Afrique en ligne

Actualités africaines: Economie Politique Finances Sports

Monday
Mar 15th

Mali: Guerre du sable à Djicoroni-Para

Exploitation et vente du sable - Comment mettre fin au diktat du bureau de l’association des exploitants. D’après des informations recueillies sur place, plus de 1500 personnes vivent de l’exploitation et de la vente du sable sur les berges du fleuve Niger près de l’usine céramique à Djicoroni-para.

Si certaines d’entre elles se sont considérablement enrichies, d’autres peinent encore à trouver leur pitance quotidienne. Mais le hic est que les premières ne veulent pas sentir les secondes.

Quand le BTP va, tout va, a-t-on coutume de dire. La fièvre de la construction qui ébranle la capitale depuis des lustres et, au-delà, tout le pays, a engendré une floraison de revendeurs de sable. Les « sabliers », comme ils s’appellent, ont aujourd’hui pignon sur rue partout sur les berges du fleuve Niger.

Le sable, tout comme le gravier, ils l’extraient à longueur d’année comme si c’était une matière première inépuisable. De nuit comme de jour. Dans des pirogues achetées au bas mot à 400 000 FCFA, ils écument les eaux du fleuve jusqu’à Djoliba, une petite localité du mandé située à 40 km de Bamako, à la recherche du précieux matériau.

Vendu à 22 500 francs le chargement de benne, le sable, ça rapporte gros à ceux qui triment là des années durant.

Ainsi de grosses fortunes se sont faites au bord du fleuve. Certains revendeurs de sable se sont même offert plusieurs bennes et plusieurs pirogues à prix d’or pour le transport du sable. Il suffit de se rendre à Djicoroni-para pour voir ces montagnes de sable appartenant à de riches propriétaires.

Et comme toute œuvre humaine à besoin d’organisation pour éviter l’anarchie les « sabliers » se sont regroupés au sein d’une association dirigée par un homme et une femme, en l’occurrence Seydou Kamissoko et Ramata dite Yaï. Trône à côté la Fédération nationale des syndicats des conducteurs routiers du Mali, leurs collaborateurs immédiats dans le transport du sable.

Mais l’association des revendeurs de sable fonctionne selon des règles rigides sinon très rigides. Ecope par exemple d’une suspension d’activité (vente du sable et des briques) à délai indéterminé tout individu coupable d’un « acte d’indiscipline ».

Pour lever la sanction le « fautif » doit aller faire amende honorable à l’association et payer une amende fixée à la tête du client.

L’association s’arroge aussi le droit d’extraire le sable pendant quatre jours de la semaine ne laissant que trois jours aux autres membres. L’argent issu de toutes ces opérations, disent-ils, est versé dans la caisse de l’association pour payer les taxes de la mairie et les impôts pour tout le monde.

Renseignement pris auprès du chef du centre secondaire d’état civil de Djicoroni, Moussa Bagayogo, il n’en est rien car les « sabliers », dit-il, ne sont jamais en règle.

L’édile affirme : « ils doivent payer comme taxe par mois 12 000 FCFA dont ils s’acquittent chaque trimestre. Malgré la modestie de cette somme et tout ce qu’ils gagnent, leur présidente vient pleurnicher à chaque échéance en disant qu’il n’y a pas d’argent dans la caisse. Elle donne 5 000 francs prétextant qu’elle a tiré cette somme de sa propre poche. Quand ils vous disent qu’il y a deux ou trois exploitants en tel endroit il faut multiplier ce chiffre par cinq. D’ailleurs nous allons bientôt procéder à un recensement exhaustif de tous les exploitants de sable pour une meilleure imposition ».

Pour avoir dénoncé les agissements d’un groupuscule qui fait main basse sur le bien commun Oumar Diallo dit Cibory est devenu un pestiféré au bord du fleuve. On ne brave pas impunément une mafia aussi organisée. Ainsi,, non contente de l’avoir suspendu de toute activité, la présidente de l’association a fait enlever à son insu son sable et l’a vendu pour mettre l’argent, a-t-elle dit au 5ème arrondissement, dans la caisse commune.

Mais vu qu’à ce niveau l’inspecteur chargé du dossier traînait les pieds face à la toute puissance du bureau de l’association, Oumar Diallo a porté son cas au niveau du procureur de la commune IV. Après avoir réuni tous les protagonistes, Yacouba Koné a adressé une sévère mise en garde aux membres du bureau, à commencer par Ramata dite Yaï et son compère Seydou Kamissoko.

Il leur a dit en substance : « pour une fois je vais classer cette affaire sans suite mais je ne veux plus de plainte chez moi pour un cas de ce genre car vous n’avez pas à vous rendre justice vous-mêmes. Il y a des voies appropriées pour ça. Les berges du fleuve ne vous appartiennent pas. C’est le domaine de l’Etat. Chacun est libre d’en profiter en attendant que le même Etat ait besoin de ses terres ».

Après cette sommation une certaine accalmie règne ces deux jours sur les bords du Djoliba à Djicoroni-para. Mais sera ce suffisant pour mettre fin au vampirisme des uns sur les autres ?

Mamadou Lamine DOUMBIA

L’Indépendant du 17 novembre 2009