Radio télévision ivoirienne - Comme aimait à le dire le célèbre dramaturge anglais Noel Coward, «la télévision n'est pas faite pour être regardée mais pour qu'on y passe». Les grands de ce monde l'ont bien compris, eux qui souvent n'hésitent pas à bousculer protocole et sécurité pour immortaliser les grands événements. Mais il arrive pourtant qu'à leur grand désarroi, caméras et flashs manquent le rendez-vous, laissant leur actualité glisser dans les profondes oubliettes médiatiques. Alassane Ouattara, fraîchement investi à la tête de la Côte d'Ivoire, en sait quelque chose, lui qui, pas plus tard que samedi dernier, alors qu'il était de retour d'une visite officielle à Washington, n'a pas vu même l'ombre d'une caméra venue l'accueillir à sa descente d'avion.
Sa colère cathodique ne s'est pas fait attendre, car dès le lendemain dimanche, Brou Aka Pascal, directeur général de la RTI, en a fait les frais : limogé par décret présidentiel, il a aussitôt été remplacé par un de ses adjoints, Lazare Sayé Aka.
Cette décision, selon le ministre de la Communication, est la conséquence de graves dysfonctionnements dans la gestion quotidienne de la maison ; mais la goutte d'eau qui aurait fait déborder le vase demeure l'absence de télévision publique sur le tarmac de l'aéroport.
Reste à savoir si la faute était accidentelle quand on sait dans quel dénuement travaillent souvent les télévisions africaines ; ou alors, plus grave, si elle était due à une négligence ou, pire, à un acte de malveillance.
Une éventualité très peu probable quand on sait que l'ancienne vedette du petit écran, modérateur dans le débat entre Gbagbo et Ouattara dans l'entre deux tours de la présidentielle, avait été nommé par l'actuel président lui-même au plus fort de la crise postélectorale.
Un adoubement qui l'avait poussé à installer ses pénates à l'hôtel du Golf jusqu'à l'arrestation de l'ancien président Laurent Gbagbo. Aux commandes effectives de l'audiovisuel ivoirien depuis seulement avril, ce fidèle de Ouattara avait annoncé le redémarrage des activités de la RTI pour le 6 août prochain. Voilà encore un rendez- vous qu'il ne pourra pas honorer en personne.
Trop indépendant aux yeux du pouvoir selon certains, l'ex-présentateur vedette n'aurait, selon d'autres, été qu'une victime directe de la rigueur tant promise aux Ivoiriens par leur nouveau président.
Une fermeté qui a trouvé le moyen de s'exprimer sans peine sur les antennes de la RTI. La preuve, aussitôt remercié, l'ancien DG devrait passer le témoin, cela dès aujourd'hui.
La rigueur, c'est bien, mais encore faudra-t-il qu'au-delà des déclarations de bonne intention, les autorités parviennent à imposer cette rigueur à tous les niveaux et dans tous les secteurs de la vie publique, dans un pays en cours de réconciliation. Un défi difficile à surmonter tant les obstacles sont nombreux.
H. Marie Ouédraogo
L'Observateur Paalga/02/08/2011
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