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Dette intérieure RD Congo: Les PME sacrifiées

Economie - Après l'intervention sur les antennes de la Radio France Internationale(RFI) du représentant du Collectif des Fournisseurs de l'Etat, tout le monde s'est rendu compte que cela fait 8 ans que le gouvernement de la RDC est en train d'asphyxier les Petites et Moyennes Entreprises gérées par les Congolais. En effet, la dette intérieure est bloquée pour la majorité des Congolais alors que les engagements de nombreux expatriés et certains dossiers juteux sont liquidés facilement et rapidement.


Cela revient à dire que c'est vraiment un exploit héroïque pour une PME congolaise de se faire payer dans le délai par le gouvernement ou les entreprises étatiques. Les points de presse et autres bilans des performances financières du pays semblent destinés à la consommation extérieure.

Pour ceux qui sont branchés sur les réseaux mis en place dans les ministères et dans l'entourage de ceux qui s'occupent de l'engagement, de la liquidation et de l'ordonnancement, l'équation est simple à résoudre et se faire payer par l'Etat devient un jeu d'enfant.

En se basant sur le relevé des factures en souffrance, les engagements de l'Etat s'élèvent à USD 52.278.675,92 pour 55 PME en situation de quasi faillite.

Selon certaines indiscrétions recueillies auprès de certains membres du Collectif des Fournisseurs, le blocage se situe principalement entre le Ministère du Budget et la Primature, le Ministère des Finances n'agissant que par simple délégation des pouvoirs. Des paquets de « Bons d'Engagement des dépenses » restent en souffrance pendant des décennies.

Nonobstant la crise économique, les PME congolaises ont fourni aux institutions étatiques des biens et services variés notamment : bancs, manuels scolaires, cartes géographiques pour les écoles, mobiliers de bureaux, fertilisants, intrants de pêche, outillages oratoires, médicaments, tentes, rapports COPIREP et KPMG, imprimés ainsi que l'hébergement des policiers et militaires. Cette liste n'est pas exhaustive …..

Chose surprenante, la Présidence de la République ; la Cour Suprême, les Réserves stratégiques, les Ministères des Finances, de l'EPSP, de 'l'Agriculture, de la Santé, des Hydrocarbures et des Travaux Publics sont concernés par toutes ces factures impayées. Cependant, rien n'est fait pour débloquer la situation.

Questionnement sans réponses…

Après ce constat, il y a lieu de se poser quand même quelques questions pertinentes.

La Santé et l'Education ne font-elles pas partie du programme titanesque des 5 Chantiers ?

L'Agriculture a-t-elle cessé d'être la priorité des priorités au Congo Kinshasa ?

Les travaux de réhabilitation des immeubles et l'équipement en mobiliers des cabinets ministériels et de la Cour Suprême ne sont-ils pas en parfaite adéquation avec la Révolution de la Modernité ?

Pourquoi clochardiser les entrepreneurs qui se sont endettés en hypothéquant des immeubles pour fournir à l'Etat congolais ce dont il avait besoin pour fonctionner convenablement ?

Il est inadmissible et anormal de voir un gouvernement responsable, « performant et surdoué », mettre la croix sur le principe de la continuité du service public et qui avance à chaque occasion des prétextes pour bloquer le paiement des factures pour lesquelles l'exécution matérielle intégrale des prestations a été faite conformément aux stipulations initiales.

Que le gouvernement se ravise et fasse preuve de bonne gouvernance en honorant ses engagements vis-à-vis du secteur privé. Ce serait un message fort dans le sens de l'amélioration du climat des affaires. Les dossiers de 55 PME sont « clean ». Ainsi, il appartient au gouvernement de prouver le contraire ou d'apporter les preuves des irrégularités éventuelles constatées dans l'exécution desdites commandes. Ce qui est vrai est qu'il existe une politique de deux poids et deux mesures dans la chaîne des dépenses de l'Etat. Certainement, ceux qui demeurent impayés à ce jour, sont ceux là qui ont résisté ou refusé de succomber aux propositions des intermédiaires agissant au nom des décideurs.

Cela étant dit, d'autres questionnements s'imposent dont les plus essentiels sont les suivants.

Un gouvernement qui ne paie pas la dette intérieure peut-il prétendre être performant ?

L'Assemblée Nationale et le Sénat n'ont-ils pas déjà relevé les dysfonctionnements dans la gestion des finances publiques ? Que dire de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International qui n'ont jamais considéré la liquidation de la dette intérieure comme un des critères de performance de la politique économique de la RDC ?

Le cabinet du Chef de l'Etat saisi Il y a quelques jours la délégation des fournisseurs a été reçue par des membres du Cabinet du Chef de l'Etat. On se demande s'ils ont sollicité l'arbitrage du Chef de l'Etat, garant de la Nation ou s'agit-il tout simplement d'une manœuvre politique destinée à calmer les foyers de tension dans le cadre de la recherche de la cohésion nationale.

Si réellement le Chef de l'Etat a décidé de s'occuper de ce dossier, nous le remercions infiniment pour cet acte politique et lui suggérons d'agir avec autorité afin de clôturer définitivement et de manière apaisée ce litige qui n'a que trop duré.

La justice internationale en alerte Dans le cas contraire, il faut s'attendre à ce que dans les prochains jours les comptes de l'Etat soient bloqués tant à Kinshasa qu'à l'extérieur du pays, sans perdre de vue que les Fonds Vautours rodent déjà dans les parages des fournisseurs en vue de procéder au rachat des créances en souffrance. Le pire est à craindre, car les fournisseurs lésés sont déterminés à aller jusqu'au bout. Attention, l'urgence s'impose et le temps ne court pas en faveur du gouvernement des « surdoués ».

Avant de clore ce dossier, nous invitons les acteurs politiques et économiques à méditer sur cette assertion empruntée à l'Honorable Olivier Kamitatu : « La bonne gestion des finances publiques est une entreprise de paix sociale et de développement salutaire. Le développement du Congo est à ce prix ». (Extrait du préface de l'ouvrage « Les finances publiques » de Grégoire Bakandeja, Afrique éditions, Kinshasa, 2006).

Alors, la balle est dans le camp de l'Autorité qui, selon l'article 69 de la constitution, assure par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des institutions ainsi que la continuité de l'ETAT … Il fera certainement justice et remettra les PME dans leurs droits parce qu'il a fait de la bonne gouvernance économique et financière son cheval de bataille. Affaire à suivre.

Par Guy-Roger Makukula

Le Phare/13/02/2013