Ituri, une région riche en ressources naturelles, notamment de l'or, en proie à des violences ayant fait quelque 60.000 morts depuis 1999, selon les ONG. «Bosco Ntaganda et l'UPC/FPLC ont persécuté des civils sur des bases ethniques», a également assuré Fatou Bensouda : «les crimes n'étaient pas commis au hasard et n'étaient pas spontanés».

Fatou Bensouda a jusqu'à vendredi pour convaincre les juges que les preuves qu'elle a récoltées sont assez solides pour mener à un procès. Ils rendront une décision dans les 60 jours.

Pour la défense, les charges alléguées sont imprécises : le procureur «tire à l'aveugle dans l'espoir de toucher quelque chose», a assuré Marc Desalliers, avocat de M. Ntaganda. M. Desalliers a appelé les juges à voir «au-delà de la caricature présentée par le bureau du procureur» : «le but de l'UPC était d'assurer la protection de la population, toutes ethnies confondues».

PREMIERES POURSUITES POUR VIOLS D'ENFANTS SOLDATS

Le charismatique chef rebelle était assis dans le fond de la salle d'audience : crâne rasé et fine moustache, il a écouté le procureur les bras croisés et le regard souvent vide, ne laissant paraître aucune émotion.

«Je suis militaire», a-t-il dit au début de l'audience à la juge qui lui demandait sa profession. Son rôle au sein des FPLC était «central», a ajouté Mme Bensouda : «il a personnellement utilisé des enfants soldats dans des attaques».

L'ancien commandant des FPLC Thomas Lubanga avait été condamné en 2012 à 14 ans de prison par la CPI pour avoir enrôlé et utilisé des enfants de moins de 15 ans. «Pour la première fois (...), la CPI soupçonne un haut responsable militaire de viol et esclavage sexuel contre des enfants soldats au sein de sa propre milice», a souligné l'ONG «Initiative des Femmes pour la Justice des Genres».

Alors qu'il était un des chefs de guerre les plus recherchés de la région des Grands Lacs, Bosco Ntaganda, 41 ans, avait été en mars 2013 le premier à se livrer à la CPI, où quatre autres Africains sont écroués.

Celui qui a vécu par les armes, au sein de nombreuses milices ou même un temps comme général de l'armée congolaise, faisait l'objet de deux mandats d'arrêt.

Contre toute attente, Bosco Ntaganda s'était réfugié, craignant pour sa vie, en mars 2013 à l'ambassade des Etats-Unis au Rwanda, après l'éclatement de sa milice congolaise du M23. Les deux factions rivales s'étaient affrontées avant que celle de M. Ntaganda ne prenne la fuite et passe la frontière.

Le M23 avait finalement capitulé en novembre 2013 face à l'armée congolaise appuyée par l'ONU. Mais selon certains experts de l'ONU, le M23 a repris le recrutement au Rwanda et est à nouveau actif en Ituri.

Né au Rwanda, Bosco Ntaganda a fait ses armes au sein du Front patriotique rwandais (FPR) du président Paul Kagame à l'époque où cette rébellion tutsi mettait fin au génocide en 1994. Certains estiment qu'il pourrait faire d'embarrassantes révélations sur le rôle de Kigali dans l'est de la RDC.

Par Lp

Le Potentiel/11/02/2014