Justice - La justice française s'est prononcée hier mardi sur le sort des protagonistes de l'opération Arche de Zoé. Installés en Afrique du Sud, le président de l'association, Eric Breteau, et sa compagne, Emilie Lelouch, les deux grands absents du procès, ont fait le déplacement pour entendre le tribunal les condamner à trois ans de prison dont un avec sursis. L'association a été condamnée à 100 000 euros d'amende tandis que les autres prévenus ont écopé, quant à eux, du sursis.
L'affaire, on s'en souvient, avait éclaté en octobre 2007 lorsque 17 Européens dont 9 Français avaient été arrêtés à Abéché, alors qu'ils s'apprêtaient à faire embarquer clandestinement vers la France 103 enfants affublés de faux pansements et présentés comme des orphelins du Darfour. Or ces bambins étaient pour la plupart tchadiens et la quasi-totalité d'entre eux n'étaient pas orphelins.
Promis à des familles en mal d'enfant prêtes, pour certaines, à débourser quelques milliers d'euros pour les besoins de la cause, ils étaient les victimes d'une opération certes parée de bons sentiments, mais surtout conçue et réalisée en marge de toute légalité.
On n'oubliera pas non plus l'arrogance de Nicolas Sarkozy affirmant, alors que six de ses compatriotes étaient encore retenus à N'Djamena dans les liens de la prévention, qu'il irait «chercher tous ceux qui restent quoi qu'ils aient fait». Sa sortie avait provoqué l'ire tchadienne... en vain.
Condamnés à huit ans de travaux forcés, puis rapatriés, les principaux responsables de cette arche de la honte seront finalement graciés après seulement quelques mois en cellule.
Six ans après ce véritable naufrage humanitaire, c'est à la justice de leur propre pays qu'est revenue la charge de mettre un terme à une affaire scabreuse dans laquelle les victimes, qui se comptent par centaines, n'auront pas eu voix au chapitre. Aussitôt placés en détention, les deux ex-responsables de l'association auront, durant les deux prochaines années, tout le loisir de méditer sur la gravité de leur acte.
Par H. Marie Ouédraogo
L'Observateur Paalga/13/02/2013