Le changement climatique pourrait affecter les flux dans les bassins fluviaux d'Afrique - Le changement climatique pourrait affecter de manière significative les flux dans les principaux bassins fluviaux d'Afrique, constituant ainsi un nouvel obstacle aux efforts pour une meilleure gestion de l'eau pour la production alimentaire et la résolution des potentiels conflits transfrontaliers liés à l'eau à travers l'Afrique subsaharienne, selon les conclusions d'une étude présentée lors du Troisième Forum international sur l'eau et l'alimentation à Tshwane, en Afrique du Sud.
Dans le cadre d'un projet mondial de recherche étalé sur cinq ans, des scientifiques du Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale du Challenge Programme on Water and Food (CPWF), se sont penchés sur l'impact potentiel jusqu'en 2050 de l'élevation des températures et la modification de la pluviométrie causées par le changement climatique sur les bassins fluviaux à travers le monde.
Dans le cadre de ce processus, ils ont indiqué que des scénarios troublants sont prévus pour certaines régions de l'Afrique, indique le Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale (CGIAR) dans un communiqué transmis ce lundi à la PANA. 'Le changement climatique introduit un nouvel élément d'incertitude, précisément quand les gouvernements et les bailleurs commencent à avoir davantage de discussions franches sur le partage des ressources hydriques et à envisager des investissements à long terme pour augmenter la production alimentaire', indique le communiqué, citant Alain Vidal, le directeur du CPWF. 'Pour empêcher ces incertitudes de remettre en cause les principaux accords et engagements, les chercheurs doivent prendre leurs décisions sur une base fiable, prenant en compte les impacts variables du changement climatique sur les bassins fluviaux', selon M. Vidal.
Les changements prévus sont particulièrement alarmants dans le Bassin du Limpopo d'Afrique australe, autour duquel vit une population de 14 millions d'habitants et qui inclut des parties du Botswana, de l'Afrique du Sud, du Mozambique et du Zimbabwe. En utilisant les moyennes des modèles climatiques du Panel intergouvernemental sur le changement climatique, les experts du CPWF ont découvert que la hausse des températures et la baisse de la pluviométrie sur le Limpopo au cours des prochaines décennies pourraient porter un double coup à un environnement déjà fragilisé - réduisant ainsi la production alimentaire et intensifiant la pauvreté. 'Nous devons nous demander si les stratégies actuelles de développement agricole autour du Limpopo, qui sont basées sur les niveaux d'eau actuels sont véritablement réalistes face à un avenir climatique qui pourrait présenter de nouveaux défis et des opportunités différentes', a indiqué le Dr Simon Cook, un scientifique du Centre international pour l'agriculture tropicale (CIAT) et responsable des Projects focaux sur les Bassins (BFP) du CPWF, cité par le communiqué.
'Dans certaines zones riveraines du Limpopo, même l'adoption généralisée d'innovations telles que l'irrigation au goutte à goutte ne suffiront pas pour faire face aux effets négatifs du changement climatique sur les disponibilités en eau', a ajouté M. Cook. 'Mais dans d'autres zones, les investissements dans les cultures non irriguées et la collecte des eaux de pluie pourraient être bénéfiques car il pourrait y avoir suffisamment de pluies pour des stratégies innovantes de relance de la production. La solution étant d'obtenir les données nécessaires pour prendre des décisions en tout état de cause', a-t-il ajouté. Le changement climatique pourrait également créer des incertitudes dans les politiques relatives au Bassin du Nil, l'analyse du CPWF montrant que des températures plus élevées - une hausse de deux à cinq degrés d'ici 2050 - ayant le potentiel d'accroître l'évaporation de l'eau au point de réduire l'équilibre hydrique du Bassin supérieur du Nil Bleu. De nos jours, l'Egypte et l'Ethiopie semblent faire des progrès notables après des années de tension à propos du projet éthiopien de construction de barrages en amont qui interromprait les approvisionnements en eau de l'Egypte.
Récemment, le gouvernement égyptien a également indiqué sa volonté d'envisager un traité global pour régir l'exploitation des ressources hydriques du Bassin du Fleuve Nil qui comprendrait un accord entre plusieurs autres pays de la région. En plus des implications pour le Nil et le Limpopo, M. Cook a déclaré que les données indiquent que le changement climatique pourrait affecter la disponibilité de l'eau dans le Bassin de la Volta. Et comme pour les autres bassins, ces changements devront être pris en compte dans la stratégie de relance de l'agriculture dans la région. Dans l'ensemble, l'analyse des effets du changement climatique sur les disponibilités en eau a mis en évidence une hausse des températures dans tous les dix bassins fluviaux étudiés à travers le monde, qui comprennent de vastes régions en Asie et en Amérique du Sud.
Mais tandis que des températures plus élevées pourraient accroître l'évaporation, la plupart des pertes en eau devraient être comblées par une augmentation de la pluviométrie. Cependant, selon le CPWF, les impacts du changement climatique sur les disponibilités en eau vont varier en ampleur et direction à l'intérieur des bassins et entre ces derniers et pourraient perturber des conditions météorologiques autrefois plus ou moins stables. Même quand les pluies augmentent sur une année, ces modifications mineures peuvent poser des problèmes aux bassins qui 'se sont organisés' au cours des siècles autour de changements saisonniers constants.
'Ces changements vont être cauchemardesques pour l'exploitation et nécessiter que l'on se concentre davantage sur des approches adaptatives et les prévisions climatiques à long terme', a déclaré M. Vidal. En Afrique, la gestion des eaux pluviales est largement considérée comme essentielle pour l'amélioration de l'élevage et de l'agriculture. Des moyens innovants d'utiliser ces eaux de pluie sont également considérés comme une nouvelle appoche climatique 'intelligente' de l'agriculture. De nos jours, l'agriculture utilise jusqu'à 70 pour cent des ressources en eau douce du monde. L'étude du CPWF souligne le rôle de plus en plus important d'une exploitation judicieuse des ressources hydriques pour s'assurer que la production alimentaire reste à la hauteur de la croissance démographique, même en période d'incertitude climatique.
Pana 15/11/2011
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