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Chokri Belaïd assassiné par balles en Tunisie

Le chef d'un parti d'opposition de la Tunisie, l'avocat Chokri Belaïd, a été assassiné par balles mercredi matin à Tunis par des personnes non identifiées, a-t-on appris de sources concordantes. L'agence officielle TAP a confirmé le meurtre en citant des sources sécuritaires et médicales.


Selon la radio Shems FM, qui a donné en premier l'information, le président tunisien Moncef Marzouki, qui se trouve actuellement à Strasbourg, en France, a décidé d'annuler sa visite prévue au Caire, en Egypte, pour assister au sommet de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) et retourner précipitamment en Tunisie pour suivre l'évolution de la situation.

Dans un communiqué, la présidence tunisienne s'est dite 'extrêmement choquée' par cet assassinat qui 'suscite des craintes sur l'avenir du pays'.

Elle a mis en garde contre 'les dangers de la discorde' qui menacent la société appelant à 'la retenue'.

L'avocat Chokri Belaîd, 64 ans, était le président du parti des démocrates nationalistes unifié (PDNU), une formation de l'opposition membre du front populaire qui regroupe plusieurs partis de gauche.

Militant actif avant après la révolution qui a fait chuter le régime dictatorial de l'ancien président Ben Ali, il était connu pour être un défenseur des libertés et d'un Etat démocratique et civil.

Lors de ses interventions, il stigmatisait régulièrement la violence, en accusant ouvertement le ministère de l'intérieur et le mouvement islamiste 'Ennahdha', au pouvoir, auxquels il reprochait de 'couvrir' les 'ligues de protection de la révolution' (LPR) auteurs de nombreux actes de violence et dont il réclamait la dissolution avec insistance.

Ces derniers jours, il a appelé à la tenue d'un congrès national contre la violence.  

Peu après l'annonce de la mort de l'opposant Belaïd, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées devant le ministère de l'Intérieur, au centre de Tunis, pour dénoncer ce qu'ils ont qualifié d''assassinat politique'.

La manifestation regroupait les partisans de l'opposant et des citoyens de divers bords qui scandaient 'le peuple veut la chute du régime' et 'dégage' au gouvernement.

Un grand nombre d'avocats ont également manifesté devant le palais du gouvernement à la Kasbah, avant de se diriger vers le ministère de l'Intérieur.

A Gafsa, le bassin minier du sud-ouest tunisien, une manifestation a aussi eu lieu avec la participation de militants politiques et d'avocats, rapporte Shems FM.

Une grande manifestation de protestation a également eu lieu à Sousse (centre) où la police a dû user de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc face à la foule.

La radio fait en outre état du saccage de locaux du mouvement Ennahdha à l'intérieur du pays, notamment au kef et à béja (nord-ouest).

Cet assassinat a jeté le pays en émoi. Toutes les radios. Plusieurs hommes politiques ont vivement réagi à cet acte en en faisant assumer au gouvernement.

Lors d'un entretien avec la PANA, le leader d'Ennahdha, Rached Ghannouchi a adressé ses condoléances à la famille du défunt et à ses partisans, appelant à décréter un deuil national d'un jour par solidarité avec le défunt.

Il a attribué ce crime aux 'parties qui considèrent que leurs intérêts sont menacés par la révolution et la transition démocratique', sans plus de précisions.

Il a appelé à l'arrestation des auteurs de ce 'crime ignoble et à les traduire devant la justice pour que le peuple connaisse la vérité'.

Le chef du gouvernement, l'islamiste Hamadi Jebali a déploré cet assassinat qui, a-t-il dit, est 'une atteinte à la démocratie et aux principes de la révolution'.

'Nous allons tout mettre en oeuvre pour découvrir les auteurs de ce crime et ses instigateurs', a-t-il promis.

Le porte-parole du gouvernement et ministre des Droits de l'homme, Samir Dilou, a qualifié l'acte de 'crime odieux'.

'On assume tous la responsabilité de ce crime. Toute la Tunisie est perdante car personne n'est à l'abri de cette violence', a-t-il ajouté sur la radio Shems FM.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur Khaled Tarrouch a, quant à lui, qualifié le crime 'd'acte terroriste', notant que les services de sécurité disposaient de 'certains éléments' sur l'auteur du crime.
 
Il a précisé que l'opposant a été tué 'à bout portant' par plusieurs balles.

Dénonçant 'un grave tournant', la dirigeante du parti 'Al Joumhouri' (opposition) Maya Jribi, a appelé à 'des mesures fermes et historiques' pour mettre fin à la vague de violence qui sévit en Tunisie.  

L'opposant Samir Bettaieb a ouvertement pointé du doigt le parti islamiste Ennahdha qu'il accuse de couvrir les ligues de protection de la révolution à l'origine de nombreux actes de violence contre les partis d'opposition et des figures qui lui sont proches notamment l'homme d'affaires Kamel Eltayef.

Pana 06/02/2013