L’heureux candidat est, en effet un membre de gouvernement. Plus exactement, il est le secrétaire d’Etat à la communication gouvernemental du Gouvernement fédéral de l’Ethiopie. Selon la dépêche AFP qui a révélé l’information hier après midi, Legesse s’était rendu en mission aux Etats-Unis en juin avec un visa de onze jours, expiré depuis alors qu’il était attendu à Addis-Abeba pour faire le rapport de sa visite. Pas qu’il n’ait pas trouvé le chemin de l’aéroport ou que son billet était périmé, mais parce qu’il a décidé de ne plus rentrer dans son pays, selon le communiqué attribuant cette précision a un haut responsable éthiopien qui a requis l’anonymat. Côté américain, aucune réaction officielle, sauf que le ministre « s’était t rendu injoignable ».
L’officiel éthiopien en question dédramatise pourtant. Pour lui, Legesse n’est pas resté sur un désaccord avec la politique gouvernementale, mais parce qu’il « rêvait depuis longtemps de vivre aux USA ». Il faut, bien entendu, beaucoup plus pour convaincre les flegmatiques éthiopiens. D’autant que si le pays est calme, il n’a pas encore purgé la crise électorale de 2005, alors que s’annoncent de nouvelles élections générales dans quelques mois et que l’embellie économique est en train de faire place à une grave sécession qui a fait plonger le cours du birr, la monnaie locale contre le dollar à un niveau sans précédent. Et le tout, dans un contexte politique marqué de plus en plus par ceux que beaucoup interprètent comme des déclarations d’adieu du Premier ministre Melesse, et par la défiance de la communauté internationale.
Après la coopération scandinave qui dénonce la gouvernance locale et menace de mettre fin à sa coopération avec le gouvernement éthiopien, c’est la secrétaire d’Etat adjoint Lew de l’administration Obama qui, avait en début juillet, tout en disant que son patron aimerait bien renforcé ses relations avec l’Ethiopie, avait déploré , à ses mots, la « restriction de l’espace politique » dans ce pays et appelé à la libération de Mme Burtukan Mideksa, l’activiste de 34 ans et icone de l’opposition détenue depuis décembre 2008.
En jetant ainsi l’éponge, le porte parole du gouvernement, remet l’Ethiopie sous les feux de l’actualité et donne du grain à moudre à une opposition d’autant plus à l’affût de toute munition contre le gouvernement de Melesse qu’elle s’exprime surtout à l’extérieur. Il est vrai, ce n’est pas n’importe quelle défection. En effet, en avril dernier, c’est Ermias Legesse qui avait affirmé que le gouvernement avait trouvé « munitions, fusils et grenades dans le repaire des comploteurs » qui venaient d’être arrêtés pour tentative de coup d’Etat contre Melesse et dont le cerveau serait un universitaire de la diaspora éthiopienne aux USA en connexion avec l’opposition intérieure.
Adam Thiam
Le Républicain du 16 juillet 2009
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