Censure de la Journée mondiale de la liberté de la presse en Ethiopie - Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a révélé jeudi que les autorités éthiopiennes ont détourné de son objectif un évènement devant marquer la Journée mondiale de la liberté de la presse en installant comme intervenants des journalistes pro-gouvernementaux à la place des journalistes indépendants qui devaient initialement s'exprimer au cours de cette cérémonie. Dans un communiqué publié à New York, le CPJ indique 'qu'il n'y a pas eu de discussions, comme initialement prévu, sur le thème de la Journée mondiale de cette année sur la presse et Internet lors du forum de mardi', en citant des sources locales et des articles parus dans la presse locale.
Le programme du forum organisé dans un hôtel d'Addis-Abeba était que le vétéran de presse privée et rédacteur en chef de l'hebdomadaire bilingue, 'Reporter', Amare Aregawi, fasse une communication sur le thème de la Journée mondiale de la liberté de la presse de l'UNESCO, à savoir: 'Presse du 21ème siècle: nouvelles frontières, nouvelles barrières', a déclaré au CPJ Jean-Pierre Ilboudo, un conseiller régional en communication de l'UNESCO.
A la place, après les discours d'ouverture par les représentants des Nations unies, de l'Union africaine (UA) et de l'UNESCO et une communication de la journaliste de radio proche du gouvernement, Mimi Sebhatu, les autorités ont distribué un programme modifié rédigé par l'Office public de la communication.
Ce nouveau programme excluait M. Aregawi et d'autres modérateurs et intervenants prévus, dont le journaliste Dawit Kebede, récipiendaire du Prix international 2010 pour la liberté de la presse du CPJ, selon la presse locale.
Ils ont été remplacés par des officiels et des journalistes de la presse d'Etat, dont Biruk Kebede de la Fana Broadcasting Corporation de l'EPRDF au pouvoir, désigné modérateur du forum.
En signe de protestation, les journalistes indépendants ont préféré boycotter le forum.
'L'ironie de cette censure de la Journée de la liberté de la presse n'échappera pas aux responsables onusiens, qui ont passé les trois derniers mois à insister sur la nécessité de la liberté d'expression', a déclaré le coordonnateur du plaidoyer pour l'Afrique du CPJ, Mohamed Keïta.
'En détournant à leur profit cet évènement, les autorités éthiopiennes ont encore une fois montré au monde entier comment elles répriment la presse', a-t-il ajouté.
Avant mardi, l'Office éthiopien de la communication avait contacté les organisateurs de la Journée mondiale de la liberté de la presse et les a menacés de disperser la réunion prévue à cette occasion par la force, si le programme n'était pas modifié, selon la presse locale.
L'office a demandé aux organisateurs d'écarter les modérateurs comme Kebede, de supprimer les présentations critiques envers les autorités et de donner un temps de parole plus long aux responsables du gouvernement.
Les organisateurs ont refusé et mardi, des officiels comme le ministre délégué Shimelis Kemal, Desta Tesfaw de l'Autorité de la radiodiffusion et télévision éthiopienne et les responsables de syndicats de journalistes contrôlés par le gouvernement, comme Anteneh Abraham de l'Union nationale des journalistes éthiopiens et Wondwossen Mekonnen de l'Association éthiopiennes des journalistes indépendants, ont confisqué l'organisation de l'évènement.
L'incident de mardi a coïncidé avec la publication par le CPJ d'un rapport, 'Les 10 instruments de la répression en ligne', portant sur le contrôle strict d'Internet par le gouvernement éthiopien.
Ce jour-là, tout à fait par hasard, les sites Web discutant d'opposition politique et des droits de l'Homme - qui ne sont généralement accessibles que par les serveurs proxy en Ethiopie - ont soudainement été débloqués, selon des journalistes locaux.
Le gouvernement éthiopien, qui depuis des années censure l'Internet par le biais de sa société nationale des télécommunications, a montré qu'il craignait un type de soulèvement populaire alimenté par le biais d'Internet comme cela avait été le cas en Egypte, en particulier avec l'appel des cyber-activistes à des manifestations de masse en mai.
En février, le gouvernement a brièvement détenu et menacé l'éditorialiste Eskinder Nega pour des articles qui comparaient le soulèvement populaire en Egypte aux manifestations anti-gouvernementales de 2005 en Ethiopie.
Pana 07/05/2011
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