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Feb 10th
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Procès Moubarak-Egypte: Le procès d'un pharaon cadavéreux

Justice - Lundi 2 août 2011, les Egyptiens ont offert un spectacle quelque peu surréaliste au reste du monde : dans une école de police, se tient un jugement, et les accusés doivent répondre des chefs d'inculpation de détournement d'argent public et du meurtre de manifestants antirégime. Affaire banale reproductible sous tous les tropiques ? Oui peut-être ; à la petite différence que le principal accusé a 83 ans et gît, pardon, est couché sur une civière et a régné de main de fer sur son pays pendant - excusez du peu - une trentaine d'années. Il s'agit, vous l'avez deviné, d'Hosni Moubarak.

Piteuse révérence en effet pour un héros de guerre qui, du temps de son service militaire, tutoyait les avions de chasse. Peut-être que pour les parents, amis et connaissances des 850 personnes tuées au cours des 18 jours du soulèvement populaire de janvier et février 2011, la scène n'est en rien touchante, d'autant plus qu'à ces martyrs l'on pourrait même ajouter les scalps de nombreux autres macchabées que l'ex-Raïs avait accrochés à son tableau de chasse durant son règne.

Conclusion, ce serait même une seconde victoire pour les manifestants, qui tenaient coûte que coûte, vaille que vaille, à faire juger Hosni Moubarak. Qu'importe pour eux la tenue et la posture de l'accusé. Et c'est chose faite ; le cancer d'estomac dont il serait porteur (selon ses médecins) n'a qu'à bien se tenir.

Mais soyons sérieux ! Il est bien vrai que l'ancien président n'était pas du tout un enfant de choeur, lui qui a, au plus fort de l'insurrection populaire, ordonné de tirer à balles réelles sur les manifestants. L'on a cependant beau mettre toutes les plaies d'Egypte sur son compte, malgré tout, l'on se demande quels intérêts les nouvelles autorités et le peuple égyptien ont à tirer sur une ambulance.

Ce n'est pas évident que la démarche judiciaire, en l'état actuel du principal présumé coupable, soit productive. Et la responsabilité du maréchal et le rôle de celui-là même qui était l'oeil, l'oreille et le bras armé d'Hosni du temps de sa splendeur ? Ne mérite-t-il pas d'être dans le box grillagé muni de barreaux, spécialement aménagé pour son récent mentor ?

D'aucuns diront qu'il s'agit là d'un signal très fort pour les autres dictateurs qui s'accrochent au pouvoir. Encore faut-il que ces derniers aient des yeux pour voir. D'ailleurs, les exemples de fins de règnes peu glorieux qui auraient pu les inspirer existent à la pelle : les cas Mobutu (Zaïre), Nicolas Ceausescu (Hongrie), Saddam Hussein (Irak) et, plus près de nous, Laurent Gbagbo (Côte d'Ivoire) sont bien édifiants pour celui qui a des oreilles pour entendre.

Même si le scénario pourrait donc être un petit clin d'oeil à ces dirigeants à vie, ne va-t-on, par ce jugement digne du Guinness des Records, inspirer plutôt la compassion pour des observateurs Moubarak devant le spectacle de cet octogénaire grabataire au visage cadavéreux couché sur sa civière ? Certes, ce sont les vainqueurs qui font l'Histoire ; néanmoins une petite dose d'humanisme ne ferait pas du mal aux nouveaux dirigeants égyptiens et ... aux anciens occupants de la place Tahrir.

Issa K. Barry

L'Observateur Paalga/04/08/2011