Politique-Côte d'Ivoire - Alassane Dramane Ouattara (ADO) est en voie de transformer la Côte d'Ivoire en un véritable chantier avec l'appui de la communauté internationale. Mais si l'ex-président Laurent Gbagbo et ses partisans sont neutralisés, la reconstruction du pays n'en est pas moins parsemée d'embûches. Chaque citoyen ivoirien, chaque étranger vivant dans ce pays, voisins et amis d'où qu'ils viennent, devront donc se sentir concernés et interpellés. Rebâtir la Côte d'Ivoire prendra du temps. D'abord, en raison de l'ampleur du désastre causé par la gestion du pays par le Front populaire ivoirien (FPI). Ensuite, à cause des rancoeurs qui sont tenaces. A preuve, ceux qui ont perdu le pouvoir tiennent constamment des propos belliqueux, contrairement aux directives de Gbagbo lui-même. Jour après jour, des ténors du FPI jouent à faire monter la tension.
Parmi ces faucons, figurent Afi Nguessan, Awa Don Mello et Alain Toussaint dont le discours n'est pas celui du pardon. A l'occasion, ils aiment à déverser du fiel sur la tentative de réconciliation amorcée à Abidjan.
Mais, le peuple ivoirien et l'Afrique les ont suffisamment identifiés. Habiles démagogues, peu soucieux de la vérité et de l'intérêt général, ils ont activement contribué à salir la réputation de ce continent et à l'offrir en holocauste à ceux qui n'en défendent pas toujours les intérêts.
Ils s'en doutent bien, et c'est pour cela qu'ils se cachent pour continuer la seule besogne qu'ils connaissent, et qu'ils se sont vainement efforcés de faire en dix ans de pouvoir avec Gbagbo : mentir éhontement et chercher à démolir ce que d'autres construisent. Ils entonneront toujours ce refrain car jamais l'esprit républicain ne les a habités.
Autre mauvais esprit : l'ex-première dame, Simone Gbagbo, devenue subitement muette et apeurée. Elle se sera révélée au monde entier comme une femme impitoyable. Jamais, on n'aura entendu cette battante condamner ouvertement le bombardement de populations civiles par l'état-major de son époux.
S'est-elle préoccupée des suites des multiples bombardements du marché d'Abobo-gare ? Et pourtant, elle le sait : en Afrique, les marchés sont des espaces publics où se côtoient aussi bien des adversaires que des partisans ;
mais surtout de nombreuses mères de familles, des femmes enceintes, des personnes âgées et de petits enfants. Etant donné l'influence considérable qu'elle exerçait sur son mari, Simone Gbagbo, plus que les autres, portera la lourde responsabilité des tueries d'innocentes personnes devant l'histoire et l'Eternel qu'elle savait si bien invoquer.
Mais, il ne faut pas se laisser distraire par des conjectures et des relents de revanche que peuvent laisser échapper quelques thuriféraires de Gbagbo. Aujourd'hui bien au chaud, ils peuvent continuer à maugréer, loin de l'insécurité qu'ils ont eux-mêmes provoquée, et de l'incendie que d'autres s'efforceront toujours d'éteindre au péril de leur vie.
Peut-on seulement cesser de leur accorder de l'intérêt, eux qui refusaient à leurs adversaires le droit à leurs opinions sur les antennes de la Radio-télévision ivoirienne (RTI) ? Il faut tourner la page car, du travail, il y en a : rebâtir la Côte d'Ivoire ensemble.
Cela suppose une bonne réconciliation, laquelle accorde une place royale à la justice. Les efforts de reconstruction seront vains si Gbagbo et ses sbires ne sont pas jugés comme il le faut. Juger Gbagbo doit figurer parmi la priorité des priorités.
Et les sorties irresponsables de Afi Nguessan n'y pourront rien. Cet homme est en quête d'absolution. Mais, si l'on peut pardonner, jamais on n'oubliera. Car, la chose se complique avec l'existence de charniers, les enlèvements, vols, viols et assassinats, notamment de journalistes. Ceux qui ont dirigé le pays pendant plus d'une décennie doivent bien rendre compte de leur gestion aux contribuables.
Aux enquêteurs de savoir faire preuve de perspicacité. Surtout que maintes fois, le camp Gbagbo a montré sa grande habilité à mentir sans vergogne et à faire porter le chapeau aux autres. Il faudra faire preuve de minutie afin que des innocents ne paient pas à la place des vrais coupables.
Par leurs propos belliqueux, les ténors du FPI ne militent pas en faveur de la paix et de la réconciliation nationale. La communauté internationale et l'opinion publique doivent en prendre acte. Une chose est sûre : un ressort est cassé qui a mis à mal le légendaire sentiment communautaire et l'adhésion aux valeurs humaines en Afrique de l'Ouest.
La justice peut se mettre en place, parallèlement à la tâche de reconstruction nationale. Dans la situation actuelle, aucune action ne doit exclure l'autre. Il faut pacifier le pays, mais surtout sécuriser Abidjan afin de relancer au plus vite les services publics et privés, le commerce en général.
Heureusement que ADO dispose d'une équipe d'hommes compétents, sérieux et ouverts. Contrairement à l'équipe gouvernementale du FPI qui était trop brouillonne et se caractérisait par trop d'hypocrisie et de mauvaise foi.
Dans la perspective d'une Côte d'Ivoire nouvelle, ADO s'apprête à intégrer d'autres composantes aux forces houphouetistes pour relancer l'économie de ce pays phare d'Afrique de l'Ouest.
Son riche carnet d'adresses l'y aidera, de même que la grande disponibilité des bailleurs de fonds tous azimuts. Il faut donc s'attendre au retour de tous ceux qui, nationaux comme expatriés, avaient fui la Côte d'Ivoire de Gbagbo pour de multiples raisons.
L'épisode Gbagbo n'ayant apporté que désillusions et amertume, il faudra réapprendre à vivre ensemble. Tous ceux qui entourent ADO, civils comme soldats, de toutes les régions et de toutes les origines, devront aussi accepter de travailler en symbiose et dans l'humilité, pour oublier le passé.
Dans cette optique, les canaux traditionnels devront être mobilisés. Sérieusement traumatisés durant la gestion du FPI qui avait tout fait pour les abêtir et les instrumentaliser, les supports traditionnels devront être étroitement associés à cette catharsis que le pays tout entier s'apprête à vivre.
La tâche est immense, mais le meilleur est à venir : reconstruire à l'unisson un pays que l'on a vu détruire par excès de partisanerie et d'imbécillité. Une oeuvre exaltante pour laquelle chacun doit se sentir interpellé.
Un défi de taille attend donc ADO. Sans l'avoir cherché, il lui faut tenter de devenir le « Mandela de l'Afrique francophone » : savoir pardonner à ceux qui l'ont offensé des années durant, oeuvrer à panser les blessures et à réconcilier les coeurs. Une certitude toutefois : les individus aux propos malveillants et au comportement outrancier ne constituent qu'une minorité.
En effet, le peuple ivoirien se caractérise en majorité par sa bonne humeur, son sens de l'hospitalité, son attachement à la paix et à la fraternité. Des valeurs que véhiculent les armoiries de la république et que l'hymne national rappelle sans cesse aux Ivoiriens.
Comme l'a voulu le père de l'indépendance, feu le président Félix Houphouet- Boigny. Or, les houphouetistes sont de retour, avec à leur tête un homme reconnu comme étant attaché à la paix : ADO. Celui-ci, tout en évitant la chasse aux sorcières, gagnera bien à ouvrir l'oeil.
Le Pays/13/04/2011
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