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Wednesday
May 23rd
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Café-cacao-Côte d'Ivoire: Ouattara a trompé les paysans

Filière Café-cacao en Côte d'Ivoire - «Le nouveau prix n'est pas encore appliqué. Le prix à Abidjan est actuellement de 400 FCFA. On ne peut pas payer le kilogramme du cacao à 1000 FCFA chez les producteurs et aller le vendre à 800 FCFA chez l'exportateur», regrette Adou Kra, producteur de cacao à Niablé. « Les exportateurs ne respectent pas les prix. Le prix tourne entre 300 et 500 FCFA. Cette situation crée des difficultés entre le producteur et ses manoeuvres», fait remarquer Anoh Kouao Sylvain.

«Nous sommes déçus. Nous avons demandé aux producteurs de bloquer leurs produits. Et si le prix ne revient pas à 1000 FCFA, nous allons tout arrêter», menace Maurice Sawadogo, délégué régional de la Fédération ivoirienne des producteurs de café et cacao de Côte d'Ivoire (FIPC). Boa Stéphane, délégué régional de l'Anaproci, prévient: «les producteurs sont déçus parce qu'ils ne peuvent pas avoir 70% de leur revenu. Si rien n'est fait, il y aura un soulèvement des producteurs d'ici peu contre l'Etat ivoirien». « Ce prix-là ne nous arrange pas parce qu'il est indicatif. En plus, il n'est pas appliqué sur le terrain. C'est ce que nous avions reproché au pouvoir précédent. Le pouvoir actuel devrait garantir le prix. S'il ne révise pas le prix du kilogramme de cacao à la hausse, on avisera », a-t-il prévenu. « C'est difficile pour nous les responsables de coopératives. Aujourd'hui, le prix est à 825 ou 850 FCFA par kilogramme au port. Ce qui est même en dessous du prix fixé par l'Etat.

Vraiment nous ne sommes pas contents », se lamente Paul Kaho, membre de l'entreprise coopérative agricole Yegliwon de Takima (Ecoyeta). «On nous dit que le prix bord champ est de 1000 FCFA pour cette campagne. Or le prix au port est à 800 F, chose que nous ne comprenons pas», déclare Koffi Kouakou, planteur à Yao Soubré-carrefour. «Tout est bloqué parce que l'Etat n'est pas acheteur et c'est lui qui fixe le prix du kilo de cacao. On ne peut pas acheter le cacao aux planteurs à 1000 FCFA et le livrer au port à 800 FCFA. Il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut donc mettre de l'ordre dans la filière», indique K. K Julien, acheteur de produits à Méagui. « Nous constatons avec amertume, en cette période de rentrée scolaire, que des individus se disant pisteurs continuent d'acheter notre cacao à des prix variant entre 350 et 450 FCFA», fulmine le secrétaire général du syndicat des producteurs des montagnes de Côte d'Ivoire (Sypromci), Toua Bekou.

La grogne morte

Le mécontentement n'en finit pas et la fronde monte, monte, monte à l'aune des espérances déçues. A ce jour le cacao se vend très mal en Côte d'Ivoire. Le prix bord champ de 1000 FCFA n'a jamais été appliqué sur le terrain. Dans les zones de production, le kilogramme de cacao qui se négociait aux premières heures de la campagne entre 800 et 700 FCFA, se vend maintenant entre 300 et 350 FCA, voire 200 FCFA dans certaines zones. Les planteurs grognent. Ils grognent d'autant plus fort qu'ils ont du mal à comprendre que pendant la campagne électorale, le candidat Alassane Ouattara leur avait promis de faire mieux que son prédécesseur en leur faisant miroiter monts et merveilles : leurs produits seraient vendus à un prix rémunérateur, leurs revenus augmenteraient sensiblement, ils accroitraient leur bien-être social. A l'épreuve de la réalité, c'est la désillusion totale. Ils ont du mal à comprendre que leurs produits soient achetés à des prix dérisoires pour quelqu'un qui déclare vouloir leur bien. « ça ne va pas du tout. Certes comparaison n'est pas raison, mais à la même époque où le prix du kilo était fixé à 1100 FCFA par le président Laurent Gbagbo, le mécanisme mis en place obligeait les acheteurs à négocier le prix du kilo entre 1000 et 950 FCFA. Tout le monde a vu comment nous étions heureux et fiers d'être paysans. La plupart des jeunes producteurs ont pu s'offrir des motos, d'autres ont pu achever la construction de leurs logements. J'en connais qui en ont profité pour se marier, pour ouvrir des comptes bancaires. Bref, ça a été une bonne campagne.

