La reconnaissance de la rébellion libyenne s'étend - L'étau commence sérieusement à se resserrer sur le régime libyen. L'évolution des événements présage une fin proche du pouvoir de Khadafi qui a vu, hier, son dernier rempart au sein de la communauté internationale partir en éclat. En effet, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a qualifié, hier, le Conseil national de transition (CNT), instance dirigeante des rebelles libyens, de «partenaire légitime» de négociation sur l'avenir de ce pays. «J'ai rencontré hier le représentant de l'opposition libyenne Abdel Rahman Shalgam. Lors de la discussion, il a souligné que le CNT ne demandait pas à être reconnu en qualité de seul représentant légal du peuple libyen, mais demandait que ce conseil soit reconnu en qualité de partenaire légitime dans les négociations sur l'avenir de la Libye», a déclaré M. Lavrov, cité par Ria Novosti. «C'est précisément en cette qualité que nous l'avons accueilli», a souligné le ministre. La Russie, qui vient de reconnaître donc le CNT comme partenaire légitime dans les négociations, continue néanmoins de soutenir les efforts de l'Union africaine, qui doit tenir aujourd'hui et demain un sommet extraordinaire sur cette crise à son siège d'Addis Abeba.
«J'espère qu'à l'issue de cette rencontre sera définie une ligne qui permettra de mettre fin le plus vite possible à l'effusion de sang», a déclaré le ministre russe. La Russie sait pertinemment que le CNT refuse toute négociation avec le leader contesté Mouammar Kadhafi et exige son départ. Moscou, qui critiquait vivement les bombardements de la coalition en Libye, les qualifiant d'ingérence, vient donc d'ouvrir une brèche dans sa position, auparavant favorable à un règlement interne de la crise libyenne ou au plus au sein de l'UA. Le «bon point» gagné par le CNT dans la journée d'hier auprès de la Russie n'est pas le seul pour la journée d'hier. Le CNT a renforcé sa position avec la déclaration faite, hier, par la Jordanie qui a annoncé sa reconnaissance du Conseil comme «représentant légitime» du peuple libyen et la nomination prochaine d'un envoyé permanent à Benghazi. Le président américain Barack Obama a également invité les rebelles libyens à ouvrir une représentation à Washington. «Afin d'accélérer les liens entre le Conseil national de transition et les Etats-Unis, j'ai remis au nom du président Obama une invitation formelle au Conseil national de transition pour l'établissement
d'un bureau de représentation à Washington», a indiqué M. Feltman, le sous-secrétaire d'Etat aux Affaires du Proche-Orient. Les Etats-Unis qui n'ont pas encore reconnu officiellement le CNT ne font en fait que jouer sur les mots puisque M. Feltman a souligné, hier, que les rebelles libyens étaient de facto les seuls interlocuteurs de Washington en Libye. «Nous avons un représentant spécial ici à Benghazi. Le président Obama vient juste d'inviter le CNT à établir une représentation à Washington, nous n'avons pas de responsables à Tripoli et nous avons demandé aux fonctionnaires de Kadhafi de fermer leur ambassade à Washington». Prochainement, le CNT «devrait nommer un représentant permanent à Paris», a annoncé, toujours dans la journée d'hier, le ministère français des Affaires étrangères. Ce dernier a même qualifié le «représentant» diplomatique français à Benghazi, Antoine Sivan, d'«ambassadeur». De son côté, l'UE a élevé le CNT au rang d'«interlocuteur politique clé représentant les aspirations du peuple libyen», ce qui rapproche Bruxelles d'une reconnaissance en bonne et due forme.Ces succès du CNT traduisent son offensive diplomatique qui se poursuit avec la visite de son représentant en Turquie qui a de nouveau demandé au colonel Kadhafi de quitter le pouvoir.
Et autant que les événements sur le plan diplomatique s'accélèrent, les opérations de l'OTAN s'intensifient. Hier à l'aube, au moins trois personnes ont été tuées et 150 autres blessées dans de violents raids sur Tripoli. L'Otan a mené entre 12 et 18 raids contre une caserne de la garde populaire. La majorité des victimes sont des civils habitant à proximité. Selon un journaliste de l'AFP, les raids qui ont commencé vers 1h locales, ont duré plus d'une demi-heure et ont visé le secteur de Bab Al-Aziziya, résidence du colonel Mouammar Kadhafi.Par ailleurs, Paris et Londres ont annoncé l'envoi d'hélicoptères pour des frappes au sol «plus précises». Sur le plan humanitaire, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a demandé 38 millions d'euros supplémentaires pour financer ses opérations en Libye où les «perspectives restent désastreuses», selon l'ONG.
Hasna Yacoub
La Tribune/25/05/2011
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