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Wednesday
May 23rd
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Riziculture au Burkina Faso

Des prix rémunérateurs aux producteurs de riz - La campagne agricole 2010-2011 n'a pas été bonne. Cela est un secret de polichinelle. Les estimations du gouvernement font état d'un déficit. 146 communes sur les 351 que compte le pays, soit 41% de l'ensemble des communes, sont en insécurité alimentaire, selon le bilan prévisionnel de la production agricole publiée par le Conseil des ministres. Le gouvernement a pris une batterie de mesures pour parer au plus pressé : renforcement de la production de la campagne de saison sèche, collecte des produits agricoles dans les zones excédentaires, vente des céréales à prix social, voire distribution gracieuse aux couches vulnérables.

Dans sa politique d'anticipation, l'équipe Tiao entend alors rendre les vivres disponibles à temps et assurer une bonne coordination des opérations, dans la perspective d'une répartition équitable des vivres aux nécessiteux dans les zones déficitaires. Ce sont là des initiatives que saluent les citoyens burkinabè et que les populations nécessiteuses attendent avec impatience.

Cependant, au cours de la rencontre, le 21 novembre dernier à Bobo-Dioulasso entre les autorités régionales des Hauts-Bassins et l'Union nationale des étuveuses de riz, un projet d'arrêté du ministère en charge du Commerce fixant le prix plancher du riz étuvé à 7500 F CFA le sac de 25 kilogrammes a fait l'objet d'échanges assez vifs, car il ne rencontre pas l'assentiment des producteurs.

Ce projet d'arrêté ministériel, disons-le, fait craindre une complication d'une situation déjà compliquée, puisque le riz est devenu aujourd'hui, la céréale la plus consommée au pays des hommes intègres, devant le maïs et le petit mil.

Selon les estimations officielles, plus de 70% de la population l'a comme aliment de base. Les producteurs de riz sont sceptiques quant à ce prix plafond du sac de 25 kg à 7500 F CFA qui n'est pas rémunérateur, car ilâ-‚n'existe pas de mesure compensatrice pour permettre aux producteurs de riz d'équilibrer leurs comptes.

Les producteurs font comprendre qu'ils peuvent vendre le sac de 25 kg aux commerçants à 8000 F CFA, sinon plus. Alors qu'ils savent que pour le riz importé, l'Etat a pris des mesures pour permettre aux commerçants de compenser les pertes.

Pour eux, cette situation vient encore accentuer la concurrence déloyale entre le riz importé et le riz blanc local transformé. L'Etat a fixé le prix du kilogramme de riz paddy à 128 F CFA.

Ce prix fixé en tenant compte de la subvention en intrants concédée par l'Etat en début de campagne, de l'avis des producteurs, ne prend pas en charge le fait que tous les producteurs de riz n'ont pas bénéficié de cette subvention octroyée par l'Etat.

Nombre d'entre eux l'ont acheté au prix du marché, avec ce que cela comporte comme charges. Les débats entamés à Bobo-Dioulasso devraient pouvoir se poursuivre.

Car, il s'agit d'atteindre l'autosuffisance alimentaire tant souhaitée par les politiques et en même temps de lutter contre la pauvreté du monde rural, en proposant des prix rémunérateurs aux producteurs.

Le Premier ministre, Luc Adolphe Tiao à l'ouverture des Etats généraux de l'agriculture et de la sécurité alimentaire, le 24 novembre 2011, a souligné qu'il faut en finir avec la langue de bois et « apporter des réponses précises à des questions préciseâ-‚ ».

« Nos paysans et nos éleveurs sont des pragmatiques et attendent donc des résultats concrets et non des théories", a laissé entendre le Premier ministre Tiao, précisant que les prix et revenus agricoles sont faibles et la pauvreté est atterrante en milieu rural.

En attendant la conceptualisation des stratégies de développement agricole pour ouvrir la voie à une véritable révolution du monde rural, le Premier ministre a reconnu qu'on ne pourra pas faire reculer le seuil de pauvreté dans le pays si l'on n'accroît pas le niveau de vie du monde rural.

Dans la perspective de l'organisation d'un forum d'ici à la fin de l'année 2011 devant regrouper autour d' une même table, les producteurs, les commerçants, la SONAGESS et l'Etat comme ce fut le cas en 2009 pour revoir les prix des produits agricoles ; il serait impérieux de revoir le mécanisme de la subvention.

Au lieu de donner en subvention des intrants, le gouvernement gagnerait à laisser les producteurs fixer librement leurs prix de vente au kilogramme et à subventionner ce prix au consommateur. Tous les producteurs qui accepteraient vendre à l'Etat pourraient ainsi bénéficier de la contribution de ce dernier.

Déjà, des acheteurs venus de l'espace UEMOA font des propositions de prix alléchantes aux producteurs. La tentation est grande et naturelle de céder à leurs demandes.

Et des producteurs même subventionnés par l'Etat, préfèrent parfois céder aux acheteurs étrangers proposant des prix plus rémunérateurs. La révision de la forme de subvention galvaniserait les producteurs de riz qui se mobiliseraient davantage pour assurer une véritable souveraineté alimentaire. Tout le monde y gagne. L'Etat, le producteur et le consommateur.

Issa Soma

Sidwaya/07/12/2011


 

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