Nous étions financièrement insolents. Aujourd'hui, c'est la catastrophe. Et je pèse mes mots. La crise post-électorale ne justifie pas cette déconvenue. Il n'y a aucune structure d'encadrement des paysans pour la commercialisation. Les producteurs sont livrés à eux-mêmes face à des multinationales qui se retrouvent au bord champ sous le couvert d'acheteurs véreux. Je ne connais pas beaucoup de producteurs qui peuvent s'offrir ne serait-ce qu'un mouton pour les fêtes de fin d'année. A plus forte raison habiller enfants et conjointes. C'est ça on appelle tomber. On est obligé de faire profil bas. Les gens ne comprennent pas qu'on soit obligé de brader notre cacao, c'est un produit périssable. Nous n'avons pas les moyens techniques de conserver longtemps notre production. Et surtout, nous avons des besoins pressants d'argent. Sinon, ce n'est pas ce qu'on nous avait dit. Durant la campagne électorale, on nous avait promis un prix garanti. A la campagne de commercialisation, on nous ressort un prix indicatif. Sans borne. Si ce n'est pas nous tromper, qu'est-ce que c'est alors ?», s'explique difficilement Pierre G., gros producteur de cacao à Guiberoua.

Sans encadrement de la commercialisation, que peuvent faire les producteurs d'autant plus qu'au plan international, le prix tourne autour de 1200 FCFA avec un Dus (Droit unique de sortie) toujours fixé à 220 FCFA. Comment peut-on espérer que les exportateurs achètent le produit à 1000 FCFA aux producteurs ? Surtout que la campagne n'est pas financée. C'est utopique sauf à considérer le gain de 1000 milliards FCFA de recettes attendues. Ce qui pourrait s'interpréter par : « je me fiche de comment le cacao sera vendu. Ce qui m'intéresse, c'est ce que je gagne dans l'affaire ». Et le régime Ouattara pourrait bien s'en tirer : représentant 10% du produit intérieur brut et 40% des recettes d'exportation, le cacao générait, jusque-là, près de 800 milliards FCFA de rentrées de devises à l'Etat ivoirien avec une capitalisation de près de 30% des recettes fiscales.

«On préfère aller au Ghana»

« Aujourd'hui, le cacao ivoirien traverse la frontière pour se retrouver au Ghana. Ce fléau prend des proportions inquiétantes. Ce qui fait énormément perdre de l'argent à notre pays. Ce sont des camions chargés de cacao qui prennent chaque jour la direction du Ghana», explique Tano Serge-Albert, trésorier de la Coopérative Agricole Aboussouan de l'Indénié. La filière ghanéenne devient la plus prisée dans le cadre de la commercialisation : pas de tracasserie routière, en bonus un prix rémunérateur. «Si dans ton propre pays, on t'empêche de vendre ton produit, tu vas ailleurs. Les Frci nous imposent entre 300 à 500.000 FCFA sur chaque chargement. Le pouvoir le sait et ne dit mot. Avant la chute de Gbagbo, nous payions tout au plus 50.000 FCFA pour un chargement à destination d'Abidjan. Nous avons décrié ce racket, il est revenu en force. Il nous faut nourrir nos familles. Aller au Ghana est mieux», dénonce un exploitant agricole. « Ce n'est pas que nous soyons des producteurs indélicats. Nos produits sont refoulés au port d'Abidjan pour mauvaise qualité. Alors que ces mêmes produits sont acceptés au Ghana et vendus au prix garanti. Il y a quelque chose qui ne tourne pas tond dans le processus de commercialisation.

Et ça encore, la promesse de rendre transparent ce processus n'est pas respectée. Ce n'est pas de la bonne gouvernance. C'est dommage !», renchérit un producteur qui a requis l'anonymat. « Aussi longtemps que les prix seront mauvais, personne ne peut nous empêcher de vendre notre cacao là où on peut en tirer meilleur profit. Nous aussi, nous voulons être heureux dans la même case. Si ça continue, le Ghana va supplanter la Côte d'Ivoire en termes de production. Il faut que l'administration Ouattara réfléchisse bien à la gestion du cacao au lieu de faire de la politique sur notre dos », soutient un responsable de coopérative. Selon les autorités régionales d'Abengourou, 250.000 tonnes de cacao produits en Côte d'Ivoire ont été acheminés vers le Ghana, occasionnant une perte de 60 milliards FCFA.

Le lundi 19 décembre dernier, le ministre de l'agriculture a annoncé pour janvier 2012 le prix garanti aux producteurs. « Le coeur de la présente réforme, qui réside dans le système de vente par anticipation de la récolte, doit démarrer à partir de janvier 2012. Il nous paraît légitime d'optimiser les ventes à l'international afin de reverser le maximum du prix de vente obtenu au créateur de cette richesse qu'est le producteur», a déclaré Mamadou Sangafowa Coulibaly lors d'une rencontre avec des experts nationaux et internationaux de la filière. La réforme annoncée en novembre par le gouvernement Alassane Ouattara prévoit un prix minimum garanti compris entre 50 et 60% du prix international. Par exemple, si le cours mondial du cacao est à 1000FCFA le kilo, le producteur pourrait s'en tirer entre 500 et 600 FCFA garantis. Ce qu'ils ont actuellement et dont ils se plaignent. Quel sera alors le coût à l'usine pour les exportateurs ? « Laissez les gens faire leur politique. Nous, on sait où aller. On ne peut pas nous avoir encore», commentaire d'un producteur.

J-S Lia

Notre Voie/22/12/2011


 

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