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Wednesday
May 23rd
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Burkina Faso-Manifestations: Mais qu'est-il advenu du pays des hommes intègres ?

Manifestations-Burkina Faso- Début mars 2011, quelques mois avant la saison du paludisme qui fait des ravages en avril et le temps d'assister au plus grand événement cinématographique du pays et de l'Afrique, à savoir le 22ème Fespaco, La Tribune s'est rendu dans la capitale burkinabé, Ouagadougou. Après quatre heures de vol direct, l'arrivée à Ouagadougou est comme une délivrance empreinte de curiosité intense de découvrir le pays. Hélas, l'enthousiasme se dissipera très vite à la découverte de la ville. A Ghumney, non loin du grand marché, les habitations sont très modestes et dépourvues des moindres commodités. Des murs en terre cuite, un toit de fortune et de la poussière. Impossible d'espérer une bouffée d'air frais vu la pollution engendrée par les mobylettes, principal moyen de transport dans le pays. Hommes et femmes, tout le monde roulent en moto et surtout en Kaizer, le roi des deux-roues à Ouagadougou. Un jeune homme aux dreads tient une petite charrette sur laquelle trône sa marchandise : téléphone portable, puce téléphonique et cartes de recharge. Il se prénomme Ahmedou et il vient du Mali. Poussé vers le Sud par la pauvreté, il essaye de vivre dignement dans un pays qui n'est pas le sien mais qu'il a vite adopté.

A ses côtés, Roland affiche un large sourire à la vue des touristes, des éventuels clients pour ses bijoux d'artisanat malien. «Comme je n'ai pas de diplôme, mon boulot consiste à vendre ces colliers confectionnés par mon frère resté au Mali. Je vis actuellement au Burkina avec ma mère que j'essaye d'aider avec mon petit commerce», confie Roland.

Le cas de la famille de Roland n'est pas le seul si l'on se fie aux déclarations d'un chauffeur de taxi sénégalais rencontré en route. «J'ai quitté le Sénégal en espérant améliorer mes conditions de vie. Résultat, je me retrouve à travailler avec un véhicule prêté, vu que je ne peux m'offrir une voiture», déclara-t-il en ajoutant : «Vous êtes algériens ?

J'ai entendu dire que chez vous, c'est mieux qu'au Burkina Faso. Pourriez-vous m'aider à venir dans votre pays ?» En tentant de nous attendrir pour obtenir une aide de notre part, le jeune homme nous dressera l'état des lieux au Burkina Faso.

«Vous savez, dans ce pays, il y a plein de ressortissants maliens, ivoiriens et sénégalais. Chacun a sa spécialité. Nous, par exemple, c'est la mécanique. Le Burkina est un pays très pauvre, heureusement que ses habitants possède une joie de vivre inégalable», dira-t-il. En nous déposant à Ouaga-2000, le nouveau quartier chic de la ville, il lance avec ironie : «Bienvenue au quartier des pourris !»

Ouaga-2000, un quartier honni par le peuple

Construit récemment, Ouaga-2000 abrite la résidence du président actuel Blaise Compaoré. Habiter dans ce coin n'est pas donné à tout le monde. Des villas luxueuses, des hôtels 5 étoiles laissent deviner le niveau de vie des habitants de ce quartier. «Quand notre jeunesse fera sa révolution, on commencera d'abord par brûler Ouaga-2000, ce quartier prétentieux d'où l'Etat nargue son peuple.

Tous les tricheurs résident là-bas. Chez nous, la corruption est devenue un fait banal et ses adeptes l'affichent clairement», nous confie un jeune musicien rencontré dans une salle de cinéma. Notre interlocuteur ajoutera :

«Les Burkinabés sont très patients et fiers, nous avons déjà observé des mouvements de protestation mais avec la tenue du Fespaco, les étudiants se sont calmés pour ne pas ternir l'image du pays et laisser les touristes tranquilles.» Au milieu de cette ville hostile, on remarque quand même la présence des éternels vendeurs à la sauvette face à l'hôtel Palace, à l'entrée de Ouaga-2000.

Une jeunesse désabusée

Aminata est une jeune étudiante en marketing, une ravissante jeune fille habillée avec goût et classe qui regarde inlassablement les gens passer aux guichets du Fespaco pour récupérer leurs badges.

Elle s'approche de nous, affichant un large sourire et demande : «Vous êtes journaliste ? Si c'est le cas, cela m'intéresse parce qu'il faut vraiment dénoncer ce qui se passe chez nous», confie Aminata.

«Vous avez de la chance de pouvoir assister aux projections, les billets sont trop chers pour nous, je ne peux me permettre de dépenser 2 000 francs CFA pour chaque film. Nous sommes obligés d'attendre la fin du festival pour pouvoir visionner les films, je trouve cela injuste», affirme Aminata.

