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Tunisie: Imposantes funérailles pour Chokri Belaïd

Imposantes funérailles de l’opposant tunisien Chokri Belaïd sur fond d'échauffourées - Une marée humaine a accompagné ce vendredi à sa dernière demeure, dans une atmosphère de tension, d’émotion et de colère, l’opposant tunisien Chokri Belaïd, assassiné il y a deux jours par des inconnus.


Tunisiens et Tunisiennes ont afflué en masse depuis les premières heures de la matinée vers le cimetière du Jellaz de Tunis, pour assister à ces obsèques « les plus imposantes dans l’Histoire de la Tunisie », selon l’analyste Slaheddine Jourchi, transmises en direct par les chaînes de télévision et les radios.

Tunis présentait l’aspect d’une ville morte où la vie était paralysée par une grève générale décrétée par la centrale syndicale, l’UGTT, à l’appel des députés de l’opposition. Les magasins, les banques et les établissements scolaires étaient fermés. L’avenue Bourguiba, au centre de la capitale, était quadrillée par un dispositif policier sans précédent. Le ministère de l’intérieur était entouré de barrières en fer et de fils barbelés, de crainte de débordements violents. Des groupes de jeunes, à l’apparence de délinquants, étaient postés à plusieurs endroits à l’affût.

Par ailleurs, la compagnie Tunisair a annoncé dans un communiqué l’annulation de ses vols programmés pour vendredi, pour cause de grève générale. Elle prévoit 12 vols supplémentaires pour samedi pour embarquer les voyageurs bloqués.

Avocat de son état, Chokri Belaïd, 48 ans, père de deux fillettes, Nayrouz et Nada, a eu droit à des « funérailles nationales ». 'Nous avons perdu notre Ghandi', a déclaré à la PANA l'artiste peintre Jamel Aïssi, en rappelant que le défunt appelait jusqu'aux derniers jours de sa vie au bannissement de la violence.

« C’est une perte non seulement pour sa famille et son parti, mais pour toute la Tunisie. Il n’est pas mort, car il restera vivant dans nos cœurs », a confié l’avocat Nizar Senoussi qui dit être «l’ami du défunt depuis 45 ans ».

« Ils l’ont tué physiquement, mais il demeurera un symbole de militantisme et de courage. C’est un défenseur des pauvres et des classes démunies», a-t-il encore noté.

Son père, Salah, a dit que son fils ne dormait pas parfois chez lui parce qu’il se savait menacé et recevait des messages de menace de mort. Quant à son frère, Abdelmajid Belaïd, il s’est insurgé contre les déclarations d’un imam de Zarzis (sud) qui a traité l'opposant assassiné de « communiste mécréant qui ne doit pas être inhumé dans un cimetière musulman ».

Fait remarquable, aucun responsable de la direction politique n’était présent. Ils étaient jugés « indésirables » par la famille du défunt qui soupçonne le parti islamiste au pouvoir, Ennahdha, d’être à l’origine de la mort de leur parent, en raison de leur « laxisme » face aux auteurs des actes de violences, d’abord les salafistes radicaux, puis les milices des « Ligues de protection de la révolution ».

Cependant, des dirigeants de partis d’opposition dont Nida Tounès, Al Massar, Al Joumhouri et autres étaient présents aux funérailles, ainsi que des membres du corps diplomatique occidental et du barreau de Paris.

Ses confrères avocats, conduits par le bâtonnier Chawki tabib, étaient venus en grand nombre vêtus de leurs robes noires.

La foule, estimée à plusieurs dizaines de milliers, entonnait en chœur l’hymne national et scandait des slogans dénonçant la violence et rendant hommage au « martyr de la liberté ». «Halte à la violence », « (Rached) Ghannouchi (le chef d’Ennahdha) assassin, les Tunisiens ne baisseront pas les bras », pouvait-on lire sur certaines pancartes. « A bas le régime », « le peuple veut une nouvelle révolution », criait la foule.

Le cortège funèbre s’est ébranlé de la Maison de la culture de Jebel Jelloud, une cité industrielle populaire proche du domicile parental du défunt, quelque quatre kilomètres du centre de la capitale. Enveloppée du drapeau national, rouge et blanc, la dépouille était transportée dans une voiture militaire.

« Ceux qui aiment Chokri doivent l’accompagner dans le calme », a lancé son épouse, Basma, à la foule compacte. Cependant, malgré le déploiement d'unités de l’armée et de la sécurité, des scènes de pillage ont été perpétrées dans la zone environnante.

Peu après l’arrivée du cortège, la chaîne privée Nessma TV a diffusé en direct des images de jeunes qui pillaient des voitures aux alentours du cimetière. Les forces de l’ordre sont intervenues peu après. Elles font l’objet de jets de pierres lancées par les pilleurs dont les visages étaient voilés par des foulards. La Police a réagi en lançant des bombes lacrymogènes en direction des pilleurs, provoquant des scènes de panique, tandis qu’un hélicoptère de l’armée sillonnait le ciel.

La militante des droits de l'Homme, Radhia Nasraoui, présente sur les lieux a fait état de jets de pierres ciblant la foule. On ignore pour le moment si ces fauteurs de troubles étaient des délinquants qui agissaient de leur propre chef pour profiter de la situation, ou s’ils étaient manipulés par d’autres partis qui veulent semer le chaos.

En raison de la densité de la foule, il a fallu plusieurs heures pour inhumer le défunt dont la dépouille avait du mal à se frayer un chemin pour arriver à la tombe.

C'est son camarade Hamma Hammami, chef du Parti ouvrier tunisien (POT) qui a prononcé l'oraison funèbre en rendant un hommage émouvant au défunt. 'Dors tranquille Chokri, nous continuerons le combat', a-t-il promis.

Des manifestations ainsi que des funérailles symboliques ont eu lieu également dans plusieurs villes de l’intérieur du pays.

Pana 09/02/2013