Corruption-Algérie - Lorsque Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l'Homme, affirme que «la corruption a redoublé de férocité», il ne fait que défoncer une porte ouverte. En paraphrasant ainsi le grand écrivain Kateb Yacine, l'homme chargé par les autorités de les alerter sur la situation des droits de l'Homme veut visiblement frapper les esprits.
L'homme fait donc écho au discours du président Bouteflika de vendredi soir. Il prend l'ensemble du discours et pense que tout va pour le mieux. C'est son droit le plus absolu et c'est, en quelque sorte, son rôle de ne pas s'inscrire en porte-à-faux avec l'autorité qui l'a nommé. Le propos ici n'est pas de commenter les dires de cet avocat émérite, même s'il a omis de préciser que, pour être totalement libre, un peuple a besoin de deux instruments : une justice libre et une presse (écrite et audiovisuelle) totalement indépendante.Ce qui est à retenir de ce discours présidentiel et des commentaires qui l'ont suivi est que le pays est arrivé à un moment crucial : des réformes profondes doivent être engagées. Pas seulement par le biais du changement des textes, mais également par le changement des mentalités. C'est d'ailleurs là un point qui a recueilli un large consensus parmi les acteurs de la société. Tous ceux qui sont intervenus dans ce débat d'après-discours sont donc d'accord sur un point : il faut engager une lutte sans merci contre la corruption, le népotisme et les passe-droits.
Autrement dit, contre les pratiques néfastes qui nuisent non seulement aux compétences du pays, mais menacent l'intégrité et la stabilité de la nation. Ce qui n'a peut-être pas été dit, c'est la manière de combattre cette pègre qui n'épargne plus personne. Riche, pauvre, haut responsable ou gardien de parking, la corruption n'a laissé personne indifférent. Il est vrai que, de temps à autre, la forme diffère. Que l'on soit haut placé ou citoyen lambda, chacun y va de sa propre rengaine. Les formes de corruption sont donc différentes. La lutte contre ce phénomène doit l'être également. Il s'agit de rappeler que la lutte contre la corruption ne peut être ni le fait d'un seul homme ni celui d'une seule institution. Cela doit être le combat de tous les jours. C'est le combat de tout le monde. Dans ce consensus, il manque cependant un détail : cette lutte ne peut être sérieuse et efficace que s'il y a une volonté politique. Or, c'est probablement cette volonté qui risque de manquer. Des responsables sont souvent à l'avant-garde du discours qui appelle à la lutte contre la corruption. Sauf que, lorsque des affaires se passent au nez et à la barbe de ces mêmes responsables, ils font comme si de rien n'était.
Ce qui est une triste réalité.Il ne s'agit pas de nier que des efforts ont été faits pour lutter contre la corruption. Un observatoire a été créé et les missions de la Cour des comptes ont été renforcées. Des hommes et des femmes - parfois très influents - ont été jugés et mis en prison. Est-ce suffisant ? Assurément non. Pourtant, la situation urge. La corruption a atteint des proportions tellement dangereuses qu'elle menace les fondements de l'Etat. C'est ainsi que la phrase de Farouk Ksentini trouve son sens.
Ali Boukhlef
La Tribune/18/04/2011
| < Prev | Next > |
|---|