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Mar 14th

Mali: Conditions des Maliens à l’extérieur

Plus de 400 maliens dans les prisons libyennes et algériennes. « Après avoir expulsé 153 maliens, il y a de cela quelques semaines, la Libye garde encore au moins 253 maliens dans ses prisons.

Il y a aussi 150 personnes de nationalité malienne en difficultés en Algérie ». Cette révélation a été faite par Oumar Keita, secrétaire général de l’Association « Retour, dignité et travail », lors d’une conférence débat animée à l’espace démocratique de la radio Kayira, sur le thème : « L’immigration et le respect des droits humains ».

Dans le cadre de son partenariat avec la fondation Rosa Luxemburg d’Allemagne, la Radio Kayira a organisé le samedi 14 novembre 2009, une conférence débat sur le thème : « L’immigration et le respect des droits humains ». La conférence animée par Ousmane Diarra, Président de l’Association Malienne des Expulsé (AME) et par Oumar Keita, secrétaire général de l’Association Retour, Dignité et Travail (ARDT), a enregistré une forte participation de citoyens anonymes intéressés par les questions d’immigration. D’entrée de jeu, Ousmane Diarra, Président de l’AME, a indiqué que la volonté de l’Europe de réguler les flux migratoires est un prétexte tout trouvé pour fouler au pied les droits humains garantis par des textes internationaux. Il a salué les autorités maliennes pour s’être opposées à la signature des accords de réadmission, conformément au souhait de la société civile malienne. « Nous sommes aujourd’hui fiers de notre pays qui s’est opposé à la signature des accords de réadmission, pour la simple raison que la plupart des pays qui les ont signés ne les ont pas encore ratifiés », a-t-il déclaré.

Avant de préciser que lors d’une recentre rencontre à Dakar, il a été décidé que toutes les sociétés civiles se mobilisent dans les différents pays africains pour s’opposer soit aux signatures, soit à la ratification des documents signés des accords de réadmission. Selon lui, les droits des migrants sont déjà suffisamment foulés au pied en Europe et avec les accords de réadmission les pays africains auront suffisamment de difficultés pour gérer les catastrophes humanitaires que leur application va engendrer. Il a aussi dénoncé le comportement des autorités maliennes qui ont systématiquement maté toutes les contestations en ce qui concerne ce document que la France veut imposer à un certain nombre de pays africains.

Pour Oumar Keita, secrétaire général de l’ARTD, les questions d’immigration doivent intéresser tous les Maliens, pour la simple raison que chacun a au moins un membre de sa famille à l’extérieur du pays et surtout parce que tous les Maliens sont des éventuels immigrés. Il a estimé qu’on doit condamner le fait que de nombreux Maliens soient jetés dans des prisons en Libye, en Europe et en Israël, parce qu’ils sont en situation irrégulière. Mais, il n’arrive pas s’expliquer le comportement des autorités policières maliennes qui n’hésitent pas à jeter nos compatriotes rapatriés dans des cachots sur nos frontières avec la Mauritanie et l’Algérie. Il a aussi dénoncé le fait que malgré la position du Président de la République qui a indiqué qu’il plaçait les maliens de l’extérieur au centre de toutes ses préoccupations, que ces derniers ne bénéficient pas du minimum de protection diplomatique. Il a ajouté que tous les ambassadeurs maliens sont clairs et ne tergiversent pas pour faire comprendre à un malien en difficulté qu’ils ne sont pas pour ceux d’entre eux qui sont en situation irrégulière.

« Mais, cela n’est pas surprenant, parce que le ministre Macalou a déjà soutenu à l’Assemblée nationale que son département n’était pas au service des maliens de l’extérieur en situation irrégulière », a-t-il déclaré. Avant d’inviter les autorités maliennes à voler au secours de 253 maliens qui croupissent sans les prisons libyennes. Selon lui, une bonne cinquantaine est gravement malade et risque de mourir si rien n’est fait dans l’urgence pour les secourir. Il a aussi annoncé la présence de 150 maliens en Algérie dont la situation n’est pas du tout rose.  Bakary Bathily, un malien résident en Espagne, actuellement en séjour au Mali, a estimé que si les autorités maliennes avaient conscience de la souffrance de leurs concitoyens à l’extérieur, ils n’allaient pas pouvoir dormir.

Abdoulaye Diallo, un autre intervenant à la conférence, a estimé que les partis politiques ont leur part de responsabilité dans ce qui arrive aux Maliens à l’extérieur. Selon lui, les partis politiques du Mali sont loin des préoccupations du peuple. « Si les partis politiques décidaient de prendre le problème de l’immigration au mali à bras le corps, il n’y a aucun doute, une solution allait transparaître dans le sens de l’intérêt du pays », a-t-il conclu. Sékou Diarra, un autre intervenant, a demandé aux autorités maliennes d’appliquer la réciprocité. « Si un pays chasse ton ressortissant, tu chasses parmi ses nationaux qui sont chez toi », s’est-il indigné. Pour clore le débat, Ousmane Diarra a estimé que la lutte contre l’immigration est le prétexte idoine pour violer les droits humains en cette période de mondialisation.

Assane Koné

Le Républicain du 18 novembre 2009