Histoire, bien entendu, d’expliquer à ses sujets, mais surtout de séduire ses parrains occidentaux, dans un semblant de transparence, sur comment sera dépensé l’argent de la Sotelma.
La communication tous azimuts est l’alpha et l’oméga de la feuille de route du gouvernement d’ATT.
On y connaît bien les vertus de la communication tyrannique. Mme Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’Etat américaine n’a-t-elle pas admis que la "la chaîne CNN est le sixième membre du Conseil de sécurité des Nations unies ?"
Cependant, l’arbre sain ne saurait cacher la forêt malade. Depuis 2002, le Mali, champ des ruines et des pillages, est réduit à l’impuissance pour longtemps encore par la faillite de l’Etat et la débâcle économique et sociale. Si les "années Moussa Traoré" en sont une partie des causes, il n’en reste pas moins que sept ans de pouvoir ATT ont étouffé dans l’œuf l’espérance du changement.
L’ATTisme s’est en effet révélé, à l’usage, un messianisme utopique, mélangeant populisme, despotisme, incompétence, irresponsabilité et corruption.
Comble de malheur, les responsables politiques de tout bord, les élites de la société civile, l’essentiel de la presse, qui partagent avec le Roi nègre le règne de l’arbitraire, n’ont pas le courage de dénoncer l’autoritarisme et la gabegie qui asservissent les Maliens.
Bien au contraire, tous se servent du Mali en se construisant d’immenses fortunes. Le spectacle a été beau, des gestes plutôt solennels, mais la transparence quant à la gestion des 180 milliards de F CFA n’est pas garantie.
Qu’en est-il de l’argent des ventes des bassins pétrolifères ? Tout le monde a entendu que des bassins pétrolifères (au moins neuf) ont été cédés pour prospection, voire exploitation.
Les premiers puits étaient même annoncés pour juin 2008. Ils ont été vendus sans appels d’offre à des prix variés. Ces transactions sont souvent marchandées par un des conseillers venu d’outre-Atlantique.
A la racine du mal
Les sommes engrangées par ces ventes demeurent un mystère. Ce qui est plus troublant dans cette histoire, c’est que personne ne sait où les fonds ont été déposés et quelles sont les utilisations qui en ont été faites. Ils s’élèveraient à plus d’une centaine de milliards de nos francs.
Obnubilé par des intellectuels serviles, qui ne croient pas en sa vision, mais qui sont plutôt contraints de se soumettre aux rudes règles de la politique du tube digestif, alors que déguenillées, ses populations jeunes fuient la misère noire, meurent dans les océans sur les routes qui mènent à cette Europe qui leur ferme ses portes, Roi nègre se contente de confier les transactions des ressources de son pays à des conseillers étrangers. Un diplomate nord américain, choqué, dira que la mafia s’est installée.
Un cadenas sur la langue, nulle élite, non plus, nul "patriote sincère" ne pose la moindre question. Roi nègre ayant fini d’acheter les plus faibles et d’anéantir les capacités de contestation des autres à force de persécution.
La cérémonie s’est révélée être un coup de bluff de Koulouba. C’est un saupoudrage communicationnel pour emballer davantage un peuple analphabète, mais également des intellectuels non-spécialistes du métier de l’information.
Autrement dit, on n’a fait qu’organiser un grand cabaret de magiciens pour émerveiller les non-initiés. Se faire un nom sur ce qui est connu de tous, et dissimuler ce à quoi personne ne s’intéresse.
Cela nous conduit à nous poser une autre question sur la gestion des fonds de la lutte contre le Sida logés à la présidence de la République pour ne pas être détournés justement.
Il faut préciser à ce niveau, qu’une vingtaine d’agences de communication et autant de GIE et d’associations (réels ou fictifs) ont été créées par les proches d’ATT dans le cadre de la lutte contre le Sida. Ce sont ces structures fantômes qui ont bénéficié de l’essentiel des financements du Haut conseil de lutte contre le Sida sur les fonds logés à Koulouba. Transparence, quand tu nous tiens !
Fantasmagorie pour un développement durable
"Avec de tel argent qu’on n’a que rarement, il faut faire des investissements permettant d’ériger notre pays au niveau des nations dites émergentes" ,ambitionne le général Roi. Mais voilà, nous estimons qu’il n’y a pas de nouveaux projets sur le catalogue de Sa Majesté - en tout cas pas à notre connaissance - capable d’atteindre ce chimérique rêve.
Certes l’argent permet de poursuivre le financement des programmes en cours de réalisation dans d’autres localités qui ne figuraient pas initialement dans le chronogramme.
Mais ces projets ne sont capables de nous rendre plus prospère, au point de nous passer de l’aide budgétaire, encore moins de l’aide au développement.
Pour résumer, l’argent n’a été dépensé à bon échéant. Il existe d’autres modèles de projets très importants, capables de nous assurer un développement économique durable.
Des projets qui nous dotent à la fois de l’énergie à revendre, mais également, des ouvrages pour une agriculture intensive et des unités de transformation ou de conditionnement, tout en créant de nombreux emplois durables. Cela, dans tous les domaines socioprofessionnels.
N’en déplaise aux experts de Sa Majesté, la nouvelle richesse des nations repose sur la matière grise, le savoir, la recherche, la capacité à innover et non plus la production de matières premières ou la construction de grosses infrastructures.
On peut même affirmer, à cet égard, que les trois facteurs traditionnels de la puissance - taille du territoire, importance démographique, richesse en matières premières, ne constituent plus des atouts et sont devenus de lourds handicaps à l’ère postindustrielle.
Les Etats très étendus, très peuplés et très riches en matières premières - RDC, Inde, Chine, Brésil, Nigeria, Indonésie, Pakistan, Mexique, Russie - figurent paradoxalement parmi les pays qui abritent le plus grand nombre de personnes très pauvres de la planète.
L’exception des Etats-Unis masque la norme, précisent les observateurs. Dans ce pays, il y a tout de même 60 millions de pauvres et 25 millions de chômeurs.
Au constat, nous nous rendons compte que ceux qui ont de bonnes idées, de bons savoir-faire et qui ne sont pas des lèches bottes de la cour, sont exclus, leur idée de projet détournée et confiée à des laquais incompétents du Mouvement citoyen ou aux membres des partis qui soutiennent l’action gouvernementale.
Mis à part leur diplôme, ils n’ont ni les connaissances, ni le savoir-faire pour mener à bien ces projets.
Et pourtant quelqu’un avait dit en 2002, lors des campagnes de la présidentielle, que la carte du parti cessera d’être condition d’excès au poste de responsabilité.
Autre constat : à l’échelle de l’étendue du territoire national, la pauvreté est la règle et l’aisance l’exception.
Les inégalités sont devenues l’une des caractéristiques structurelles de notre temps depuis que règne sur le Mali, le général Roi. Et elles s’aggravent, éloignant toujours plus les riches des pauvres.
A. K. Dramé
(journaliste indépendant)
Les Echos du 17 novembre 2009
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