Curieuse, cette dernière nous posera plein de questions à propos de l'Algérie, histoire de rectifier ses idées reçues avant de nous demander de l'aide pour un éventuel déplacement en Algérie. «Chez nous, tous les jeunes rêvent de partir, où? Je ne sais pas, l'essentiel, c'est de trouver une meilleure vie où l'on peut évoluer. Le chômage fait des ravages ici, pas étonnant vu que le piston est un fléau dominant», affirme Aminata.

Revenons à notre jeune musicien, qui est membre d'une association culturelle «qui active, dit-il, dans plusieurs secteurs. Nous organisons des excursions pour les touristes et nous animons des concerts de circonstance pour gagner un peu d'argent. Et quand je dis un peu, cela signifie juste de quoi se payer un repas décent.

Le Burkina Faso souffre du recul du pouvoir d'achat qui va de mal en pis. On a beau trimer, c'est pour rien. Nos jeunes sont en train de survivre, heureusement qu'il y a la musique», souligne le jeune homme avant d'ajouter : «J'ai oublié de vous informer que notre association organise des ateliers de formation en musique, il y a tous les instruments traditionnels africains : la kora, le djembé et même le gumbri, très pratiqué au Sud algérien.»

La rage de vivre

A la tombée de la nuit, la capitale s'anime, les jeunes sont dehors attablés sur les terrasses de ce qu'ils appellent les maquis. Il s'agit d'un petit café où l'on sert de l'alcool et des grillades (spécialité burkinabaise) et du poulet «bicyclette» (un poulet très maigre cuit sur braise) tout en écoutant de la musique. Du «Ruby» en passant par «Taxi Brousse», l'ambiance est à son summum.

Les jeunes s'amusent comme ils peuvent, ils n'ont que ça. L'alcool coule à flots et les corps s'enflamment sur la piste de danse en espérant voir ses malheurs s'évaporer. Face à l'hôtel Splendid, situé au centre-ville, la terrasse du «Taxi Brousse» est bondée de monde, les «travailleuses du sexe» sont là aussi en train de guetter un éventuel client. La musique est à fond la caisse, du coupé décalé, un genre musical venu de Côte d'Ivoire et qui fait fureur en ce moment.

Vers les coups de 2h00 du matin, les tables se vident et la serveuse commence à ramasser les dernières bouteilles de bière. Paraissant complètement fatiguée, elle chuchote aux clients qu'il est l'heure de partir afin qu'elle puisse rentrer chez elle tout en veillant à ne pas être vue par la patronne. Afin de détendre l'atmosphère, elle propose à un jeune homme d'aller draguer sa patronne.

«Elle est très méchante et elle n'arrive pas à se trouver un homme. Vous me rendrez un grand service si vous acceptez d'aller l'aborder», dira la serveuse. Trois prostituées sont encore là, elles finiront par quitter les lieux en compagnie des videurs du «maquis».

Par ailleurs, on soulignera que le commerce du sexe jouit d'une grande liberté au Burkina Faso, celles qui s'y adonnent sont indépendantes et «respectées» par les hommes. Interrogé sur la question, notre ami le musicien nous explique que c'est la pauvreté qui a poussé un grand nombre de jeunes filles à intégrer ce secteur où «l'on trouve même des étudiantes». Après une telle nuit mouvementée, direction l'hôtel pour un petit somme en attendant la levée du soleil dans quelques heures. 9h matin.

Nous sommes au grand marché en quête de beurre de karité, produit miraculeux du Burkina. Les femmes sont là en exposant leurs fruits exotiques (mangue, noix de coco et papaye) accompagnées de leurs enfants en bas âge. La misère se lit sur leurs visages même s'ils sont toujours joyeux. A leurs côtés, les vendeurs à la sauvette harcèlent les passants et proposent leurs services.

Bien s'ils soient parfois trop collants, ces vendeurs restent quand même dignes dans leur attitude et demandent des excuses aux touristes qu'ils ont trop embêtés. On remarquera également la beauté des bathik, un tissu fait par les femmes ainsi que des statuettes en bronze qui font la fierté des artisans.

Manque de revenu, chômage, corruption et dictature sont les maux de la population du Burkina Faso à laquelle se joignent les ressortissants des pays voisins. Le régime ? Personne n'en parle.C'est un sujet tabou.

Thomas Sankara ? C'est un vieux souvenir, synonyme des beaux jours du Burkina. «Les hommes bien s'en vont vite», affirme un citoyen. Personne n'ose émettre un mot à propos du régime actuel, le peuple est introverti en attendant l'heure propice pour dire sa colère, une colère dévastatrice nourrie au fil des ces dernières vingt -quatre années du régime de Blaise Compaoré.

Wafia Sifouane

La Tribune/19/04/2011


 

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