Il a notamment reconnu les vertus du dialogue et de la concertation. Pourtant, le chef de l’Etat avait bel et bien expliqué, le 8 juin, lors de sa rencontre avec la presse, que les conflits du Nord Mali, de 92 à maintenant, avaient été gérés par le dialogue, mais que cette fois-ci, l’armée est intervenue pour attaquer les bases des rebelles.
C’est donc dire qu’il a reconnu ses limites dans la continuation du dialogue, dans ce conflit fratricide. Il peut effectivement se prévaloir d’avoir démantelé les bases des rebelles et de pousser plusieurs d’entre eux à rendre les armes. Pourtant, la rencontre intercommunautaire de Kidal prouve que l’option militaire, même si elle éteint opportunément le feu, n’est pas forcément gage de pérennité. Des doutes subsistent toujours sur des velléités de résurgence de conflits au Nord. En effet, les facteurs de conflit du septentrion de notre pays sont devenus divers, dans la mesure où ils sont engendrés par la pauvreté, le grand banditisme, les conflits communautaires, le trafic d’armes et de drogue, etc.
Dans son message relatif à la rencontre intercommunautaire de Kidal, le président ATT a, aussi, félicité l’intervention des acteurs de la société civile. En fait, aujourd’hui, les experts en sécurité font remarquer que ce secteur ne peut plus être le domaine exclusif de l’armée et des forces de sécurité. C’est à ce titre que, dans sa communication produite lors de la table ronde sur la sécurité humaine et la gouvernance de la sécurité, Boubacar Bâ, expert en sécurité, a indiqué : « Les secteurs de la sécurité et de la défense étaient considérés jusqu’à une période récente comme des domaines réservés exclusivement, un domaine de souveraineté et une mission régalienne de l’Etat. Naturellement, cette représentation fait croire que la sécurité relève exclusivement des services de sécurité ».
Cette vision régalienne de l’Etat a fait dire à un spécialiste des questions sécuritaires en Afrique de l’Ouest, Istafanus S Zabadi : « Ce qui est considéré comme sécurité de l’Etat ou sécurité nationale n’est rien d’autre que la sécurité du régime. En d’autres termes les forces de sécurité protègent les intérêts du régime en place et non ceux du peuple ». Cette conception sécuritaire a montré ses limites par rapport à la capacité de maintenir la paix et l’équilibre social. C’est la question du fonctionnement des services de sécurité qui se trouve posée. Plusieurs éléments entrent en jeu : vieillissement et insuffisance des ressources humaines, manque d’équipements et de moyens logistiques, manque de formation appropriée…
L’expert a, de ce fait, indiqué les facteurs d’émergence de la société civile. Il a mentionné que, suite aux états généraux sur la sécurité en 2005, un grand nombre d’acteurs de la société civile (Ong, Associations, réseaux sociaux d’opinions) bénéficient d’une grande marge de manœuvre en terme d’initiatives en matière d’intervention dans le secteur de la gouvernance de la sécurité : éducation citoyenne, organisation de concertations sur la sécurité, défense des droits de l’homme. C’est donc dire qu’en félicitant les différentes communautés qui ont participé à la rencontre de Kidal, le président ATT s’est bien rendu compte des limites de l’intervention exclusive de l’Etat. ATT s’est donc inscrit en droite ligne des indications des experts qui reconnaissent la pertinence de l’implication de la société civile pour une paix définitive.
Pourtant, Boubacar Bâ, expert chargé de la prévention/gestion des conflits et du développement local, au Programme gouvernance partagée de la sécurité et de la paix (PGPSP), attire l’attention sur la complexité de la société civile : «Ce regain d’intérêt de la société civile aurait pu engendrer un renversement radical de la tendance dans les modes de faire et la manière d’agir, notamment dans les domaines relatifs aux réponses de paix et de sécurité au Mali. L’examen de l’intervention de la société civile dans la sphère sécuritaire est perçu différemment selon la mission, le rôle ou la responsabilité qu’on lui donne.
Pour beaucoup d’analystes, il importe de bien comprendre le contenu et les limites de sa mission, si l’on veut éviter que son engagement dans la sphère de la résolution des conflits ne devienne sources de conflits nouveaux encore plus complexes. Jusqu’à une période récente les contours de la société civile au sein de la communauté politique globale demeurent encore imprécis ». En tout cas, l’option militaire, finalement adoptée par le président de la République, qui ne l’a appliquée que par défaut de faire aboutir la concertation et le dialogue, a révélé les limites du pouvoir. Ce défaut de consensus a toutefois permis de faire reculer la bande à Bahanga.
Baba Dembélé
Le Républicain du 16 novembre 2009
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